Voir p.-iiro "tlO
. i.i; liKdiMK M(>i)i:i;.NE ■■. i.\ mai.ahii: kï i.a \iiii;r r,i:.
J'en suis là ; lii réimpression attendra ; je suis trop occupé dailleurs, accablé d'épreuves par les placards du lieginie moderne dont le premier volume paraîtra vers le conunencement de novembre ; j'avais espéré liiiir en un volume ; mais il en l'audra deux, à mou grand regret. A moins que llacbette ne soit très pressé, nous pouvons reculer jusqu'à celle date la réimpression de notre Lilléralure anglaise.
Mon fils a été cueilli à Munich par sa mère et sa sœur qui étaient allées à Oberammergau. Il m'est revenu bien portant, tort, actif, capable de parler couranmient lallemandet en bonnes dispositions pour entrer en Spéciales. Ils sont, ici ou aux environs, quinze garçons ou jeunes filles qui passent leurs journées à jouer au lawnlennis ou aux barres, à faire des excursions dans la montagne, à rire avec une surabondance de gaieté enfantine ou juvénile; parmi eux, M. de Hoislisle est un des plus jeunes '. — J'ai passé vingt-deux (jours à Genève, faisant de l'hydrothérapie, et j'en suis encore engourdi; j'espère être en état de travailler, à Paris, vers le 8 novembre, à notre rentrée. Nous regrettons fort votre voyage si brusque et si rapide ; tâche/, l'an prochain, de nous reserver quelques-unes de vos jouiiiées de vacances ou de passage.
Mille amitiés de votre très obliifé et tout dévoué.
t. 1.0 pri'sidLMit (1(> lUtislisIc, frère cadet de M. A. de Doislisle. né en 1859. mort en 1900. Cet ami très aimé de la famille Taine |iassait cliaciiie année ses deux mois de varanf-es ;, |ioi-inge.
510 noiiRESPoNDANCE
A M. G. SAINT-HENÉ TAILLANDIER
Paris, '21 uovoiubre 18'J0
.... Le seul poiiil sur lequel j'insiste, c'est l'obligation d'écrire pour les yeiia-, en supposant que seuls les yeux lisent, sans aide du geste et de l'accent; eiïeclivenienl, tel est l'état réel du lecteur : l'auteur n'est pas à côté de lui pour lui lire tout haut. Ce que je blâme le plus dans le style moderne, c'est que, pour des yeux livrés à euxmêmes et à eux seuls, la phrase qu'ils écrivent est souvent difficile à comprendre, qu'elle comporte des aiuphibologies, des à peu près, des inexactitudes positives, que l'écrivain devrait être là, hausser ou baisser le ton, ajouter des gestes, un jeu de physionomie, se commenter lui-même par l'accent qu'il donnerait et que le papier noirci ne donne pas. Le principe est : jamais de licences, comme on s'en donne dans le style parlé, propriété rigoureuse des mots et clarté parfaite de la construction. X..., qui a tant d'idées et de talent, manque exprès et souvent à cette règle; c'est pour avoir l'air aisé, homme du monde, causeur, et il n"y arrive pas.
Hors Pascal, j)armi nos classiques, La Fontaine est le premier pour les effets simples, et La Bruyère pour les elï'els composites; la liste de nos maîtres commence à Calvin et Montaigne et finit avec le xvn'' siècle. Dans l'antiquité, pour les effets simples, c'est Platon, et pour les effets composites, c'est Tacite. Je ne sache pas un
« LE liKGIME MODERNE ». LA MALADIE ET LA MORT 517
seul prosateur allemand qui soit un écrivain ; en Italie, il y a- les Dialogues de Leopardi; en Angleterre, de Swift à Macaulay, vous ti'ouverez des cliel's-d'œuvre.
A M. GEORGES FONSEGRIVE
Paris, 12 (irrenilii-n 1890
On vient de m'envoyer, Monsieur, le numéro du Monde de lundi dernier' ; pour la première fois depuis trente ans, j'y lis un article dont l'auteur veut bien entendre ma pensée maîtresse et montrer au [)Lil)iic l'objet, la métbode et la direction de toutes mes études; en effet, comme il le dit avec une parfaite justesse, je n'ai jamais fait que de la psycbologie appliquée ou de la psychologie pure, chacune des deux aidant l'autre.
Je suis allé aux bureaux du Monde, pour remercier l'auteur; on m'a dit rpi'il n'était pas à Paris, et que son adresse ne devait pas être donnée ; laissez-moi, faute de mieux le\i'('mercier pai' écrit, et agréez, etc.
1. M. Fonsegrive avait publié dans le Monde du 8 décembre 1890, sous le pseudonyme d'Yves Le Querdec, un article concernant M. Taine et intitulé Positirismr et l'n'oliifion.
:>1S COHUESIMLMtANCE
A M. ANATOLE LEHUY-BEAULIEU '
l'iiris. 18 février 18'.MI
Cher Monsieur, vous m'avez coniblo ; impossible d'imaginer un compte rendu ' plus exact, plus complet, plus définitif; si je l'avais entrepris, je ne l'aurais pas fait autre ; seulement, je l'aurais fait moins sympathique et moins flatteur.
Par'ini tant de choses qui me touchent profondément, il y a celte liaison, que vous montrez, entre mes idées générales, séparées quelquefois par l'épaisseur de plusieurs volumes. Aucun ci-itique n'avait pris cette peine, il fallait avoir, comme vous, des vues d'ensemble et une idée de la société totale. Rien de plus rare parmi les historiens, les critiques, les spécialistes en droit, en économie poH tique, etc.
