Envoi de liobert Elsmere
L autour de Robert Elsmere est un des premiers qui aient montré, par des touches délicates et justes, l'atavisme et l'inlluence du milieu héréditaire, le fil (jui rattache l'enfant à ses ancêtres éloignés, à sa race, aux habitudes physiques et luorales créées par le sol et l'atmosphère ; Robert, comme Catherine, est bien l'enfant de ses parents et gi-ands-parents, dans les deux lignes. Il y a là une veine nouvelle de psychologie; l'auteur l'a découverte et suivie, et ce n'est pas là le moindre do ses grands mérites.
L'article des Débats^ semblé a tout le monde inexact, superficiel et faux. A mon sens, le roman on question est supérieur à tous ceux qui ont paru en Angleterre depuis George Eliot, et il l'emporte sur ceux d'Eliot en ce qu'il traite expressément l'un des doux problèmos capitaux du siècle, la transformation graduelle du christianisme. De plus la solution qu'il en donne est possible et même plausible; on ne peut lui demander davantage. Il n'est pas convertisseur, el son opinion ou préférence personnelle, quoique suffisamment indiquée, est sur l'arrière-plan ; elle n'intervient pas, comme dans SibijUe d'Octave Feuillet, ou comme dans Mlle de la Quintinie par George Sand. pour diminuer la vérité et subordonner l'inlérêt humain à une thèse préconçue. En somme, si l'on cherche le credo de l'auteur, on peut lui attribuer celui do Gray aussi l)ien (pie celui do lîobert.
J'avais cru à des coupures paj'ce que la more de Catherine et sa sœur Agnès sont des figures tout à fait effacées à partir du second volume. Rose au contraire
prend une grande place ; il m'avait semblé que son épisode appelait comme contre-poids un épisode diflérent et correspondant, c'est-à-dire l'histoire d'Agnès. De même le futur mari de Hoseme paraissait incomplet, et bien vite introduit; (juaiit au squire, c'est un personnage admirable, si combattant et si ravagé, que j'ai regretté la brièveté de son histoiie finale; il s'est passé, pendant les derniers mois, une étrange tragédie dans cette âme; l'auteur était digne de la raconter en détail et avec développement.
Le souvenir que vous daignez rappeler* se reforme en moi, avec des contours encore un peu vagues, j'entrevois une jeune fille brune et gracieuse à ce dîner chez le Mnster of Balliol, et Swinburne paj-nii les convives, en cravate bleue, avec des gestes saccadés et comme désarticulés.
Veuillez. Madame, faire agréer l'hommage de mon admiration à l'auteur de Robert Elsmere et agréer vousmême ma gratitude et mon respect.