‹ Sa vie et sa correspondance (volume 2)Chapitre 99 sur 127 · A M. JUSSERAND · texte numérisé non relu

A M. JUSSERAND

Mentli(Mi-S;uiil-l!i?ni;ir(l. 1!» juillet 1800 Mon cher ami, il n'y avait que vous pour faire et achever cette corvée, parmi tant d'occupations; et il n'y avait que vous pour me l'offrir et l'entreprendre*. Encore merci, mais toujours à la même condition, c'est (|ue vous permettrez, en imprimant votre travail, de l'attribuer à son auteur.

■le vais écrire à MM. Hachette. Ayez l'obligeance de faire déposer chez eux votre exemplaire encollé; Je me l(^ ferai envoyer, quand la réimpression commencera. Si c'est à Paris, comme je l'espère, vers novembre, je

1. .1.-.). Jussoraïul, diplomate et littérateur, né à Lyon, en IH'i.'i.

'2. M. Jnsserand avait bien voulu se cliar^^er de préparer pour nne réédition de la Littérahtre anglaiite une table des auteurs et des onvrafj:es rites, (}ui figure aujourd'hui dans l'édition di'Onitive.

'< LK ){K(;iMK MODEli.NK ■. I,A MALADIK KT l,A MOUT .>11

pourrai vérifier moi-même aux bibliothèques les points où les recherches que vous me signalez m'imposent des correclions (sur l'auleur de the Flower and the Leaf, — sur la moralité de de Foë, etc.). — Après vingt-six ans, l'histoire d'une littérature doit être bien démodée et surtout très arriérée; par bonheur je n'ai donné que les traits principaux des biographies et j'ai surtout insisté sur les œuvres elles-mêmes; à mon sens, ce qui subsiste, c'est l'impression littéraire, laquelle était alors sincère et vive: à ce titre elle peut intéresser encore, même ceux qui ont un autre thermomètre tout neuf el autrement gradué; entre un vieux Réaumur de forme surannée et un centigrade élégant, plus maniable, le raccord est possible: on peut, au moyen d'un calcul simple, transcrire les notations du premier en notations du second.

Comme j'ai l'iionneur de connaître M. Hibot, je crois pouvoir vous féliciter de travailler avec lui': je sais de plus que vous êtes heureux de vous retrouver en France et à Paris; tâchez, l'hiver prochain, de n'être pas trop enchaîné par voire grandeur et par vos affaires, et de nous donner parfois une de vos soirées: la rue Cassette compte sui- votre présence. — Autour de moi, l'on va bien: mon fds a heureusement passé son baccalauréat es sciences; il est à Munich pour se perfectionner dans l'allemand et avoir une première idée de l'étranger; il l'eviendra ici vers le 25 août et entrera en Spéciales au

1. M. .Iiissei'îind venait d'êtro nomiiit' sniis-dirocleiii' îles ;i(faires (>oliti((iies an Ministère des affaires étrangères.

mois d'octobre. — J'écris ici doux chai>itres sur l'Église catholique, et je tâche de marquer le grand changement qui s'y est fait depuis un siècle; à mesure que j'avance et que j'essaie de rattacher le présent au passé, ma tâche s'allonge et devient plus difficile. Je vous serre les deux mains bien affectueusement.

A M. JOHN DLRAXD

Août IS'JO

.... J'ai déjà parcouru le volume d'Huxley sur Hume'. H n'est pas si beau que je l'avais cru. 11 omet la question fondamentale, si bien posée par Hume; il explique comment, par quel mécanisme psychologique, nous avons des « expectations » ; mais, par quelle coïncidence singulière ces « expectations » sont-elles le plus souvent justifiées, sur quelle structure objective des choses se fonde notre prévision subjective, il n'examine pas cela, et c'était le point essentiel à examiner dans le sens de Hume ou dans le sens contraire.

Je reçois aujourd'hui le premier placard du Régime moderne, tome I»^'. Le volume paraîtra du 8 au 15 novembre. Il comprend tous les articles publiés dans la Revue des Deux Mondes depuis Napoléon Bonaparte

1. Ilinnr, hi/ l'infrssor Ilu.riry. Nrir Edition, l.oinloii jiiiil New Ydi-k. 1887.

« lE llKlilMK MOItKliNK i.. I.A MAlAKIi; KT I.A Miil'.T "iir.

jusques et y compris la Société locale, 4 livres en 10 chapitres.

le crois que, comme les années précédentes,

Chanipcl me fait du bien....

A M. GKt>F,Gi:S Bl'.WDES

Mfiitli()ii-S;iiiil-I!ci'iuinl. i sciilfinlnc 1S(I(»

Mon cher Monsieur lii-andès, dans quelques jours je serai à Paris, et j'y emporte votre sixième volume' que je viens de recevoir. C'est un grnnd"œuvre et de tous côtés je l'entends louer par des personnes compétentes; vous avez eu le bonheur rare de pouvoir mener à bien et à tin un travail de dix-neuf ans. Votre conclusion contre les pédants amateurs d'objectivité à outrance est aussi juste que spirituelle; avec leur procédé historique ou ne ferait que des compilations de textes, des dictionnaires conuiie celui de Kiirz- et vous avez grandement raison de dire' que Der wahre Procustes ist... die KttnsP. Je vous remercie aussi de la place supérieure que jvous donnez à Heinrich Heine. Au point de vue de l'art, le seul auquel je veuille me mettre, il est le plus 'grand poète de l'Allemagne depuis fiœtlie et,

I. Voir ji. 2(H, note 1. Toiiio VI, Das Juiu/r DcttlscliUuid. I.i'ipzig-, 1891.

t. Il s'agit probiiljUMiioiit de H. Kiirz, Gesrliic/ilr der dculschen Lilfrrafiir, i vol. Leipzig, 1851.

Page 1