‹ Sa vie et sa correspondance (volume 3)Chapitre 126 sur 136 · Il y a pendant cette époque une transformation gêné · texte numérisé non relu

Il y a pendant cette époque une transformation gêné

314 cuiuiespom)a>c;e

raie de l'Europe, dont celle de la France nest qu'une portion, et définissable par un trait essentiel qui est : l'accroissement et l'établissement de la science par les méthodes expérimentales, la science ayant un avenir indéfini, et prenant de plus en plus l'autorité de la religion au détriment de celle-ci, s" étendant sur des territoires nouveaux, notamment sur tout le monde moral (histoire, philologie). — Les applications de la science sont les machines, et par suite le bienêtre, par suite encore l'élt-vation du niveau de la foule. — Les sciences et la démocratie. — Cela est visible en Angleterre, en Allemagne, en Italie, en Amérique et môme en Russie comme chez nous. La direction de l'avenir est dans ce sens. — (L'Angleterre est tout à lait lancée dans ce mouvement depuis quarante ans.)

IL Cette transformation s'opère en France en rencontrant des caractères spéciaux, d'abord une race d'un tempérament et d'une tournure d'esprit spéciaux (manifestés par toute son histoire et toutes ses œuvres), ensuite une situation spéciale (Aristocratie et Monarchie mauvaises en 89, Révolution, théoriespolitiques régnantes et tranchées, état violent).

Voilà les éléments constitutifs du présent et de l'avenir.

Comme puissance modificatrice de la courbe ainsi préparée, il y a une force nouvelle visible dans la guerre d'Indépendance de l'Amérique, dans celle de la Sécession, dans la formation de l'Allemagne et de l'Italie contemporaines : c'est la force des idées scientifiques ou demi-scientitiques ayant pour objet le monde politique et moral; ces idées prèchées, propagées, devenant populaires, deviennent une force active capable d'accroissement illimité. — A l'état cru et non scientifique, elles font des horreurs et stupidités (Juin 1848, Mai 1871). C'est l'enfant qui demande la lune à sa bonne et lui jette sur la robe un paquet d'allumettes enllainmées parce qu'elle ne la lui décroche pas.

APPENDICE ->Io

Deux points sont à étudier dans le caractère français : 1 Le côté intellectuel (Voir La Fontaine et le 1" volume de \ Hisloive de la Littévature anglaise); '•2° le côté moral, passions et volonté (je n'en ai pas encore cherché les caractères et les éléments).

Le trait universel et marquant (pii me frappe i\nu< no< politiques (députés, journalistes) est toujours celui (|iii' marquait Burke en 1701 : (icns dont l'éducation est insullisante el trop peu spéciale, avocats, écrivains, commerçants, n'ayant (jue des idées liuji t'intitcs on trop générales, arrivant aux alfaires avec un principe abstrait, de la bonne volonté, parfois du courage et du dévouement, mais point du tout hommes d'État et ne soupçonnant même pas ce qu'il faut savoir pour en être un (Assemblées de 1848, de 1871).

Le princij)e de guérison est le même que le principe de maladie. Il s'agit de perfectionner la science, et de répandre cette science perfectionnée. — Le perfectionnement nouveau censiste à laisser là l'a priori, la philosophie pure et déductive, les méthodes mathématiques de reconstruction sociale (Polytechniciens). Lu signe de ce perfectionnement est la tendance nouvelle de la jeunesse à différer ses idées de l'ensemble, sa philosophie, à apprendre à fond la philologie ou la physiologie, à s'installer dans une science spéciale pour arriver plus tard aux conclusions générales, et à estimer cette science surtout comme spécimen, méthode, disciphue d'esprit. — C'est ce qui fait la littérature depuis Balzac et les observateurs du détail significatif; c'est la théorie du petit fait (Stendhal). (Voir mon La Fontaine, mon Saint-Simon, V Introduction de l'Histoire de la littérature anglaise). Tout cela par opposition aux généralités classiques

r»l(i <:i;i;i;i:si'(iM)AN(,i".

du XVII et du w nf siècle, Rousseau et les discours de la llévoluliuu). — Autre perfectionnement : c'est l'histoire qui conduit il la politique; ne pas partir des mathématiques, de la phvïitiue, ni même de l'économie politique a priori. Les sciences historiques et non logiques font un groupe à part, ayant leur méthode, engendrant certaines habitudes d'esprit indispensables, entre autres Vinsight psychologique. Le problème politique est une de leurs applications, conune la médecine est une application des sciences naturelles. Les moyens de solution, la |iuissance et la certitude d'application sont limités.

Réponse générale : on ne peut guère plus influer >ur la constitution sociale d'un État cpie sur la cou^lituliou ithysiologiqut' d'un iudividu; l'hygiène est l'essentifl; il n'y a pas de paiiacé'c universelle, le Raspail imMJeciii vaut lia-pail po litique.

Notes pour le fond.

H me >e!ill)le (|lie je coliUlieiice à me li^ui'ef assez UefteiiHiit l'état des esjtrits pendant la lîévolution Iraïuaise.

H ev| clair pour moi (pi'à partir de Tlieiniidor et fin Directoire, (Ui a eu horreur des .laeobiiis, (!ouventionnels, Teri'oii-|e>, pour le mal qu'ils avaient lait, et les vi(dences, (•oup> d'État, déportations, qu'ils faisaient encore. D'où le IK Biumaire. On avait horreur du régime (jui, sous le nom lie liberté, était la dictature anarchique avec chance fréquente de révolution. On sentait que le régime sous lequel on vivait était la dictature instable. — De là, Bonaparte avec ce qui a suivi.

