‹ Sa vie et sa correspondance (volume 2)Chapitre 70 sur 127 · De l'Intelligence · texte numérisé non relu

De l'Intelligence

2. La Société de psychologie physiologique, fondée eu 1884, sous les auspices du D"' Charcot.

A M. ALEXIS DELAlHi:'

l'aris, 'i mars l88.j

... Hus jéLudiL', plus j apprécie lapprobalion de votre école ; car je vérifie, par mes propres recherches, la justesse et la portée de vos maximes. Estimer les principes abstraits d'après leur application et leur œuvre elïective, lâcher de voir l'individu corporel et vivant à son métier dans sa famille et dans sa maison, s'efforcer de démêler des sentiments réels, habituels et dominants; bref, faire des monographies, voilà les enseignements de M. Le Play, et, d'instinct, je les ai toujours suivis en histoire. Au fond, mon livre actuel n'est qu'une monographie de la société française contemporaine, et si je parviens à écrire comme je l'entends mon derniei' volume, je pourrai le présenter comme un appendice à votre galerie des Ouvriers des Deux Mondei.

A M. I. ABBE CHkISTlAN MUHEAU'

Menthon-Saiiit-Beniard, 15 juin 1885

... J'ai peu étudié l'illuminismeen France à la fin du

xvin" siècle, c'est surtout en Prusse et en Russie qu'on

1. El) it'itunse à l'article intitulé M. Toùw, Itistmicn de la Rél'olulion, paru dans la lléfonnr sorialr du 1^' mars 188.1. La |)r(''- SL'iitc lettre a clé publiée dans la licf'onne sociale du 1"=' avril 188.').

'2. Cette lettre a été publiée par M. l'abbé Cli. Moreau en tête

^-i'»-' COHRE^I'it.MiANCK

le ti'uiivo puissant ii celte date. INêauinuiiis il foniie un domaine très curieux dans Ihistoire de la Ilévolution française, et ce domaine vous appartiendra si vous écrivez la biographie de Tamie de Dom Gerle; vous avez en main les mémoires de Suzanne Labrousse, et probablement aussi beaucoup d'autres pièces manuscrites et presque inconnues, recueillies à Home, dans le Périgord ou aux Archives de Paris. Tous les historiens vous remercieront de leur en faire part.

Bien certainement vous discuterez les documents que vous apportez, l ne mystique connue Suzanne Labrousse est une malade, elle ment par imagination et par amour-propre, avant de mentir aux autres elle se ment à elle-même. Des souvenirs rédigés à distance des événements s'arrangent et se défigurent involontairenuMil dans sa tète; il faudra y regarder de très près avant d'accepter ses récits sur Robespierre, sur les chefs Jacobins, sur les évèques de lAsseinblée Constituanic. Se croire prophétesse et faire de l'or, voilà de mauvaises conditions pour bien observer.

Mais quoi qu'il en soit, le portrait d'une inspirée est tout intéressant, même quand elle n'a pas réussi: celui de Mme Guyon ou d'Antoinette Bourignon est presque aussi précieux que celui de Bunyan ou de Fox le Quaker, .le lirai votre livre avec un ti'ès grand plaisir, et je vous prie, Monsieui' l'abbé, d'agréer, etc.

de son livre. Une Mi/.-^li'jKr Hrvoliiliuiiiuiiic: Sinelle Loliruiisf^c. Paris, iii-8». 1886.

A M. .IILLS SALZAV'

Mi'iilliiin-Saiiil-liciiiiiril. 'i."> juin l>^X-r

C'est moi, Monsieur, (jui suis volie obligô; la prouve eu est dans le grand nombre des faits et te.vles que je vous ai empruntés. Quant aux références précises que vous voulez bien mollrir, je n'en avais pas besoin; votre ouvrage ai)onde en marques intrinsèques de sincérité historique et de conscience scrupuleuse. D'ailleurs, par d'autres documents, j'avais trouvé aux Archives la confirmation de tout ce que vous dites, notamuient les rapports de l'intendant et des commandants militaires en 1789, et, plus tard, de l'an III à l'an VIII, une série de rapports des administrations locales, des commissaii'es cantonaux. Je me rappelle entre autres cette phrase dun connnissaiie en l'an VI ou VU : « Les gens de ce pays consentiraient à payer le double d'impôts, pourvu qu'on leur laissât leur culte et les prêtres qu'ils préfèrent. »

Plus j'étudie en histoire, plus j'attribue de prix aux textes de première main, abondants, caractéristiques et bien classés. A cet égard, votre gi-and ouvrage est un monument. e( certainement tous les historiens futurs de la période révolutionnaire devront y puiser.

J'essaie de faire dans un cinquième volume ce que

1. AuU'ur di' V Histoire île lu Persécution Hévvlutioniiairc dans c Département du Doubs. 10 vol. Besançon, 1867-1873.

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VOUS me demandez'. .Mais je ne suis pas sûr de pouvoir le bien taire. Il faudrait être plus instruit, plus compétent, avoir touché de prés, {jar la pratique, par l'exercice de fonctions administratives, les hommes et .les choses. J'essaie depuis plusieurs années de me mettie au courant. D'autre part ma santé faiblit, et l'entreprise est bien vaste, la tâche bien lourde pour un homme de mon âge. Entin, à quoi bon? Supposez que je puisse indiquer le l'einède, ou plutôt le régime salutaire, le malade refusera de s"y soumettre, il se croit médecin, il a son dogme en fait d'hygiène, les principes de 178',) et 1792. Le socialisme égalitaire est maintenant entré dans son sang comme l'alcool dans les veines d'un alcoolique ou la morphine dans les veines d'un morphinomane. Vous-même, vous aviez montré avant 1871 que l'esprit antichrétien avait été mortel à la premièi'e république; cette leçon, si bien donnée par vous, si l'ortement appuyée par des exemples si nombreux et si décisifs, a-t-elle persuadé quelqu'un dans le parti démocratique?

Nos livres servent à l'iiistoire, à la science; mais notre influence sur la pratique est inliniment petite. Nous sommes payés jjar le plaisir d'avoir cherché la vérité pour elle-même, de lavoir dite nettement, avec preuves à l'appui, sans arrière-pensée. Nous sonnnes

1. M ... Aj)rès avoir cliayiiosUqué lu mal. acliovoz l'œuvit' liii iiK'^dcciu t'ii iiidi(juant le remède avec raulorité qui vous apparlieul. Aidez à jjuérir uolre ^raud ot cher lualade. Il me parait, avoii' liesoiu de changer de cousfitiitiou intime bien plus que de couslitution politique.... » (Jules Sauzay à H. Taine, '21 juin 1885.)

« LE RÉGIME MODERNE ». LA MALADIE ET LA MORT 205 payés aussi par l'osliino des lioiiirncs honorables ot compéleuts (pii |)euvL'nt vérifie^' (lin'clcment nos assortions. C'est vous dire, Monsieur, coniljien votre apprôriation m'est précieuse.

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