Lrs llisloiiriis fantaisistes, M. Tlilns, l'aris
'i. Le leclcur ne s'étonnera pas de la sévérité du jugement porté ici sur M. Thiers, comparé à l'opinion quca avait M. Taine quekpies années auparavant (voir lettre à A. Dumas du 17 mai 1878). Ces cinq aimées passées à travailler lui-même sur les textes et documents lavaient rendu sévère à Tégard de la méthode historique de M, Thiers.
I r.S Dia'X DKUMEKS VOLUMKS DE « LA RKVOMTlON .. 1ti3
il a pu faire ces vingt volumes. La conscience liisloii({U(^ lui manquait; il n'aurait jamais pu tant écrire, s'il avait donné le temps nécessaire à chaque morceau de son livre.
Je sais par expérience personnelle la masse (le liocumeiils qu'il faut contrôler et rapprocher pour avoir l'idée à peu pi'ès exacte d'une scène comme le W .luillci. les 5 cl (') Octohre, le 2 Septend)re et le Til Mai. Le colonel (lliarras a passé un an et davantage à étudier l'affaire de Waterloo; Macaulay a employé sept ans à écrire, en deux volumes, l'histoire de 1689 à 161)7. Je crois me rappeler que votre 9 Thermidor vous a coûté dix-huit mois. A mon sens l'explication que vous donnez des erreurs de M. Thiers est très suffisante; il n'y a pas hesoin de cherche)' au-delà. On voit sa manière de travailler, sans copies exactes, sans notes précises et de sa main, de mémoire ou sur le rapport d'un secrétaire, avec le hesoin de faire vite un eHet d'ensemble, un récit plausible pour le commun des lecteurs, avec l'habitude de ne pas peser les mots, de se contenter d'un à peu près en fait de style, avec la précaution très prudente de ne pas intercaler les textes authentiques dans son texte, avec le goût bourgeois de l'expression noble et vague, de la fausse décence, avec le lâché et le sans-gêne de l'improvisateur toujours coulant et toujours vulgaire. Tout cela sera senti un jour ; mais présentement, comme tous les hommes qui ont marqué dans la politique, il ne peut être qu'une idole aveuglément adoi'ée ou injuriée dans sa niche.
Agréez Monsieur, etc.
Hi4 CORRESPONDANCE
A M. EHNEST HENAN
Moiitlion-Saiut-Bfii'narfl. G juillet 188.">
Mon cher ami, vous allez nommer à la chaire de Législation comparée au Collège de France. Si votre voix n'est pas promise, je vous prie de considérer les titres de M. Jacques Flach qui a suppléé deux fois M. Lahoulaye ; je le connais depuis plusieurs années, je l'ai entendu professer, et je crois qu'il a tous les mérites requis, une ample érudition, des habitudes critiques, la connaissance historique et théorique des législations, beaucoup de conscience et de sagacité, une vie de vrai savant bien commencée et bien conduite; il représentera la France de ce côté oîi elle est si peu représentée, surtout à cause de la routine judiciaire et de la méthode déduclive dans lesquelles s'obstine l'École de Droit. Vous savez, mieux que moi, la lin du droit romain et du moyen âge; si vous causez avec M. Flach, vous verrez, je crois, ({ue sur le terrain, il promet de travailler comme M. de Savigny. 11 y a dix ans, il était encore un peu allemand pour la composition et le style. Je ci'ois qu'aujourd'hui, sans rien abandonner de sa solidité et même après avoir approfondi sa spécialité, il a gagné les qualités françaises d'ordre et de diction qui, au Collège de France, ne sont pas à dédaigner.
Je n'ai pas besoin de vous dire que je ne suis pas de l'avis de M. Scherer; son arlich^ est de la critique de journal, avec un fond d'aigreur,des intentions de péda-
LES DEUX DEHNIKRS VOLUMES DE « LA REVOLUTION » 165 gogue, et la volont(^ d'être fin et compréheiisif, sans être ni l'un ni l'autre.
A M. l'ALI. BOUHGET l!i>ciii-(', Mt'iilli(iM-S;iiiil-licrii;ii(l. ÔO juillel I«Kj
Mon cher Moii.sienr hour^cl,
Vous êtes un ami et un admirateur de M. Coppée, et vous m'aviez promis cet hiver de me choisir vous-même des passages que vous préférez dan« sonœuvi-e. Puisqu'il se présente à l'Académie, indiquez-moi ces passages. J'ai ses livres ici et du loisir :je lirai en conscience avec une attention de critique. Personnellement M. Coppée m'est très sympathique, son originalité, son talent, son honorahilité sont incontestahles. Mais vous savez que les anciens comme moi ont quelque peine à s'habituer à une métrique, à un vocabulaire, à des sujets et à des sentiments nouveaux, bref à ce que vous appelez l'École Moderne.
Je ne vous remercie plus de ce que vous dites si souvent de moi dans le l'arleinenl: si j'en mérite le (|uarl, je dois me trouver trop heureux, etmOn travail aura été utile. — Continuez vos efforts pour retnouver les portions perdues de Stendhal et remerciez de ma part M. Elemir Bourges; je viens comme tous les ans, de relire la Chartreuse, Lucien Leuwen, Rouye et Noir, les Chroniques ; la Chartreuse me stupéfie toujours et
ni'ciichanle après quarante ou cinquante lectures. G. Paris m'avait donné le numéro des Extraits Italiens qui sont déposés à la Bibliothèque et que M. Bourges a l'ait traduire en partie ; mais j'ai été détourné, jen'ai pas eu le temps d y aller voir. 11 faudiail passer quelques mois à Grenoble où ses papiers sont déposés; M. Colomb, l'exécuteur testamentaire n'a pas publié tout. — Si l'ouvrage historique^ dont vous parlez existe, ce serait un trésor sans prix; mais avec les façons de Stendhal, je crois bien qu'il n'était pas fait ; Stendhal le mentionnait connue fait, probablement pour avoir Timpression de son correspondant.
Je vais beaucoup mieux, et je travaille rudement. Donnez-moi de vos nouvelles; dt' mon village, j'ai le plaisir de vous suivre dans le Parlement, et, sincèrement, c'est un plaisir.
A M. FHANCIS POICTEVIN*
Moiithon-Saiiit-I^oniard, i oclohro 1885
Monsieur ^,
Je n'ai pas lu Païennel de M"'" Adam ; mais il y avait du courage à publier sa lettre en guise de préface. Je
1. Ouvrage sur la cour de Napoléon, dont Stoiullial parle dans sa correspondance comme ayant été éci-it complètement.