A M. ARMAND L0D
Paris, 18 mars 1889 Mon cher Monsieur,
Je vous suis très reconnaissant de la correction que vous avez bien voulu m'indiquer ; je viens de la faire à 1. Voir tome III, [). 140.
280 r.OKRESPONDANCE
l'instant dans mon texte, et je vous demande la permission de citer en note le document de l'Oratoire, avec le jiom de celui qui me le fournit*.
Il me reste pourtant un scrupule : des trois groupes de protestants énumérés par ce document, le premier contient 615.000 (Réformés de l'ancienne France) et le troisième aussi 615.000 (pays annexés, c'est-à-dire Genève et provinces de la rive gauche du Rhin). Ces deux 615.000 font une coïncidence surprenante de nombres égaux; la coïncidence est possible, mais laisse un doute. Faudra-t-il vérifier?
Avez-vous des chiffres positifs ou probables pour le nombre des protestants en France sous Henri IV, après l'Édit de Nantes? A cette époque, les protestants ont dû faire une enquête là-dessus, et Henri IV, plus tard Richelieu (après la prise de la Rochelle), enfin les ministres de Louis XIV (avant la Révocation de l'Édit de Nantes) ont dû avoir des aperçus sur le nombre ou du moins sur la proportion des Calvinistes en France.
Encore une fois merci, et croyez-moi votre très obligé et dévoué serviteur.
1. Voir la note de la page 50 du tome II du Régime moderne (édition in-I6K II sagit du nombre des protestants français sous Napoléon. Les trois groupes des protestants relevés par M. Armand Lods sont : 1° 613000 calvinistes de l'anciemie France; 2° 200 000 protestants (luthériens en majorité) d'Alsace et de Franche-Comté : 3° 01.") 000 pi'otestants des pays annexés j)ar la République et le Consulat. Total 1430 000.
« LE IlÉ(ilME MOUtll.NE ». I.A MALADIE ET LA MOUT 281
A M. ÈMILL BUIT.MY
2y jiiilli-l 18«f»
Cher ami, |)ardon de l'einbarras (|ue je vais vous occasionner : Voulez-vous envoyer quelqu'un de chez vous au Ministère de l'hislruclion publique, pour prendre, en mon nom, le volume indiqué, moyennant le papier ci- joint.
Nous recevons ce matin une lettre de Mme Boutmy, qui se trouve très bien dans son nouveau séjour, et qui nous a quittés bien portante.... Pour moi, la fatigue et l'engourdissement me reviennent; probablement, j'irai à Cliampel. Je suis à peu près décidé à publier, comme premier volume du Régime Moderne, ce qui a paru dans la Renie des Deux-Mondes. Le second se fera, s'il plait à mon cerveau et à l'enchaînement des choses, tôt ou tard, ou pas du tout.
Mille amitiés à tous, et à vous comme toujours.
H. Tai.ne.
Je viens de lire le programme du futur baccalauréat. La division en deux parties et le caractère facultatif de la seconde me plaisent beaucoup. Mais, dans la première, je regrette fort l'introduction du grec qui est trop difficile pour la moyenne des élèves, et qui, pour l'utilité idéologique, n'est qu'une superfétation ; quant à la seconde, l'introduction de la philosophie en première ligne est une monstruosité malfaisante; rien de
])is <|iie la iiuHaphysique actuelle (demandée par M. Fouillée), pour un tiers ou moitié des candidats; à mon sens, dans le baccalauréat non scientifique, l'objet essentiel est la connaissance des langues et littératures ; la philosophie ne doit y être qu'un complément et un appoint.
