Voir tomo IH. p. 17(î
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l'2 CORRESPONDANXE
lisais presque tous les jours dans les Débats, et je vous voyais si chargé par la poliliquc coui'ante que je n'espérais plus d'article. Voilà ce (jue c'est que d'être jeune et, de plus, bienveillant. Pour moi, la jeunesse est passée, et, depuis deux mois, j'ai une sorte d'indigestion intellectuelle à propos de la Révolution, en sorte que j'ai dû laisser là l'écriture et attendre le retour de la verve.
Tout ce que vous dites est bien aimable pour moi, et vous marquez très exactement mon point de vue sur la nécessité et les devoirs d'une aristocratie. Nous n'en avons plus; les nobles et le clergé n'eu sont plus une; en ITSU, si le parti révolutionnaire l'avait permis, ils contenaient des éléments nécessaires; depuis, pai' la persécution et faute d'emploi, ils sont devenus hors d'usage, et ce qu'on appelle les principes de 1780, les lois de l'Assemblée Constituante, ont détruit les germes futurs d'une autre aristocratie. C'est l'Assemblée Constituante qui a été la plus funeste; la Législative et la Convention n'ont fait qu'appliquer, continuer; son système emprunté à Rousseau a été de faire de la France une poussière d'individus séparés, égaux, comme autant de grains de sable : pour les maintenir ensemble et les pousser en grosses masses, le Consulat les a enfermés dans des compartiments extérieurs sous une pression mécanique. L'effet est celui que nous voyons encore aujourd'hui.
précédent. (Cf. 1'. Cliariues, Éludes Hislniif/iirs ri Diploinaliquex. Paris, 1893.)
Ainiliés à Dotlain', notre directeur en chef; je crois que Molinari^ est devenu voyageur pour la maison; quand il reviendia, je lui demanderai ce qu'il pense de (llaiulio Janni'l : les Étals-Unis (U'iniis la Guerre de Sécession (chez Pion), l/avez-vons lu'.' l'n Américain qui était chez moi le mois dernier le trouva parl'aitenient vi'ai, saut" le préjugé catholique. M. Jamicl est un élève de M. I.e Play.
Encore mille remerciements et cordiales amitiés.
A M. JOHN DURAND'
Meiillion-Saiiit-iicniard, 8 octobre 187G
Mon cher ami, j'apprends avec plaisir que vous êtes arrivé en honne santé et que tous les vôti'es vont hien.
Ma fatigue de tête est à peu ])rès passée, et depuis un mois j'ai recommencé à écrire; mais j'ai trouvé de grandes dil'licultés aux(|uelles je ne m'attendais pas. Je suis à peine à moitié du deuxième livre. Il me faut exposer et juger l'œuvre de l'Assemhlée Constituante, ce qui exige des recherches et des réllexions sur toutes sortes de points spéciaux, sur la nature de l'État, des
1. lù'nesl ftoltain, iiioi't en 1880, ancioii professoiir an lycée lit' Rennes, ]iulilicisle et littérateur, a fourni une collaboration considérable anx Débats à partir de 1864.
"1. G. de Molinari, économiste belge> né à Liéi;e"en 1811), membre correspondant de l'Académie des Sciences morales et politique.'^.