La cau<e eu est donc la tvrauiiie de la roiiveiitioii, et la

Al'I-KMilCt: 317

caust' (lo cette tyi;tiiiiit^ est l'idée (|iie la (idiiventioii avait litut droit, toute autoi'ité pour inorleler la vie humaine entière ï^uivant sa ('oneei)lion du bien a])S(du. Coupons le cou à ceux qui résistent, niénie en pensée, ji la nioindie cIk»-,..

I{eniar(piez (pie telle est aussi l'essence de la Consliluanfc, S!)-!)|.— Klle an->i e-l pai'tie dr ,-.. |ii'iii(ipr qu'elle était la nation, la volonh' -enérnlc. qu'elle ;i\;ii| .Imii dr tout faire (abolition de> di'oil-^ tVMMJiiiix saii- radial, con-^litntieii civile du (dergé, coutiscati<Mi de li»u> leshii'ii- dn clei'géi. — Ce qu'il y a de jtlus grave, c'est qu'elle a cru qu'il suCtisait de di'créter j»oiu' l'aire.

Ue même dan^ toutes les insuri'ection-^ (li .luilhd. -'0 .luin. 10 Aoiil. r.l Mai. et plu- tard lo ni>urrectiou< voul,ouis-l*hilii)pe, 'i i tevriei', lô mai, juin l<Si8, 4 septembre 1870,7)1 octobre 1870. Connnune de Th. — De même aussi les coups d'État militaires et autre-, l.e principe admis par les insurgés "révolutionnaires ou autoiitaires e-t celui-ci : (( Je suis le représentant du droit, de la volonté gi'uéi'ale, de la nation dans sa volonté a elle i onnue ou inconnue, partant j'ai tout droit, même de tuer (pii nn:" résiste. )> — (Même principe chez les assassins de princes, l.onvid. rieschi. etcl

l/origim» est dan< Itmi^seau. Voyez, dans Arlhui- ^oung, cet al»bé qui pai'lait sans ces^e de la régénératiim de la France, entendant parla la perlection théorique; voyez aus-i la Constitution de Sismondi au collège : « Tous les Français seront vertueux, tous les Français seront heureux ». Les théoriciens td les insurrections partent du même principe: la souveraineté du but.

D'une manière générale : u Telle idée est vraie, juste, a droit d'être appliquée; je l'applique envers (d coidi'e autrui. »

La consécpience en est l'individu, ou la nnnorite. nu la majorité, despote au nom île son idée personnelle. Napoléon disait il une députation île commerçants ; « Mon petit

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doigt en sait plus sur les affaires commerciales que toutes vos têtes réunies. » Tous ont plus ou moins pensé comme Jui : voyez encore aujourd'hui nos républicains de droit divin.

Quelles sont les racines psychologiques d'une i)areille idée ?

L'orgueil, l'amour-propre. le désir fondé ou non de s'admirer, de se croire du génie, de se croire en possession de la vérité et en cela supérieur aux autres hommes, d'être un révélateur, un sauveur du genre humain, un fondateur (lu bonheur universel, (le sentiment-là a été beaucoup dans les auteurs de la Révolution, surtout dans les armées, où tous se croyaient les libérateurs du genre humain. — Encore aujourd'hui, dans son club ou sa mansarde, un faiseur de projets politiques est heureux de se croire en possession d'une si belle vérité. Par une conviction politique ou sociale, on acquiert à ses propres yeux une importance de prophète et de Messie.

Le manque de critique : nul sentiment de la méthode propre aux sciences politiques, difliculté ou impossibilité de se mettre au point de vue d'autrui, esprit étroit, éducation msufiisante et purement théorique.

Aptitudes aux idées générales et aux méthodes déductives. Ceci est tout français.

l'ius préci>emenl : l/idi-e en qnotiun a été une idée générale abstraite, un ]»rincipe s'appliquant à tous les hommes, fondé sur la conception pure de la nature humaine. C'est ce qu'on a rédigé sous le nom des Droits de Vlionuiie. Ile là son caractère de propagande religieuse au delà des frontières. De là le fanatisme avec lequel elle a été défendue et attaquée. De là l'enthousiasme qu'elle excite encore. — Elle est une sorte de dogme religieux. — {« Périssent les colonies plutôt qu'un piMnci|>e 1»)

A ce titre elle est un produit de l'esprit classique ^de Malherbe à Delille) lequel a été surtout éclatant et dominateur en France, et qui consiste dans la raison oratoire, laquelle considère non l'individu concri^t, mais l'homme en général en soi, et déduit toutes les conséquences de cette concepliou. On peut considérer la Révolution française comme le point culminant, l'application complète et finale de l'esprit classique (Robespierre, tous les législateurs de 89-91 ; tout le style de la Révolution est classique). — Saisir une idée générale abstraite très vite, nettement, fortement avec écourtement et suppression de tous ses entours naturels, puis construire par voie déductive toutes les conséquences de ce principe, voilà bien en effet la marche instinctive de l'esprit français, aveugle aux entours supprimés '.

