A M. FRANCIS CHARMES
¥àvii, 27 aviil 1878
Mon cher Monsieur Charmes, vous êtes bien aimable (îl bien obligeant*, et personne, depuis vingt-cinq ans que je suis au journal, n'a mieux pris le ton et l'esprit des Débats. De plus, personne n'a si bien pi'is la position moyenne, libérale et conservatrice. Vous êtes vraiment en ce moment-ci les vrais Débats, au point de vue politique et au point de vue littéraire. Avec une si parfaite tenue, vous ne pouvez manquer d'atteindre prochainement Je but mérité de votre ambition très légitime, et je souhaite pour nous tous que vous deveniez un de nos députés.
Le justiciable :fah. toujours des chicanes au juge; me permettez-vous celle-ci'? Jusqu'au milieu de juillet de n8Vt, mes sources sont les intendants et subdélégués, vu quils ont presque seuls la correspondance. Mais à partir de là, mes sources sont surtout les comités élus. puis H partir de décembre 1789 les autorités locales élues et de plus en plus démocratiques. Mes sources sont donc plus impartiales que vous ne le supposez.
Encore merci et tout à vous bien affectueusement.
1. Dt'bals (lu 27 avril 1878, .article do M. Francis Ciianiies sur la liévolution (recueilli dans Ëtude.s hiainriqucs et diplomatHjnes. Paris, 1805\
l'HEMII-;pi VULUMI': l>K ■• l.\ l'.ÉVOLrTiUN .. Tm
A iX. ALEXANDUi: DDHÏAS
n mni 1878 Mon cher Dumas.
Votiv prociHlé avec moi a été si franc, et si amical que j'ai recours à vous et vous prie de prendre ma place pendjint mon absence. Voici ma lettre de candidature à l'Académie ; veuillez la remettre, au moment que vous jugerez opportun, ou ne pas la remettre, et même, au besoin, la retirer, si visiblement les chances me devenaient contraires. Si elles continuent à être favorables, avertissez-moi par un mot ; je tiens à remplir tous les devoirs de candidat, et je reviendrai de Savoie cinq ou six jours avant l'élection, powr faire les visites obligées.
Ma situation est très simple: je considère comme un grand honneur d'appartenir à l'Académie, mais je n'y songeais point lorsqu'on est venu me trouver ; on me dit que la majorité de l'Académie consent à me porter; je suis très fier et très heureux d'une pareille offre, et je l'accepte, pourvu que les amis qui me l'ont faite ne se soient pas laissé tromper par excès de bienveillance à mon endroit; il se peut qu'ils aient trop espéré pour moi ; il se peut que, d'ici à l'élection, quelque personnage politique se présente pottr faire l'éloge de M. Thiers : dans ces deux cas, faites pour moi comme pour vous : j'ose m'attribuer les sentiments que vous auriez vous-même, soit pour persister, soit pour me
54 COIUtKSPONDANCE
retirer; votre jugement sera le mien ; je ne puis que gagner à emprunter la netteté de votre caractère et la discrétion de vos procédés. Dans celte candidature, quelle qu'en soit l'issue, je ne suis (ju'un homme de lettres, un simple critique amateur de psychologie et d'histoire; je n"ai épousé aucun parti religieux ou politique : j"ai employé trente ans et écrit vingt-cinq volumes pour expliquer et appliquer une méthode scientifique, je n'ai pas eu d'autre hut, je n'en aurai jamais d'autre. Si mon dernier volume montre les fautes de la Révolution, mon volume précédent montre les fautes de l'Ancien Régime; ainsi, quand on me recrute, je proteste, et, dans la lutte contemporaine, je reste un spectateur, sans vouloir devenir un comhatlant. Quant à M. Thiers, je me souviens, comme tout Français, de ce (|u'il a fait en 1870 pour prévenir la Ciuerre, et en 1871 pour réduire la Commune ; j'éprouve pour lui un profond sentiment de reconnaissance et de respect; de plus, à litre de critique ou d'historien, j'admire la flexibilité de son esprit, sa compétence presque universelle, ses aptitudes oratoires et pratiques, sa lucidité, son activité, son courage, et je crois que peu d'hommes ont tant aimé la France; certainement, depuis Voltaire, il est un des esprits qui l'ont le mieux représentée, et il est au nombre des cinq ou six honunes du siècle qui font le plus d'honneur à notre pays. Mais, sur le détail de sa vie politique, je n'ai pas (l'opinion précise; l'histoire de nos quarante dernières années n'a point été faite ; elle est trop j)roche de nous ;
l'ItEMIKI! VOI.IME DE .< I.A liEVOMIKiN .. 55
on lu' pont en |»;irlorà moins d'y avoir pris part ; je n'y ai point pris part, et je ne puis parler que de ce que je sais. Si j'avais riionneur de louer M. Tliiers, je tâehej-ais de |)eiii{lre l'homme, l'écrivain, l'orateur, le serviteui' de la France, et je laisserais à un autre plus expert le soin de suivre la politique dans les vicissitudes de sa vie parlementaire. Mais, dans l'enceinte bornée où je serais confiné par mon incompétence, je serais sûr de ne pas prononcer une parole (|ui ne fut un hommage à riionnne d'Ktat, qui, après avoir tout fait pour nous sauver de la guerre, nous a rendu l'ordre et la paix. Tout à vous.
