‹ Sa vie et sa correspondance (volume 2)Chapitre 71 sur 127 · AU COMTE DE MARTEF · texte numérisé non relu

AU COMTE DE MARTEF

Montlion-S;iiiit-R.'ni;ii(l. IS juilli'l l.SS:>

Clier Monsieur,

Je vous aurais écrit plus tôt pour vous remercier *, si j'avais su votre adresse ; elle m'arrive avec votre lettre. Merci donc, non seulement pour moi, mais pour tous les amateurs d'histoire. Ma conclusion en vous lisant, est qu'il faudra refaire, pied à pied, l'histoire du Consulat et de l'Empire. Il est clair que M. Thiers composait avec une légèreté excessive, et que les détails exacts lui importaient peu. Votre critique du 5 nivôse complète celle de Walckeren. Je me suis informé auprès de gens qui l'ont vu travailler ; il paraît qu'il lisait peu lui-même, qu'il faisait lire par d'autres, qu'il se contentait souvent de leurs résumés, que son principal soin était de composer dans sa tête une narration plausible, courante, facile ; que, son thème fait, il le contait le soir à M. .Mignet ou à M. Barthélémy Saint-Hilaire,

1. De l'envoi do \n deuxième partie de M. Tln'rrx. Hintoirr riu Consulat et de l'Empire, Paris. 188.'».

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qu'ensuite il le dictait, oratoirement. comme un exposé de tribune ou un récit de salon, élaguant, arrondissant, subordonnant la vérité minutieuse et positive au besoin d'agrément et de clarté. Il faudrait vérifier ces anecdotes ; elles concordent très bien avec les erreurs et conti'o-vérités dont vous le convainquez, avec les marques d'inadvertance qu'il donne incessamment ; avec les altérations gratuites des textes. Puisque vous préparez sur lui un troisième et dernier volume, vous pourriez peut-être trouver à Paris, parmi ses collaborateurs survivants, des renseignements authentiques sur sa manière de dépouiller les textes et de rédiger son récit. Sans doute, la preuve que vous donnez de ses erreurs est plus que suffisante, mais on comprendrait encore mieux la nécessité de ses erreurs si vous nous faisiez entrer dans son cabinet d'historien.

Vous avez coulé à fond l'affaire de Frotté. Je connaissais l'attentat de Dillingen: mais vous êtes le premier historien chez qui je le trouve.

Rien de plus grave que vos découvertes (pages 227 et 228) sur D'André, Hyde de Neuville et Royer-Collard*. L'imputation contre Royer-f-ollard est si énorme que je voudrais trouver dans votre livre la lettre même de Talbot et un examen critique de la véracité de Talbot. Royer-Collard a-t-il pris part à l'attentat pro-

1. Il s'agit, d'une part, d'un projet de complot contre les Directeurs, projet préparé en 1798 par D'André et auquel se serait associé Royer-Collard, et d'autre part des menaces d'assassinat qu'aurait énoncées Hyde de Neuville en 1800 contre Bonaparte

« I.E RKGIME MO[tEI\.NE .. LA MALADIE ET LA MORT 507

jeté? N'a-t-il fait que le savoir sans y participer et même sans l'approuver? Un homme moins puritain que Royer-Collarfi, Mathieu Dumas, la veille du IS fructidor, a refusé de prendre part à un coup exactement semblable, et il s'agissait poui' lui de ne pas être sabré ou déporté.

Je suis fatigué et souffrant, je suis obligé denrayer mon étude sur Napoléon. Ce ne sera qu'une étude, le premier chapitre du volume. Tout le reste du volume sera employé à une analyse de la constitution solide de la France depuis 1800. Mais je doute que je puisse en venir à bout.

Soignez-vous dans vos belles Vosges, cher Monsieur, et agréez, etc.

A MADAME FRANCIS PONSOT

20 juillet 188.'.

Chère Madame, j'ajoute à la lettre de ma femme un mot sur la question si grave qui vous préoccupe'. Mon avis est tout à fait le vôtre en faveur de l'Institut agronomique contre l'École centrale et même contre l'École polytechnique. J'y ai réfléchi, parce que mon fils, qui a du goût pour les mathématiques et la mécanique, sera peut-être un jour dans les mêmes conditions que le vôtre ; à ce moment, je lui donnerai le même conseil.

Rien de plus fâcheux pour les jeunes esprits que les

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