I*ar exemple : la conception abstraite de l'homme dans le code, la croyance que la Constitution, expression de la volonté générale, étant faite, tout marchera bien, etc. Idée de la raison, de la loi naturelle, comme devant être souveraine, et par déduction, application, faire le Code, la Constitution.

Autre racine psychologique : Le manque d'équilibre du Français, sa facihté irlandaise à s'exalter, à devenir fou furieux. Pleurer d'attendrissement, hurler, danser, chanter, puis tuer, voilà l'état habituel de la Révolution. — Lue nation ressemble à un cerveau humain ; les individus sont autant d'idées: méjne quand il y en a quelques-unes de sensées, elles sont annulées, la masse prédomine, fait lourbillon (Voir Psychologie). La nation française a une prédis|>ositioii à la fohe enthousiaste, tendre, fiévreuse avec quelques idées iixes dangereuses. La Révolution a été l'époque du grand accès.

Ut frenelicus ciiin fit piKjil et medicina iirget.

1. Tocqueville, 211. « Los cahiers réclament r.-iholitioii systématique et simultanée de toutes les lois et usages ayant cours dans le pays. »

520 C()Iu;ksi'i»miance

— Toutes les grandes révolutions sont l'd'uvre d'une forme d'esprit sjjéciale excessive et maladive. L'esprit classique est dans son genre analogue à la foi des quatre premiers siècles; c'est une croyance irrésistible, systénuitique. un état psychologique nouveau, original, conq)let. De même les Puritains à la Révolution d'Angleterre.

M Deuxième idée sur le fond.

la Kévolution rrançai>e est Unie à rp>mpire et par l'Kmpire. La Société est l'nite el assise: les const-quences sont les suivantes :

1" L'installatidU de l'é.ualité: suppiession do piiuje> ;i la i^rande ambition (sauf un instant suus Napolcdii poiu' lo militaires qui deviennent maréchaux et roisi; jilus de grandes vies, à nn certain degré tontes les hautes facultés et les désirs à longue portée s'étiolent. Plus d'universités indépendantes, de noblesse héréditaiie ai (pii>e ou itossiblc. avec place aux allaires i)oliti(|ues. plus de grandes associations à fonder, de grande influence locale à établir. — La forme de la société fait fies bourgeois et des fonctionnaires, pour qui tout est petit et viager. — Il n'y a qu'une ])lace vraiment digne d'une ambition, celle d'évèque.

■2" La centralisation qui achève et produit, même dans les petits et les médiocres, notannnent chez le provincial, rinimensité du vide et de l'ennui. — A Paris l'excilalion el le plaisir, l'égoïsme épicurien ou dilettante.

Le type heureux que cette forme sociale dt'veloppe complètement, c'est : l" le paysan ayant ou acquérant de trois à dix mille francs en leire, collé à la terre, bien pro-

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légé par les gendarmes, ayant de bonnes roules ; 'i " l'iionnne de cinquième on sixième ordre, petit commis on fonctionnaire borné par natnre et végétant dans nn bureau comme plumitif, mécaniquement; 5" le bourgeois paresseux, dînant bien et se promenant le soir; 4° l'artiste, l'écrivain, l'intrigant de Paris. — Toutes les autres grandes vies, celle d'un countrii-çicnileman anglais, d'un grand marchand et industriel américain, d'un fondateur et créateur dévoué de choses utiles au public, sont baiMf'cs.

XU Note.

Le public, encore plus que le gouvernement, a eu des idées fausses depuis 89. — Le journalisle les écrit, et le gros ou petit bourgeois les approuve ou les tolère; voici quelqucsuu(^s de (•<»> idées :

Il faut (jue nous jouions un grand rôle en Kurope, que nous ne soyons pas traités légèrement par la llussie ou l'Angleterre.

Il faut (pie nous délivrions les peuples opprimés, la (irèce, la l»elgi(pie. la furquie. la Pologne, ritalie.

Il faut (pie nous aidions les libéraux partout où ils essaient de s'empnrei' du gouvernement, en Italie, en Lspagne.

]1 est beau de faire des expéditions brillantes, lointaines, pour conquérir, coloniser, ou faire des actions d'éclat, en Algérie, en Cochinchine, en Chine, an Mexique'.

Autres idées encore pires :

Il faut que le gouvernement doiin(> à tous réducalion, les

1. Le paysan qui me dit. ;"i projfos de la guerre d'Italie : « Ou a montré que les Français étaient encore des hommes. »

H. TAI.Xt. — COItllKSl'ONOAM.i:. ITT. 'J I

,yj-j CoIir.EM'UMiANCt

moyens de parvenir, un eniplui, une retraite en cas de maladie ou d'âge.

Il faut qu'il supprime rinlérêt de l'argent, qu'il fournisse des capitaux aux travailleurs, qu'il rende tout le monde heureux.

Mais la pire de toutes les idées est celle qu'exprimait M. de Lamartine en disant : (^ La France s'ennuie ». Cela signifiait: « 11 faut que le gouvernement occupe et intéresse le public, par des innovations, des actions grandes et brillantes )>, — sous-entendu f|M'e'Ile«; coMlf^ront peu ft réussil'ont bien toujours.

['ne pyreille thèse a poui- souln'ii le raiMHiiieiinMil inlérieur suivant :

Moi, i>ai-ticiilier, je ne veux |>as donner d'argent, prendre de la peine: tout au plus je consens à donner I, 10.20, 50 francs par an de plus au percepteur. — Cela donné, mon imprésario, qui s'appelle le Gouvernement, me fournira tous les matins par le journal une nouvelle intéressante, qui défraiera ma conversation et m.'occupera comme un roman ou un acte d'opéra. — De plus, comme Français, je serai fier de son héroïsme.