A M. ALEXANDRE DUMAS
MoiitlioM-S.iint-licniiiid, 'Il iiini 1878
Mon cher ami, je ne vous remercie plus ; j'espère que vous n'avez rien en train, je serais trop contrarié de vous imposer toutes ces démarches. Encore une fois, je ne puis rien désirer de mieux que d'être entre vos mains ; j'y suis tout à fait ; agissez de vous-même et de vous seul.
Je suis dans les misères de la mise en train. Il s'agit de faire la psychologie du Jacobin : par quel mécanisme d'idées et de sentiments, des gens. (|ui étaient faits pour être des avocats de province, des employés à 5000 francs, bref des bourgeois paisibles et des fonctionnaires dociles.
sont-ils devenus des terroristes, et, jiour la plupart, des terroristes convaincus ? J";ii un pi^éciett'x dictionnaire composé en ISOo : on y trouve la conditiori actuelle de tous les conventionnels survivants ; ils sont employ«^s aux vivres, juges civils ou criminels, inspecteurs des donanes, sans profits, etc. — J'ai pu voir, en' élûdiartt les Puritains de 1649, l'aliénation mentale, mais accompagnée d'images et avec troubles de conscience. ïci la folie est sèche, abstraite, scolastique; on dirait de ptiVs pédants infatués de théologie verbale. Les botes de proie qui se servent de ce jargon se comprennent sans difficulté; mais les Soubrany, les Romme, les Goujon, même les Lebas et les Grégoire, sont les plus étonnants spécimens de délire lucide et de manie raisonnante. Je suis encore loin d'y voir clair.
En revanche, mon lac est bleu comme une pervenche ; les herbes des prairies sont hautes de deux pieds, et les oiseaux chantent à plein gosier tout autour de moi. Vous êtes parisien, je crois, moi, je suis campagnard de cœur; après un mois de séjour à Paris, je trouve qu'il v a trop de monde dans les rues, et que les bâtisses font des horizons trop rectilignès. A vous bien cordialement. H. Tune.
Boissier m'écrit que Wallon lui a fait sa Visite el se présente èoutre Renan au dèUxièïne fatffétriî.
PREMIER VOLUME HE « l\ RÉVOLUTION » 57
A M. .Vr-KXANDHI^ DDMAS
Mcnthon-Sîiiiil-Hcrn.ird. '2"» mai 1X78
Mon cher artii, ptiiRqwc VAtts avez jii«^^ ffue les chances sont pour moi, en avaiit ! Je reviendrai veVS le 6 j^ftiti. !\fais. si vous voyez deux on trois défections, faites ce que vous m'annoncez, relirez ma candidature.