A M. G. PATIXOT
Mentlioii-Saiiit-IJeniard. 1"^ aoùl 1880 Cher Monsieur, le Journal des Débats a dû recevoir ces jours-ci, un volume intitulé La Question d'Alsace, par Jean Heimweh (chez Hachette). L'auteur, que je connais depuis vingt ans, et à qui je suis attaché par toutes sortes de liens, est obligé de se cacher sous ce pseudonyme significatif; des raisons que vous devinez l'empêchent de faire lui-même les démarches nécessaires à la publicité ; ses amis sont donc conduits à les faire pour lui. C'est un homme très instruit, très compétent, très sincère, très bon Français, et, comme vous le verrez par son livre, bon observateur et bon raisonneur ; je vous recommande surtout la troisième et la quatrième partie ; il y a là des faits et des considérations qui doivent être mises sous les yeux du public ; l'émotion douloureuse et pourtant contenue, l'antipathie profonde de l'Alsacien germanisé de force à l'égard de l'orgueilleuse brutalité prussienne, Tincompatibilité
« LE lîKfilME MODEISNE ». LA MALADIE ET LA MOFiT '285
foncière des deux civilisations, la persistance et l'aggravation récente de la tyrannie adtninistralivc; et disciplinaire, apparaissent à toutes les pages et forment un témoignage vivant (|u'il serait bon de faire connaître à l'Kui'ope, à la i'russe elle-même '. Ne pourriez-vous demander un article sur ce livre ou à propos de ce livre à M. Weiss, ou à M. Kœchlin, ou à tout autre de nos collègues? Bien entendu, l'article ne doit pas compromettre ou même engager votre journal ; il faudra, dans l'intérêt de la France et même de l'Alsace, qu'il soit écrit avec précaution, mesure et tact politique; mais de ce côté vous êtes riche ; des polili(|ues comme M. Dietz, comme MM. Leroy-Beaulieu ; des littérateurs comme M. Bourdeau et M. Cliantavoine savent tout diie sans rien brusquer. Je crois que votre journal, seul représentant de l'opinion éclairée en France, ne doit pas laisser passer, sans s'en occuper, un livre aussi recommandable par l'intérêt du sujet que par la situation et le caractère de l'écrivain. Agréez, elc
1. Clii'Z M. Tiiiiif, hi (loiilt'ur causée [laf la niutilaliuii de la jiatrie en 1871 était denieiirée profonde, ainsi que la compassion pour les nationalités opprimées. Nous extrayons d'une lettre adressée par lui, le 15 juillet 1875, à M. Félicien de Przewlaki, à Cracovie, les lignes suivantes : « ... Je pense comme vous qu'une race est indestructible et que cliaque peuple, opprimé ou non, est un instrument spécial, précieux, unique, dans l'harmonie humaine; (|uand il se tait, nous sentons ime lacune, mais sa note se fera loi ou tard entendre; c'est là ime nt'cessité permanente, elles coiidjinaisons de la politi(|ue ne sont i|ue provisoires.... »
28i CORRESPONDANCE
A MADAME II. TAINE
Champcl. août 1889
J'ai reçu hier los quatre volumes du Hinçi and the Bool,^..., c'est très gros et ce sei'a pour moi à Cliauipel une forte occupation psychologicjue. Je lis la Corresjiondance de "Carhjle et d'Emcrson : Euiei'son très synipalliique; Carlyle, comme toujours, assez peu, mais digne de pitié pour sa dyspepsie habituelle et ses douze ans de pauvreté extrême.
L'article de Saint-Genest - est un bon symptôme, et l'article d'hier, par Lemaître^, sur Ibsen le Norwégien, est des plus intéressants: est-ce que notre dissolution morale et sociale gagnerait aussi les gens du Nord? Ibsen a touché le fond, la dilférence primitive entre les deux conceptions de la vie. Je voudrais bien causer avec Lavisse, et savoir si c'est de ce côté qu'il entrevoit une fissure probal)le et prochaine dans l'organisation de rAllemagne. Vous savez que c'est de ce côté que la fissure se fait en Angleterre, par le sécularisme des ouvriers anglais.
Le texte' que m'envoie Mme M... me paraît extrait