De même l'homme qui prêche le socialisme (supposé qu'il ne soit pas lui-même un pauvre avide ou un ambitieux «létestable, ou un théoricien infatué) laisse au fond en luinièine et à l'état latent le raisonnement suivant : n II e-l très fâcheux, très injuste que (h'> ouvrier-^ soient ^a^>^ ouvrage, que de> pauvres soient sans pain, que le peuple ait tant de peine à vivre. — Moi. je n'ai pas trop, je ne veux pas donner un quart de mon gain ou revenu, je charge le gouvernement d'être généreux et fraternel à ma place, en oubliant qu'il ne peut l'être que par les contributions qu'il m'imposera. }>

S'il était fortement et sincèrement fraternel ou héroïque, il ferait à l'instant une petite société où il vei'serail sa cotisation. j>our des fusils aux Grecs ou des secours aux

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pauvres. Il aime uiieiix se décharger biir cet èlre abstrait, l'État.

Mil Note.

A ])arlir de JNIÔ, c'est suiloiit la litléralui-e qui donne le docnment essentiel, (|iii dénute exactement l'état psychologique.

1" Le bien : Elle a l'ait altstraclion de l'inlérèt social, de la morale. De là des combinaisons absolnmenl originales, philosophiques (les drames d'Hugo), et surtout un roman d'espèce supérieure (Balzac, Stendhal), n'ayant souci quedi; la grande vérité. (Voii- mon étude sur Thackeray.) Analouie avec l'époque de Shakespeare.

'2" Le mal : Même cause. Elle est presque toute non morale, parfois innnorale, et habituellement anti-sociale. Effet analogue delà grande peinture italienne, fondée sur le môme principe et provoquée par des circonstances analogues, la prédominance de l'individu, dans la dissolution de l'Élal. — Le dernier symptôme, c'est Dumas fils et Flaubeh.

Au point de vue littéraire, dans la poésie pure, le fond a mancpu', ils sont tou^ .sliallow, ce sont des musiciens, des exécutants plus ou moins habiles sans convictions profondes, sans profondes réflexions ou études à la Schiller. àlaGœthe. Llugo n'est qu'une cymbale, une grosse cloche, et Lamartine une harpe éolienne. .Musset seul est vrai, mais malade.

Conclusion : notre état social, intellectuel et moral, ressemble beaucoup à celui de l'Italie en 1550. Mais nous avons en plus la science, avec la contagion scientifique du dehors. Il s'agit de ne pas subir la restauralion catholique du Concile de Trenle et de saint Pie V.

ô'ii (:uUUESPuNbA>CE

La règle est de faire comme George Sand qui est arrivée à la morale, ou Sainte-Beuve qui est arrivé à la science, après avoir été. Tune, une révoltée, l'autre, un dilettante.

\IV Idées pour le livre.

Les lois et les ill^titLltiull>^ doivent etie considérées à deux points de vue.

1" Dans leur principe et leur but apparent : par exemple le suffrage universel ou très étendu a pour but de donner le pouvoir à la majorité numérique.

-2" Dans lenr effet réel : par exemple le même suffrage, surtout s'il est accompagné du scrutin de liste, a pour effet d'écarter les gens délicats, bien élevés, qui répugnent au charlatanisme grossier, seul moyen d'être le candidat des foules, et de donner le pouvoir aux politiciens bruyants et intrigants.

Le point de départ viai est que, dans l'intérêt bien entendu de la communauté, le pouvoir doit être aux mains des plus capables et des plus honnêtes. Le but des lois et institutions est donc de provoquer ceux-ci à chercher le |»ouvoir, de leur donner le moyen de l'obtenir, d'attirer sui eux la confiance publique pour qu'ils le conservent. Et par pouvoir, j'entends non seulement le pouvoir central, mais aussi les pouvoirs locaux (maires, juges de paix, conseillers généraux et municipaux, préfets, sous-préfets, juges au civil et au criminel, percepteurs, receveurs, directeurs d'administration, aussi bien que le Roi. le Président de la République, les sénateurs et députés). Ainsi pour juger, dans un pays et un temps donnés, la façon dont les chefs

APPENDICE ^''-io

deviennent chefs (élection par sutïrage plus ou moins large ou restreint, hérédité, achat, tirage au sort, concours, etc.), il faut regarder uniquement l'effet utile, l'effet le plus utile étant la nomination des plus capables et des plus honnêtes, avec cette seule considération que par etfet utile on entend non seulement l'etlel actuel, mais l'effet pendant une longue suite d'années: car il se pourrait que tel mode de désignation, le meilleur en ce moment, pût être très mauvais à la longue, tant à propos des gouvernants ([u'a propos des gouvernés.

Rérolulion française. C'est la révolte des ânes et des

chevaux contre l'homme. Il est vrai que pendant deux

siècles ils avaient été traités comme des ânes et des chevaux.

Deux altérations essentielles de l'homme, produites par la monarchie de Louis \IV et conduisant à la Révolution.

[" Elle a détruit partout la faculté congrégative : Port- RoyalM les Protestants et leurs assemblées poursuivies par les dragons jusqu'en 1755 et au delà; petits groupes féodaux. (Le père de Saint-Simon et le grand-père de Mirabeau).