Je suis très content q'we vous lisiez m'es deux derniers volumes, et j« compte en causer avec vous. 1^'après ce qiue je sais et vois de vous, je me figure que votTS êtes une ées trois ou quatre personnes qm, même à un auteur, disent la vérité saUis phraï?es. Nous essayons en ce moment de faire en histoire quelcpie chose de sernblal)le à ce ([ue vous faites au théâtre, je veux dire de la psychologie appliquée. Cela est bien pfiis difficile que l'ancienne histoire, bien plus difficile à faire pour l'auteur et bien plus difficile à comprendre pour le public. Mais, en somme, les mécanismes d'idées ef de sentiments sont la vraie cause des actions humaines, les parades politiques sont toiU à fait secondaires. Par exemple, en ce moment, si je puis construire à ma satisfaction, l'état mental d'un Jacobin, tout mon volume est fait ; mais c'est un travail diabolique.
Je vous serre la main et vous remercie encore.
î)8 COIUŒSPUM)A.NCE
A M. AI.EXANDHE DUMAS
Moiilh(.ii-S;iint-Boi'ii;ircl. 2i mai 1878 C'est encore moi, mon cher nmi; je n'imayinais pas qu'une candidature fît dépenser tant de pas et tant d'encre. Mon ami Boutmy m'écrit qu'une personne qu'il ne me nomme pas lui a été envoyée avant-iiier par M. Mignet pour me faire abandonner ma candidature. En échange, promesse de h voix de M. Mignet, deM. J. Simon, et do h\ faveur de tout \euv parti pour un autie fauteuil ; sinon, tous très irrités et animés contre moi. Voici maintenant le passage important que je vous transcris : « Un pointage très exact fait ressortir, en l'absence de M. Duvergier de Hauranne malade, 17 voix de chaque côté. 11 y a un douteux, le duc d'Aumale, mais il penche plutôt vers M. Henri Martin. De plus, nous espérons obtenir qu'un des votants de M. Taine, qui a été nonmié par l'influence de M. Thiers, se dise malade. Nous comptons qu'un autre qui doit partir pour assister à un mariage vers l'époque des élections prolongera son absence. De la sorte, M. H. Martin aura une majorité assurée. »
L'intermédiaire inconnu disait tout cela au nom de M. Mignet et en répétant ses paroles.
L'obligé de M. Thiers est évidemment M. Marmier. Qui est l'antre, celui qui sera absent pour un mariage? Ayez l'obligeance de vérifier cela, si vous pouvez.
Quelle drôle de chose que les procédés électoraux?
l'RKMIEIS VOLUME OK « L\ RÉVOl.lTIdN » 59
Puisquo VOUS avez confiance, j'ai ospéranee; ni;iis la nouvelle (|iie Vdiis me donniez hier de raltslenlioii ilc M. Marniier, avec compensation plus ou moins liypollirlique par l'abstention de M. IJarbier, tout cela, joint à divers autres indices, semble nionlrei' (pu' mes chances ne sont pas 8 ou 9 sur 10, comme je l'avais toujours demandé, mais seulement T) ou 6. N'importe, vous êtes sur les lieux, dans la place, et meilleur \\v^o que moi. I»appelez-vous seulement que, si un ou deux de nit's votants vous paraissent disposés;! m'ahandonner, j'aime mieux me retirer avant l'élection. Vousètes vousmême de cet avis. Au total, je ne suis pas de ceux qui ti'ouvent la vie insupportable faute d'un habit vert, et, plus j'avance, plus je sens que je donnerais toutes les satisfactions d'amour-propre, pour avoir une idée de plus ou |>our bien prouver une idée que j'ai. A vous.
A M AI.EXANDRE DUMAS
Meiillioii-Saiiit-Doninril. 2.S mai 1878
Mou clier ami, on m'envoie de Paris et je vous envoie la note ci-jointe; elle est curieuse, et peut compter paiini les procédés électoraux.
A vous. 11. Tainf..
