‹ Sa vie et sa correspondance (volume 2)Chapitre 72 sur 127 · I.a oarrière de son fils, M. Armand Ponsni · texte numérisé non relu

I.a oarrière de son fils, M. Armand Ponsni

écoles à programmes très chargés et à recrutement très choisi comme les deux écoles en question. Règle générale, pendant les deux années qui préparent à rexarnen d'entrée, et pendant les deux ou trois années d'École, le jeune homme est un cheval aveugle et toujours fouetté qui tourne sa meule, sans pouvoir s'arrêter une minute; quinze jours de maladie font un trou dans ses études; il cesse d'être au courant, il ne peut plus se rattraper; par la même raison, il ne peut avoir aucune initiative personnelle, se détourner vers aucun»^ étude favorite, suivre son aptitude propre. Il devient pour toujours un cheval de meule surchargé, surmené, incapable de travail original, d'invention personnelle pour le reste de sa vie. On lui a mis de force une encyclopédie dans la tête, c'est trop; en tout cas, cela le rend impropre ou moins propre à la pratique. Presque toujours, notre éducation trop théorique et trop prolongée disqualifie les jeunes gens pour la vie réelle, ils arrivent trop tard au courant des choses ; de là tant de ratés et de dégoûtés. Je ne conseillerais l'École polytechnique qu'à un jeune homme doué de facultés et de facilités exceptionnelles pour les mathématiques, partant, ayant pour but de devenir savant et inventeur ; je ne conseillerais presque à personne l'École centrale ; elle n'offre plus de débouchés, toutes les places sont prises ; les quatre cinquièmes de ce que M. Armand y apprendra ne lui serviront à rien dans sa carrière agricole et ne seront pour lui qu'un luxe intellectuel, non seulement inutile, mais encombrant. A l'origine, ces deux Écoles,

« LE UÉÔIME MUbEKME ». LA MALADIE KT LA MUHi 20'J bien moins connues, avaient des programmes bien moins bourrés ; veis 1820, on entrait à l'Kcoie polytechni(iue à seize ans, dix-sept ans; il sulïisait d'être bien doué pour U^s malbémali(|ues, de résoudre vile au tableau des problèmes dit'liciles. Le jeu normal de Tinlelligence, la vivacité et la spontanéité des aptitudes n'étaient pas disciplinés, entravés comme aujourd'hui. Si Armand a un goùl vif pour les mathématiques pures, rien ne l'empêchera, à Paris, de lire ou de suivre un cours; ce pourra être pour lui une élude collatérale, comme pour d'autres la philosophie et la littérature, une sorte de récréation pour les heures que la vie positive lui laissera plus tard.

A mes yeux, ce n'est pas une objection que la nullité des élèves et la médiocrité des études à l'Institut agronomique*. L'essentiel est que votre fds puisse travailler de lui-même, se conduire, suivre ses préférences; et, dans un milieu pareil, il les suivra; M. Dehérain, je crois, y est professeur : on y suit aussi les cours de M. Ville au Jardin des Plantes et à Vincennes ; ce sont des hommes distingués ; s'ils rencontrent un jeune homme zélé et distingué, ils s'attachel'ont à lui, d'autant plus que les autres élèves seront plus faibles. Mais le point le plus important, c'est que les études ne durent que deux ans au lieu de (*in(( ans. ffu'elles sont piatique.* et non théoriques, que

I. Cequi étail vrai en 1886 ne lest plus aujourd'hui. Le lecteur sait qne le niveau des études à l'Institut afri-onomique est au contraire fort élevé.