Je partage ou je tâche de paitager les espérances que vous exprimez à la fin. Dans deux domaines, les sciences et les affaires, la centraUsation mécanique ne peut pas durer longtemps. 11 se forme des journaux et revues, ne fût-ce que pour la géologie et la zoologie, et des sociétés de commerce et d'industrie, ne fût-ce que pour les cotonnades et les draps ; de là des groupements : c'est de ces deux côtés (liberté de la presse, entreprises industrielles ou commerciales) que le corset napoléonien a crevé d'abord. Aujourd'hui, comme vous le montrez si
1. Di'ux articles de M. A. Leroy-Beaulieii sur le Hcyiiiie tiiotlenir, liariis liaiis le Journal tirs Drixils des 10 et 17 février 1891.
« LK HKGIME MODKl'wNE ... LA MAl.ADIK ET LA MOhT 51!»
bien, le besoin et la faculté d'associiition se réveillent (le toutes paris; à mon sens, c'est là le principal et peut-être l'unique bienfait de notre régime actuel; probablement, la loi précieuse qu'il seiait le plus urgent d'obtenir serait quelque cliose comme la loi iMifaure, supprimant', en beaucoup de cas, la nécessité (le l'autorisalion préalable, et introduisant, en fait, la faculté d'association dans le droit conmum, comme en Amérique et en Angleterre.
(( t^n mainte région des campagnes, dites-vous, il se reforme, même autour des propriétaires résidents, comme une nouvelle clientèle et do nouvelles relations de patronage, n Tant mieux, mais je ne vois encore rien de semblable autour de moi dans ma pr()vince.
Encore merci et tout à vous.
A M. FHA.NTZ FLWCK-BKEiNTAM) '
13 mars 1891 Cher Monsieur, vous êtes bien aimable de m'avoii-en-
l. Proposition de loi sur les associations dé|iosi>o au Sénat par M. Dufaure. sénateur, au mois de juin 1880. D'après ce projet, toute association ayant un but religieux, littéraire, scientilique, etc., eût pu se constituer librement, sans autorisation préalable, sous condition d'ini engagement ou déclaration excluant loule action occulte: la personnalité civile n'eût été accordée qu'aux associations reconnues d'utilité publique pai' une loi. Voir page 555, note 1.
^1. llistoi'ieu iVaucais, n('' en 18(k>.
520 CORRESPONDAÎSCE
voyé cet article', et je suis très lieiireux d'une approbation vraiment scientifique comme la vôtre. En effet, je préfère la méthode que vous appelez analytique, et voici mes raisons : sauf en matière juridique, et pour les juristes, les mots qui désignent les choses sociales et morales sont vagues, inexacts et ne transmettent jamais au lecteur l'impression précise et totale qu'avait l'auteur ; à mon sens, les seuls moyens de transmission sont : 1" les chiffres ou notations exactes des nombres et grandeurs; 2° les petits faits, anecdotes, citations, spécimens expressifs et significatifs, prœrogalivse sentenliarum, comme disait Bacon, qui sont des morceaux vivants, des fragments intacts, extraits de la réalité. Même chez Montesquieu, le maître de l'histoire synthétique, les formules si précises ne transmettent pas exactement la pensée de l'auteur; il faut la deviner et la chercher en remontant aux sources qu'il indique, par exemple aux notes de son Voijage en Angleterre.
Je suis charmé que le « principe des spécialités » vous semble fécond, et je pense comme vous qu'il s'applique aux productions des letlres et des arts; je l'y ai appliqué au chapitre de la Conveigence des effets, dans ma philosophie de l'art. — Tout à vous.
\. Voir lievue crilique, 9 iiiai's 1891. H. Taine, Les Origines de la France contemporaine. Le liégime moderne, tome I, par Fr. Fiinrk-Prontnno.
m: UKlilMK MdUKIi.M': ». LA M.M.AIHK ET LA M(H!T "i>il
A MAUAMK II. IAIM:
HaiLizoïi, mai 1891
.... La forêt est superbe : des verdures d'une fraîcheur et d'une délicatesse admirables, même sur les grands chênes; des sous-bois d'un ton aussi tendre que de jeunes trèfles, des genêts hauts comme un homme, en (leurs, illuminés en travers par le soleil, des anémones d'une espèce à part aussi grosses et diaprées que des tulipes. Je n'avais pas vu depuis vingt ans la forêt prinlanière. iMes jambes sont encore i)onnes, meilleures que je ne croyais ; j'ai fait trois lieues de trop, m'êtant égaré.
Les bouleaux sont admirables; de vraies jeunes fdles en grande toilette, d'une fraîcheur éblouissante au soleil, plus que les demoiselles hier à votre bal. Mais les plus charmants sont les chênes encore jeunes, avec des feuilles longues d'un pouce, d'un ton jaune, qui, lorsqu'on les prend en travers, sont illuminées jusqu'au cn'ur. J'ai passé hier une heure sur le dos à en regarder une.
Tout à l'heure, à six heures et demie rentrant de la forêt, sac et gourde sur le dos, je trouve à la porte du village un grand jeune homme assez mal vêtu qui m'appelle cher Maître, se dit du Gil-blus, et a passé l'après-midi à m';ittendre pour m'interviewer. J'ai donné mon nom, ainsi que Léon Say et une cinquantaine d'autres, à la ligue anti-socialiste annonci'e récemment dans les Dcbals. « Ma signature a-t-elle été sui'(»rise. et