Voici, Monsieui', ce (|ue la Police de la Pi'esse envoie contre vous aux journaux républicains de province :
« Deux livres également peu reconimandables ont paru' totit récemment. De l'un deux, dans ce journal même, M. Edouard Sylvin a tiré bonne et prompte justice. Après lui, je ne vous parlerai donc point de la Révolulion de M. Taine. Ce serait vraiment faire trop d'honneur à ce pédant, à ce Prndhomme du ■paradoxe, ((Ue de lui consacrer deux articles. Les cpielques lettrés, superficiels ou indulgents, qui lui avaient un instant silpposé et proclamé dw talent, sont eux-mêmes aujourd'hui singulièrement revenus sur son compte. Et, si j'en crois niex dernières informations, il pourrait bien avoir, par ce factum ridicule, quelque pett compromis sou élection, hier quasiment certaine, au Sénat littéraire diï Pont des Arts. Assurément, les républicains de « ï'itltrstre compagnie » ne pourront voter pour ce ctdstre disert et mafencontreii.r. »
A M. M.EX.WDRE Dl MAS
|liiii:iiii'lii< '2 juin
Mon cher Dumas,
Selon votre conseil, j'avance mon retour; je partirai d'ici après-demain mardi, je serai mercredi à Paris à ♦) heures du matin, et je commencerai mes visites dans la journée. Pourrai-je vous voir ce jotir-!à même, et à (juelle heure? Jo crains bien de mal faire mes visites;
PKEMIER VOLUME DE .< LA HÉVoLlTlUN « Ofl
ordiuairement ma phrase d'entrée explique le bwt dejaiçi démarche, puis je panle de la pluie et du beau temps; il jkoe semble toujours qu'il y a de l'indiscrétion à demander. Je linis mon premier morceau sur la psychologie du Jacobin ; en regardant Je mécanisme de leurs idées et de leurs sentiments, on comprend que.ces gens-là pouvaient être de bonne foi dans leurs meurtres. A vous.
A MADAME H. TAINE
5 Juin i87}<
... J'ai vu ce matin MM. Dumas, de Broglie, d'Haussonville et laissé une carte à Augier, je vais faire visite à MM. de Noailles et de Ghampagny. i)es journaux m'appellent i-enégat. Pelletan, aux bureaux du Sénat, a dil que ma trahison ne s'expliquait que par mon désir d'ôlpe de l'Académie. Je .vous, écrirai sérieusement deiinain- Je tâcherai de voir aujouidhui Barbier et Marmier, mes deux pivots, l'un pour, l'autre contre.
A MADAME H. TAINE
7 juin 1878
Mon baromètre académique est en baisse. Marmier
m'a lâché et restera neutre, M. Mignet est venu pleurer
02 CDimESPONDA.NCE
chez lui. Barbier dont on espérait la neutralité tourne contrcMuoi, il croit que je souhaite le retour de l'Ancien Régime, et que j'en veux à toute religion. Je lui ai envoyé ce matin mon volume avec indication des pages qui contredisent ces deux imputations, mais c'est une tête de bois. — Quant à Marmier, il a eu l'air tout honteux en me voyant et s'est excusé du mieux qu'il a pu; je lui ai dit très nettement (|ue j'avais compté sur sa promesse; qu'autrement je ne me serais pas présenté, et que par sa faute j'allais manquer mon élection. Je travaille à obtenir une neutralité ou une abstention qui compense celle-là. J'ai déjà fait vingt visites; Sandeau, de Sacy, Lemoinne se sont excusés, le premier avec onction et attendrissement. Reste à opérer sur Doucet et Sardou qui m'ont promis leur voix au second tour; je lâche Alexandre Dumas sur Sardou, je vais voir Doucet.
En ce moment (!2 lieures 1/2), on discute les titres à l'Académie. M. d'Haussonville, puis M. Dumas parleront pour moi. Le premier a recueilli une série d'articles d'Henri Martin, publiés dans le Siècle sous l'Empire, très hostiles à M. Thiers et très démagogiques; il en lira des extraits. Dumas lira connue finale une lettre que je lui ai écrite sui' M. Thiers.
riiEMIEi; VOLUME DE « LA lîÉVuLLTKIN » 05
A M. Ar.EXANDKE DUMAS
8 juin 1878 Mon cher ;imi. loules les visitos sont faites, sauf clioz vous et chez Boissier qui m'avez dispensé. — l>onc 17 contre 17: maintenant tous mes champions seront-ils hV.' Et voteront-ils tous pour moi au premier tour?
J'irai demain à 4 heures chez Mme d'Haussonville; peutêtre vous y renconlrerai-je.