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Arniaiid touchera de ses mains et verra de ses yeux les objets de son activité future, que, cliaque année, pendant ses quati'e mois de voyage, il veria et touchera en divers pays les mêmes matériaux, machines et procédés, qu'il ne sera pas cloitré entre quatre murs, qu'il agira et changera d'air. Toute notre moyenne et haute éducation sent la caserne instituée par Napoléon: l'éducation agricole est encore la moins réglementée, la plus libre ; de même aussi la carrière agricole. Mon conseil sera toujours de fuir la carrièie de fonctionnaire, de préférer le service des particuliers et des compagnies au service public. Que votre fils, à Paris, apprenne l'anglais et l'espagnol ; la possession de ces deux langues doublera ses chances d'avenir, comtne représentant, informateur, négociateur à l'étranger pour les compagnies viticoles dont vous me parlez. Nous serons à Paris du i^'' au 15 novembre ; je compte y voir Armand, et je lui donnerai la poignée de main que je donnais à son père. Agréez, chère Madame, mon i-espectueux attachement.

A iM. l'abbé L. ALLAIN' Uoi'iiiye. .Mciilhou-SaiiiL-Bciiiitid. \'t auiU 188.")

Monsieur,

Je suis bien honteux de ce long retard et je vous prie

de l'excuser. Je reçois aujourd'hui seulement vos quatre

1. Né à Granville en 1847, professeur au collège ecclésiastique

« LE RÉGIME MODERNE «. LA MALADIE ET LA MUI'.T '211 articles du mois de juin ', ils étaienl déposés avec divers livres dans mon appartement de l'aris, et un ami me les appoite.

On ne pouvait faire une analyse plus complète et plus exacte de ce gros volume. Je ne sais s'il modifiera les opinions ; une fois adoptées, elles sont inébranlables. Mais peut-êtie les jeunes gens qui onl vingt ans aujourd'Iuii trouveront-ils dans les textes et les faits cités un antidote contre le prt'ijugé régnant, et si, d'après les indications mises en note, ils prennent la peine de remonter aux sources, ils vérifieront que je n'ai pas écrit une phrase, pas un adjectif, sans une ou plusieurs preuves à l'appui.

A MADAME U. lAINfc:

Vieil y, 10 octiiliir 1X8.'.

Je suis moins fatigué de la lète;j'ai])U aller au cercle jire les journaux; il y avait dans la Nouvelle Revue un grand ailiclc de Bourget sur les Goncouit, mais ce matin un coquin d'abonné l'a emporté chez lui, et je suis

(If liaziis, |>uis iiiiiiiùiiier du Sacré-Cœur et. archiviste de l'Arclicvèclié à Ifordeaux, enfin curé de Saint-Ferdinand dans cette même ville; auteur d'une série d'ouvrages sur l'Enseignement avant et pendant la Révolution; décédé en lOO'i.

Cette lettre a été 4Jubliée dans la Revue catJioliqtie de Bordcau.v du 25 décembre 1895,

I. Articles parus en juin 1S8.'> dans Lu (Uiiennc sui' le 5'' voluaie de la Hévolution.

resté bec béant; l'article était neiil et plein d'idées générales, ce qui manque absolument à la Revue des Deux Mondes.

Je regrette beaucoup léobec' de Rousseau- etdeRibol'', non seulement pour eux, mais pour le pays. Vous voyez les tristes pressentiments de Boutmy; les journaux anglais et allemands dont j'ai lu les articles dans le (ialignani concluent comme lui à propos des élections et indiquent pour l'avenir la possibilité vague d'une intervention étrangère.... J'ai acheté le Petit Journal qui est pour moi un grand indice: 850 OOU abonnés, c'est-à-dire 3 000000 de lecteurs, qui n'entendent que cette cloche; il est presque radical, conseille de voter au second tour pour les radicaux, agite le spectre de la monarchie et de l'empire. Très probablement, il y aura loO radicaux à la Chambre. Cela suffit, avec la portion égoïste et imbécile des opportunistes, si engagée déjà, pour faire une bande énergique, capable d'un 51 Mai ou d'un 18 Fiuctidor, surtout avec les élections et le conseil municipal de Paris; rien de plus facile que de lancer une foule contre le Palais Bourbon, ou même seulement de laisser faire Belleville et la population flottante.

Je cause tous les soirs un quart d'heure au coin du feu avec un ex-notaire, que j'ai feuilleté à fond.

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