'2° Elle a détruit la volonté, l'initiative originale et personnelle par la vie de salon et les modèles de salon. (Voir Stendhal, Racine et Shakespeare, contraste de Dumouriez à Cherbourg et du duc de Rrissac).

I. Voir. (l.in< Ir Iroisièmo voluiiie de Sainle-Beiive, la visite de llarlav.

r.-.'G CORP.ESPOMiAM.I.

Utilitr inonilp des petites sociétés subortlonnées* smloiit libres ou demi-libres : les types sont Port-Royal, la terre de Mirabeau, et à l'étranger les mœurs anglaises,- hollandaises, américaines, celles de Venise et de Florence en 1500 et 1400.

1° L'individu prend intérêt à quelque chose de plus large que soi, sa conlrérie, sa junte, son Verein, sa vicomte. — Dans une trop grande société comme la France, l'intérêt national est trop rarement senti et par trop peu. Il aboutit à l'égoïsme pur, avec patriotisme intermittent et de tête.

•2' La sphère d'action étant proportionnée aux facultés 'l'ini individu ordinaire, il a une passion de plus et très ntense. Preuve, l'Américain qui laisse le tiers de sa lorluiie à son association, au détrinimt de ses enfants.

ô" Par la même raison, il a un champ d'activiN- nouveau ei reçoit une culture Itien plus am|tle. Opposition du charpentier anglais à un paysan français, habitude de la parole publique, etc.

i" Les classes se rapprochent.

.y Acquisition d'expérience, en fait de société, de gouvernement, d'argent, etc. D'où, préparation politique.

G" Il y a «'inploi de plusieurs éléments moraux annulés autrement, l'orgueil, la générosité, le besoin d'agir et de se perpétuer.

Du suffrage universel et de la volonté nationale.

Deux sortes d'états de la volonté. (La volonté en psychologie est la tendance résultante détinitive.i

1. Omettant la question de hoiuie administration, de moindre dépense, etc.

r' état : La volonté s'expriiiiant par un vote, une action précise, un oui ou un non, par la nomination de tel individu. C'est la pointe de la pyramide.

2^ état : La pyramide moins sa pointe, c*est-cà-dire les tendances ou désirs profonds, intimes, qui, lorsqu'ils sont éclaircis, conscients, aboutissent à telle volition, nomination, vote qui les exprime, mais qui souvent n'y aboutissent pas.

Par suite, lorsqu'on parle de la volonté nationale ou générale, il faut distinguer entre les deux états de la volonté. Vous pouvez avoir un vote (I" état), très différent du "i" état. Surtout quand il s'agit d'un engagement à long terme, ('(tmnie l'acceptalion de telle dynastie on cnnstitntioii.

11 y a deux sortes d'associations.

1" Les associations arlificielles, oidres l'eligieux, sociétés de commerce, d'industrie, de bienfaisance, etc. Dans cellesci, point d'engagement antérieur, inné; l'engagement est tout arbitraire; on n'y entre que pai' la volilion expresse (l-état).

2" Les associations naturelles, famille, état, religion. Dans celles-ci, il y a un engagement antérieur, inné, parfois (famille) indestructible, en tant que physiologique. Engagement signifie tendance et désir à y rester, devoir d'y rester, en vertu d'une dette contractée par les bienfaits reçus.

Dans l'association naturelle, les règles sont antres que dans l'artificielle.

1" L'engagement n'a pas besoin d'y être exprimé par vote, suffrage ou écrit. Il est tacite.

2° Il est indéfini en étendue, car le but n'est pas nettement indiqué par un contrat précis, écrit; de plus, la grandeur de la tendance ou passion à maintenir l'association, comme la grandeur de la dette contractée envers elle, sont presque infinies.

5° Il est indéfini en durée: mêmes raisons.

4" La volonté qui le constitue est principalement la volonté du 2" état.

r,-2s Ciiui;ESi'(»M»AN(.E

h" La majorité des personnes qui y soiil cumprises ne peuvent avoir à son endroit que des volontés du 2- état. Ordinairement c'est une minorité (Sénat romain, aristocratie vénitienne), parfois un seul individu (monarchie héréditaire féodale) qui aux volontés du ''2" état, peut joindre des volontés du 1"' état. Le principe régulateur est de fait que cette minorité ou cet individu soit obligé par silnation k avoir des volontés du 1" état concordantes avec celles du '■1" état, qui sont celles de la majorité.

Tout cela conclut contre le Contrat Social de Rousseau et la Déclaration des Droits de l'homme.

Rousseau considère toujours l'État comme une association artilicielle, n'existant et n'ayant de droits que par la volonté expresse (1" état). 11 ignore la psychologie de la volonté, et l'histoire réelle politique. Kn dehors de la volonté expresse, il y a les volontés tacites, tendances, désirs, dont la volonté expresse n'est que la résultante; en dehors de l'association artificielle, il y a la naturelle, et l'État en est une.

De même pour les Droits de l'homme. En dehors de ses droits ou créances, il va ses devoirs ou dettes par lesquelles il débute. A 20 ans, il a des dettes par rapport à toutes les associations naturelles, entre autres envers l'État, grâce auquel il a vécu. H a de plus, en qualité de Français, une volonté passionnée dont souvent il n'a pas conscience, et dont une guerre, une invasion, un séjour à l'étranger lui donnera conscience, volonté qui est un attachement k la France. 11 est engagé envers la France, de volonté et de devoir.