Je n'ai pas mes notes et extraits ici ; impossible de vérifier le passage sur Albitte'; mais je ne l'ai pas donné comme de moi. C'est une note de l'ouvrage anglais- que j'ai traduite comme le reste. Quand je mets une note personnelle au bas des pages, elle est accom- [)agnée de la remarque suivante : Note du traducteur. Je ne réponds que de ces sortes de notes. — La première page de la deuxième édition de ma traduction contient la note suivante : « Les personnes qui voudront consulter le texte original le trouveront à la Bibliothèque iNationale, rue Richelieu, sous le N" L. B. 41-25. Il est catalogué dans le troisième volume du Catalogue de l'Histoire de France, et il a été édité par Longman à Londres en 1797, '2 volumes in-8". ))
1. Albitte l'aini'' (Antoiiio-Louis), dépiité île la Seine-Inférieure à l'Assemblée législative et à la Convention.
2. Il s'agit du volume In Séjour en Vinncc de I79'2 à 1795, lettres d'un témoin de la Révolution française, l" éditioa 1872. Traduction H. Taiue.) Cf. tome III, p. 157.
64 CORRESPOÎsDANGE
Ceci coupe court à toutes les suppositions d'une fiction fabriquée par raoi.
Merci toujours, succès ou non succès. Présentement j'estime mes chances à 5 contre 5. A vous.
A MADAME H. TAINE
8 juin 1878
Jai fini aujourd'hui toutes mes visites, sauf M. de Laprade qui n'est pas à Paris: Boissier et Dumas m'en ont dispensé. — La bataille est acharnée, et a pris un caractère tout politique et tout personnel. — A mon sens, .je n'ai maintenant que cinq chances sur dix. Mes amis m'ont lancé un peu légèrement, et moi-même j'ai ou tort de ne pas exiger la projuesse de plus de dix-huil \QiiR, car il y a toujours des défections. Actuellement nous somn]es dix-sept contre dix-sept. Plusieurs penseni qu'il n'y aura pas d'élection, qu'après plusieurs tours de scrutin, on remettra à six mois. Moi, je crains (jue parmi nies dix-rsept quelqu'un nie manque, soit à cause de la distance, soit pour se dégager par un prétexte commode. J'ai trois absents qui ont promis de venir, Laprade, Falloux, le duc d'Aumale; mais celui-^ci ne trouvera-t-il pas plus avantageux de ne désobliger personne en ne venant pas ?
La discussion académique a été si vive qu'à la sortie
I'ltEMIi:r. VOLLJIE DE « LA HLVul.l Tltt.N o (i'
ou |»i()p()s;iU d'abolir la discussion à l'avenir'. — Los articles de Martin sur M. Tliiers- ont été lus tout au long {)ar M. d'Ilaussonvillo ; mais, comuik! dit Humas, les opinions sont comme des clous, plus on Irajjpe dessus, plus on les enfonce.
J'ai vu personnellement Simon, Sandeau, Doucet, Lemoiime ; je crois que je n'aurai pas Doucet au second tour. — Simon et Sandeau très tendres, mais rien à obtenir. Lemoiime et Cuvillier-FIeury touchés dema visite et de ma demande de neutralité, mais nul engagement ni apparence d'engagement envers moi. Mézières idem; Dumas le chimiste, Champagny et Noailles décidément pour moi.
L'élection de Renan n'est pas tout-à-l'ait certaine. Les journaux vont s'emparer de cette bataille académique. Saint-Valry est venu chez moi aujourd'hui ; du reste, il était déjà très bien iidormé et fera un article dans la l'alrie. Hier, étant chez Hachette, l'enqjloyé nous dit que les gens du Fi^^/ro sont venus chercher tous mes livres un peu anmsants, et vont faire quatre pages d'extraits dans un de leurs numéros, probablement celui de dimanche. — About annonce dans sou XI\^ Siècle que les préférences de l'Académie sont poui' Martin, bref le feu est aux poudres.
1. la discussion des titres, qui avait élr iulroduilc vu 1S70 sur la proposition de M. I^egouvé, fut en elFet suppi'iniéc en 1880 sur relie de M. Caro. Elle lut rétablie en ISOfi sm- la niolion de M. Léon Say, soutenue par M. Legouvé. Le 7 décembre 190.J. lAcadémie décida de substituer le mot Exposition des titres à celui de Discussion des titres.
'2. Voir la lettre du 7 juui.
