Voir Uimc III, ji. 200, iiole t
2. 11 s':i^it d'iiiio ti-nducliou de quel((ncs Fraf/Dieiits de George Eliot.
H. TAIXE. COnRRSPOMlANCi:. IV. 5
7,'t COP.RESI'OISDASCE
Ce serait à vous d'écrjre l'élude à laquelle vous m'invitez et je vous y engage fort ; rien ne prépare mieux à décrire un talent que de l'aimer. Pour moi l'âge est venu ; je no puis guère espérer plus de dix nu douze ans (le lucidité et de travail; et c'est pevi pour les deux ou trois idées que je voudrais encore écrire. J'ai renoncé à la critique littéraire, cl je passe la plume au\ Innnmes plus jeunes. Deux contempoiains anglais, peut-être trois, sont dignes de les tenter. Elisabeth Barrelt Browning qui n'a lait qu'un chef-d'oeuvre, mais un chefd'œuvre d'un tel ordre que Tennyson, ni aucun des poètes du siècle (sauf Byron) n'a rien d'égal. Herbert Spencer, qui n'est pas un bon écrivain, mais qui est l'esprit le plus contemplatif, le plus grand généralisateur de l'Europe. Entin Oeorge Eliot, qui est un psychologue et un moraliste d'espèce supérieure. A mon sens, il n'y a, parmi les écrivains vivants, qu'un seul romancier qui la dépasse, c'est Tourgueneff; il est encore plus objectif qu'eWe; de plus, c'est un écrivain parfait, un styliste, et, ce qui est unique au monde, un styUste simple; enfin il fait court, et j'ajouterai en dernier lieu qu'il est grand pçètp;vfliy^z. sa nouvelle intitulée Apparitions et en regard le Juif; s«m dernier roman, Terres Vierges, est à mes yeux le dernier mot de l'art, et, de plus, un chef-d'œuvre de psychologjew — Eliot va aussi loin dans la connaissance des sentiments, dans la génération graduelle et insensible des caractères. Mais elle moralise {AdnmBede,Deronda,elc.), on voit qu'elle a été méthodiste, qu'elle a prêché en
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public. D'autre part, elle écrit mal, obscurément, avec des mots disproportionnés; son éducalion et ses lectures ont versé dans sa tète t(»ut le vocabulaire et foutes les idées spéciales des sciences, de la physiologie, de l'économie p(ditique, de la psychologie, de la métaphysique même; tout cela regorge dans ses romans; elle voit les choses à travers ces lun(îttes qui sont perçantes, mais prêlcnl leur couleur aux objets. D'ailleurs, elle compose mal, elle traîne en longueur, elle a des liorsd'ouivre disj)roporfionnés, elle ne sait pas faire une fable {Deronda, The Mill on the Flous, Félix Hall). — C'est un grand génie, mais un artiste incomplet.
Vous voyez que Je me laisse aller au bavardage; mais c'est un plaisir que de causer avec un homme de son métier. Agréez tous mes remerciements et l'expression de ma vive sympathie.
A M. i:mile boutmy
MiMithûii-Suinl-Iieniarii, 10 août 1877
Mon cher ami, venez le plus tôt et restez le plus longlâinps possible. — Peut-être vous me remettrez h Uot. Depuis le 1*^' juillet, je suis à sec; les idées ne viennent plus. J'ai raté plusieurs fois et fini par abandonner mon quatrième livre. Depuis quinze jours, j 'essaie de me renouveler en changeant de travail ; je corrige mon Intelligence pour une nouvelle édition ; mais je ne sais \im si cela me profitera.
-.(i C.OI'.UKSPUNDANCE
Ouoi qu'il nrrivo en politiqiio, co sora ixtur le [lis. J'entrevois avec grande crainte un coup d'état, luie restauration bonapartiste. D'autre part, si les républicains l'omporlont aux élections, comme je lo crois, la discorde sera li()rril)le entre eux et le Marécbal. et s'ils deviennent maîtres du nouverneuKMit, ils verseront sur leur pente jusqu'au fond des dernièi'es sottises. Je n'ai nulle espérance d'aucun côté.
Je vous serre la main et vous attend au plus tôt. Présentez, je vous prie, mon respect à M. et M"^ Naville et dites-leur ma gratitude pour l'accueil plus qu'obligeant qu'ils m'ont fait à (ienéve. A vous.
A M. GASTON PARIS
Menllioii-Saint-Bornnrd. 1j octobre 1877
Mon clier ami, je suis content d'apprendre que vous êtes revenu en bonne santé; à force de voyages comme celui-ci S vous aurez sur le bout du doigt, non seulement l'Europe des livres, mais l'Europe vivante. Plus je vous suis, plus il me semble que toute votre vie est employée à vous donner la culture la plus liaute et la plus complète. Tant mieux pour nous et pour vous.
J'ai passé, en effet, une semaine près de ma sœur
1. M. G. Paris arrivait d'Upsal où il était allé avec M. Boissier représenter le Collège de France aux fêtes de l'Université.
PREMIER VOLUME DE « LA RÉVOLl TKIN » j7
Clk'vrillon à Londi'es' ; elle revient à Paris dans trois semaines environ; elle a loué pour ma mère et pour elle dans notre quartier ; je pense que ses deux fils iront à l'Hcolc Alsacienne. Ça été un voyage pénible et un séjour non moins péni])le. J'en suis revenu avec des palpitations de cdîur et un pouls beaucoup trop rapide. J'avais vigoureusement travaillé en mai et juin. Puis la fatigue était venue, la source intérieure ne coulait plus, j'avais dû suspendre en juillet et août. Ce voyage m'a remis à bas, et depuis j'ai dû vivie en parlait oisif. La macliine vieillit et couunence à se détraquer.
Vos félicitations sur mes deux volumes préls m'ont un peu attristé; avec ces défaillances de santé, il me faudi'a maintenant plus d'un an pour finir la Révolution. J'en prends mon parti ; du reste il y a longtemps que je suis entré dans mon automne, et que je regarde avec curiosité et sympatbie ces printemps un peu verts, parfois un peu secs, mais pleins de promesses, qu'on rencontre le dimanclie- dans votre cabinet.
Je suis tout à fait de voire avis sur Boissier"'; il y a plus de quinze ans que je le connais. C'est un galant homme et un ami sûr.