Quant aux droits positifs, par exemple celui d'accepter par oui ou par non la Constitution, dénommer directement les députés ou le chef du pouvoir, etc., ils sont limités par ce principe qu'on n'a pas le droit de faire ce qu'on est incapable de faire, par exemple de voter sur une question qu'on n'enteml pas, sm- des candidats qu'on ne connaît pas. C'est le principe cpii exclut les iniiicurs, les déments, les femmes.

Al'PK.NDlCK .V20

Qu est-ce que l'État?

Question lonrlanientalc sur latjuelle, à chaque instant, on est censé avoir une théorie, j)our juger les théories et actes supposant des théories :

Qu'est-ce que l'État en lait et que doit-il être?

Par exemple, Rousseau (Contrat Social) pose ainsi le Contrat Social :

(11-178). (( AlifMiation totale de chaque associé avec tous ses droits à toute la communauté. »

(179). (( Chacun de nous met en commun sa personne et toute sa puissance, sous la suprême protection de la volonté générale, et nous recevons en corps chaque membre, comme partie indivisible du tout. » — La seule raison qu'il donne,, pour justifier une pareille forme de société, est celle-ci : (( Trouver une forme d'association qui défende et protège, de toute la force commune, la personne et les biens de chaque associé et par laquelle chacun, s'unissant à tous, n'obéisse pourtant qu'à lui-même et reste aussi libre qu'auparavant. ))

(196). « Il hnporte donc, pour avoir bien renoncé de la volonté générale, qu'il n'y ait pas de société partielle dans l'État, et que chacun n'opine que d'après lui-même. Telle fut l'unique et la sublime institution du grand Lycurgue. »

(197). (( Comme la nature donne à chaque homme un pouvoir absolu sur tous ses meujbres, le pacte social donne au corps politique un pouvoir absolu sur tous les siens. »

Mon point de vue est absolument contraire. Dans l'État, comuK^ <ians toute Association, on n'aliène qu'une part limitée de sa personne et de son bien. 11 est bon qu'il y ait à côté de l'Ktat toutes sortes d'associalions indt''|teiidantes :

•'.-(» »;()i;iiEs[M»M»A.NCi:

églises, sociétés de commerce, de charité, de science, de propagande politique ou autre.

En lait, chaque État, ayant une forme, une constituliou, des lois spéciales, a un but spécial. Reste à savoir, en droit, s'il a raison d'avoir ce but. — Y a-t-il une méthode qui nous montre l'État idéal, ce que doit être l'État? ("est une association et une association est d'autant plus parfaite qu'elle atteint mieux son but.

Donc, qu'est-ce que le but de l'État ? Est-ce le bonheur de ses membres? Est-ce leur noblesse morale? Est-ce la possibilité de jouer un rôle important, dominateur, d'etfertuer qnebjue grande œuvre dans l'bistoire? (.luifsi.

(^liacun peut répondre d'ime façon rlitTérente, selon ses préférences intimes. Veuillot répond : c'est de faire que tous les citoyens «soient bons catholiques, i^rTvifeurs de l'Église et du l'ape.

lîenan rt'pond : c'est que cbatpie citoyen ait la plus haute noblesse morale possible.

En soiume, ces réponses ne signifient rien, chacun répondant d'après ce qui lui semble le plus important.

L'avantage pour les autres sociétés, c'est qu'elles ont un but très déterminé, et que chaque membre est libre d'y entrer ou non. Ainsi la Société médico-psychologique, telle société de bienfaisance, telle compagnie de chemins de fer. l'our l'État, il n'en est point du tout de même; le but est vague et l'on y entre de force, dès qu'on naît, avant de se connaître et de rien savoir. D'autres sociétés sont pareilles à cet égard, par exemple l'Église, la famille.

Nous pouvons donc diviser les sociétés en deux classes : 1', celles qui sont formées volontairement, par un acte d'adhésion expresse de chaque membre, avec intelligence nette du but à atteindre ; ce but étant bien déterminé et défini. Ce sont les sociétés artificielles ; 2", celles qui sont dans le cas contraire et qu'on nomme naturelles.

Dans les naturelles, par exemple dans In famille et l'État,

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riiidividu pendaiU toute son eiifanco contracte une dette, on le nourrit, on l'élève, on lui lait part d'un trésor de bonnes choses matérielles et morales accumulées, souvent (État) par une longue série de générations. Probablement le droit de l'État et de la famille se réduit à exiger le paiement de cette dette.

Pour bien raisonner sur cette matière, il faudra prendre des sociétés aussi éloignées que possible : l'État du Dahomey et les États-Unis contemporains, Genève sous Calvin ou l'Ecosse au \\u' siècle et la France contemporaine, la famille féodale avec ses sentiments héréditaires et la famille française moderne, les flibustiers du xvn" siècle, les Mormons, et l'ancienne Compagnie anglaise des Indes.