H. lAlNL. — COKRESroNOANCE. IV. 5
60 CORRESPONDA.NCE -
A MADAME H. TAINE
i» juin
Vous piHivcz vous iiiiJiginer combien cette corvée me (léplail, et elle est inutile. A mon avis, je n'ai pas cinq chances sur dix. J'ai vu ce matin Cavillier-Fleury, il votera contre moi. Autrefois je ci'oyais que les valeurs littéraires étaient un appoint, un faible appoint; elles ne sont rien, absolument rien, et cela est vrai, non seulement poui' ceux qui me combattent, mais pour ceux qui me soutieiment. Je crois que dans mon pai'ti il n'y a que deux personnes qui en tiennent comj te, lioissier et Alexandre llnmas.
J'ai vu hier M. d'Haussonville ; la princesse Mathilde est à Saint-Gratien, M'"* Bertin à Viliepreux. Je tâcherai de partir le lendemain vendredi soir; par malheur, l'usage est de mettre des caries chez tous les académiciens, au moins chez tous ceux dont on a eu les voix, cela me retardera peut-être d'un jour. — Personnellement le sacrifice est fait ; j'ai perdu quinze jours, j'ai fait trois cents lieues, j'ai passé six jours en visites; je suis las et dégoûté ; je n'aspiie plus qu'à rester dans mon coin et à laisser celte parade à autrui. Le manque absolu de conscience littéraire et morale que je sens ici à cha({ue visite me rebute lellemenl, qu'il me semble être venu me promener parmi de mauvaises odeurs ; le sentiment qui surnage en moi est le dégoût et j'ai besoin d'être avec mes livres qui ne mentenl pas.
rr.t.MlKli Vol.l ME DE « LA liÉVOLlTION - 07
^ A MADAMi: H. TAINE
r..ri<. Il juin 1878
... Hier lundi, j'ai passé deux heures au Salon; un superbe portrait de l'oniiiit, quantité de paysages excellents, une p'orlune en phitie, élégante, florentine, avec une délicate et charmante draperie, de je ne sais plus quel sculpteur ; un vaste tableau inachevé d'un élève de lionie qui promet beaucoup (la mort de Vitellius); beaucoup de grotesques par ambition et présomption ratée. — Demain matin je tâcherai de passer quelques heures au Trocadéro et ce sera tout.
Après le Salon, j'ai déjeuné chez P;iris, puis j';ii jtassé deux heures chez S..., à écoutiM- sa tiaduction et ii lui donner des conseils. Ce matin, sur un mot de M. de Bioglie, jai vu M. de Falloux, puis .M. de Laj)rade qui sont arrivés. Le premier est charmant, avec M. de Broglie c'est le plus distingué et le plus fin des trente-quatre que j'ai vus. .le crois mes seize très fermes, plusieurs renseignements nouveaux concourent à me faire compter sur le duc d'Aumale; donc dix-sept et premier tour mil: ma clumce consiste dans les défections du deuxième ou troisième tour, c'est une pauvre chance.
J'ai fait visite à Renan, hier: il n'est pas satisfait des procédés académiques ; il est à peu près sûr de réussir, mais n'est pas content d'avoir Wallon pour concurrent. On les discute aujourd'hui. Sacy, qui parle pour Renan, omettra tous ses écrits, montrera les passages religieux,
lira son article de 1856 sur l'Académie. « Il vaudrait Jiiieux piiur mou succès, disait Heuan, n'avoir jamais rien écrit. )>
A MADAME II. TAINE
P;iris, 15 juin 1X78
... Je suis battu : lô voix i)our moi au premier tour, une pour Wallon, \^ pour Martin. Le duc d'Aumale a passé à Martin, probablement par suite des articles des journaux, notamment du XIX^ Siècle que je vous porterai. On pense que M. de Champagny a voté au premier tour pour Wallon, par rinlluence d'une vieille dame de 74 ans ; ainsi deux des promesses faites n'ont pas été tenues. — J'ai dit que je ne me présenterais pas au fauteuil de Loménie.
Je vais de ce pas remercier MM. de Broglie et d'Haussonville, demain je remettrai des cartes aux autres.
A M. CAKO*
Menthoii-Saint-Bernard, 16 juin 1878
Cher Monsieur, au moment où je quittais l'aris, on m'a remis votre lettre; j'ai donc à vous remercier deux