Le principe me semble celui-ci : 1 '. ((ue chaque meml)re, au moment on il entre dans la socii'tf' ou à l'âge de raison, y ("iitiv lilirenient par un acte tacite ou exprès de sa volonh'; 'i', que dans la sphère où il est contraint, il reconnaisse qu'il paie justement une dette contractée par lui, et qu'ainsi son adhésion autorise la contrainte; '*% que le but de la société soit très détini et assez peu complexe pour que, s'il y en a plusieurs, arriver à l'un n'empêche pas d'arriver à l'autre (Principe de Macaulay, On Gladstone). (\ mon gré, ce but est de se protéger contre les bandits du dehors et du dedans. L'instruction, les cultes, la charité, l'opéra sont en dehors. Cette protection implique l'armée, la gendarmerie, la police, les tribunaux, l'impôt, rien de plus et tout au plus en outre, des encouragements aux autres sociétés qui, indirectement, aident à atteindre le but indiqué.)

Yous m'opprimez et me volez si, considérant l'État à la façon d'une aristocratie ou de Louis MV, vous vous proposez comme but de jouer un grand rôle éclatant, prépondérant en Europe. Moi, Pierre ou Paul, je ne souhaite pas de rôle, je ne donnerais pas un écu pour ([ue ma nation l'ait. — (La seule excuse est quand la majorité de la nation, comme l'Espagne en IGOO et la France en I672,ain>e ])assionnément

")2 (".(tP.RESPONDANXK

la gloire de son roi et ce rôle. — Mais la minorité qui n'y tient pas est volée.)

De même, si aujourd'hui vous allez rétablir le pape, si vous entrelenez l'opéra. De même, si vous payez les cultes (la seule excuse est que vous muselez ainsi le clergé catiiolique). De même pour l'instruction, sauf les excuses suivantes : Pour l'instruction primaire, vous diminuez par l'instruction plus générale les crimes et les vols. Pour l'instruction supérieure, je ne trouve de légitime qu'un encouragement, des subventions à des universités indépendantes connne fournissant les découvertes, les méthodes, et augmentant le nombre de gens capables, ce qui sert indirectemenl le but de l'État.

Même règle pour les lois civiles: vous pouvez tolérer les substitutions, et prouver qu'elles vous fourniront une pépinière d'hommes d'État, etc.

Le principe universel est l'État limité par un but visiblement et forcément désiré au plus haut chef par tous, but palpable, visible aux plus grossières intelligences, et n'élar gissant son action que progressivement, à mesure que le> intelligences élargies comprennent l'utilité des buts subsidiaires comme moyens d'atteindre le but principal.

De cette façon nous aurons la société la plus juste, c'està-dire la plus consentie par une adhésion plus universelle et plus répétée par chacun, à chaque instant de la vie, celle qui respecte le plus la volonté de l'individu. — De plus aussi la meilleure, en ce sens qu'on atteint mieux un but que plusieurs, par la subordination des moyens à la fln et de l'accessoire au principal. — Enfin, la plus propre à exciter l'initiative et l'activité de l'individu, puisqu'elle lui remet le soin lie créer toutes les autres associations.

Ceci posé comme idéal, il faudra voir la conception de la société en 89, H2, 18(Ji, ISIT», ISÔCchez les socialistes, sons

Napoléon III, aujourd'hui, et eu géuéral l'idée régnante du Français sur l'État. Il faudra marquer la dilTêrence entre cette idée et l'idéal.

Raisons pour notre définition du bul de TÉlal.

l" Dans ce qu'elle affirme, elle es( acceptée par tous les Hii'oriciens; ce qu'elle nie n'est affirmé (|ue par quelquesuns et nié aussi par Locke et toute Tik-ole libérale individualiste.

2" Ce but a une chance presque infaillible d'être toujouis accepté par presque tous.

5" Ce qu'elle affirme (protection contre les biigan<ls du dehors et du dedans) a toujours été en etïet son but, et historiquement, les sociétés à mesure qu'elles sont devenues plus fiorissantes, l'ont eu toujours pour principal objet. Les plus fiorissantes sont aujourd'hui celles qui n'ont que cet objet principal. Ruine ou stagnation de celles qui en ont un autre parallèle (l'Espagne, l'ancienne Rome, le judaïsme, les Ktats uiahométans).

•4" Tout autre but est rejeté par une minorité ou a chance de l'être, au bout d'un temps (jouer un grand rôle, l'Étatsœur de charité, la religion-but).

h" Raison de Macaulay : on fait mieux quand on n'a qu'un but.

G" Si l'on admet au^-^i un autre but, cba(pic secte ayant un idéal peut imposer le sien cl l'aire insurrection.

7" Initiative plus grande si les auties buts sont laissés à d'autres sociétés.

Deux idées fausses sur l'Etal en France.

I" Il doit jouer un rôle glorieux, faire de grandes choses, être civilisateur, chevalier errant (Conquête de l'Algérie, expédition d'Italie. gueiTes de Chine et du Mexique).

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"l' 11 doit pourvoir au bonheur, au bien-être de tous, être sœur de charité pour les pauvres, .Mécène pour les artistes. — Tort énorme de ceux qui lui imposent ces sortes d'emplois. Juin 1848, mai 1871.

Limitation des droits de l'État.

Urdinairenient un gouvernement limite les droits (ju'il s'arroge.

Même les gouvernements de>poliques comme Louis XIV, Napoléon, le Czar.

Même les gouvernements en danger, Cromwell, Frédéric II.

Même les barbares conquérants ou fanatiques, les Sultans arabes ou turcs.

Motifs de cette limitation spontanée :

Quelquefois un reste de sentiment de la justice : Louis XIV consultant des docteurs et théologiens pour savoir s'il a le droit de mettre l'impôt du dixième. — Plus souvent un sentiment de prudence; ne pas vexer les gens inutilement : les Sultans laissant aux chrétiens leur culte moyennant un tribut; Cromwell protégeant les Cavaliers et churchmen dans la vie juivée; Napoléon prenant arbitrairement des lils de légitimistes, mais pour Saint-Cyr, noji pour être simplessoldats. — Leur but est de ne pas ajouter gratuitement au mécontentement.

Dans le contrat social au contraire, théorie de l'État absolu : l'homme idéal constitué d'après l'homme abstrait admis au commencement, des unités égales et réduites à un minimum, par suite lois civiles, éducation, culte, fortunes, conditions. (Voir Robespierre et Baudot.)

AiM'KMiici-: ôô:)

Motil's des gouvernants égoïstes, même absolus: Alleiii- (Ire leur but qui est de garder leur pouvoir, doue ne pas révolter en blessant inutilement des points sensibles.

Motifs des politiques désintéressés : Inconvénients de donner plusieurs buts égaux et distincts à la même institution et notamment d'assigner au Gouvernement, chargé de protéger les personnes et les propriétés, un autre but égal. 1'' Si le second but est égal, en beaucoup d'occasions il atteindra moins bien le premier. Par exemple, s'il se propose de propager une religion, il persécutera (négativement ou positivement) ceux de ses sujets qui ne la professeront pas, partant les blessera dans leur personne ou leur pi-opriété, partant mancpicra siii' ce point à son oftlce primitif, — De même, s'il institue im genre d'éducation obligatoire; de même s'il se fait industriel ou conmierçant et écrase en cela ses rivaux privés, "l" Son mode d'action est déterminé par sa structure : d'une part son mode d'action est général, il commande par régies universelles, de loin ; à ce titre il est moins propre que l'individu à savoir ce qui convient à l'individu ; le père s'entend mieux que lui à l'éducation de son enfant, le commerçant à son commerce, la commune aux all'aires locales. — D'autre part son mode d'action est la force exercée par ses gendarmes: à ce titre, il n'est pas propre aux elléts qui se produisent par la persuasion; s'il favorise par force une religion, il fci'a des hypocrites, ô" Même s'il s'entendait mieux (jue les individus à leurs all'aires propres, Tmconvénieuttinalet total serait énorme, car son ingérence universelle et absorbante réduirait les individu^ à l'étal d'automate ; or, l'initiative et la volonté propre sont devaleurs de premier ordre.

556 COlU'.tSI'UMtAME

L État limité.

Lue l'ois posé le désir historique de limiter le domaine de l'État', voici les ovanlagts qui rendent supérieure la société où l'État est limité.

{a) L'État, cest par définition la communauté employant la force physique pour imposer ses volontés-. Mais il n'y a là qu'une dédnilion théorique. En fait, ce n'est janjais la totalité de la communauté, mais seulement une portion ou mieux la majorité, parfois la minorité, parfois un seul individu, le reste étant violenté. Et, si l'on prend une période un peu loniiue. comme le parti résnant change, chaque portion de la communauté, chaque individu est violenté à son tour.

[h] Avantai:es de l'État limité sur l'État illiniité.

(I). Mus le domaine de l'État est étendu, |ilu> i! lui laut de fonctionnaires, de j:endarmes et d'impôts; chaque hranclie d'ingérence nouvelle nécessite un surcroît d'employés et de dépense. — Donc économie d'autant, s'il est limité, et économie maxima s'il est limité le plus possible, cela |iouvant être lait sans l'État.

(II) Agir de loin, par règles générales, et extérieurement. — Dans tous les systèmes d'action (sauf la protection des personnes et des propriétés), h savoir agriculture, industrie

1. Procrclé : Montrera chaque paragraphe lo? inrfnirrnients do l'État ilhmité et les avantages de l'État limité. les doux irois.«;aiit à mesure qu'il s'agit d'une société plus complexe.

2. Application de ce besoin moderne: la Hollande en 1572. l'Angleterre de 1(U0-1()89. les États-Unis en 1775.

Ai'i'KMiici: r.r.T

cl coiiiiiKM'n', rclaliolis (le l'auiille el do sociétô, édiicalioii ol moeurs, religion, art et philosophie, l'individu, étant plus près de lui-même, sait mieux ce qui lui convient, y est poussé par des hesoins ou afTections plus fortes, partant est plus propre à exécuter bien la fonction. -;- Cela est d'autant plus marqué, que le système d'action est plus compliqué et que l'individu est d'une nature plus riche et plus développée, co qui esi lecas dans la civilisation moderne. - L'État illimité, à la façon (\es Anciens ol'i du Paraguay, suppose des individus très simples engagés dans des systèmes d'actions très simples.

Bref le fonctionnaire, faisant exécuter une loi générale, envoyée de haut et de loin, sait moins bien que l'individu ce qui est bon à l'individu en fait de travail, échange, gain, relations de famille et de société, œuvre d'art, de philosophie, de religion, surtout si l'œuvre et l'individu sont compliqués. Au contraire, il y a invention si l'individu est libre, en dehors des cadres si lourds à changer; de là, le progrès.

(111) Agir par contrainte. — Le fonctionnaire étant snbstitué à l'individu, celui-ci n'agit que par crainte, puis mécaniquement, d'où suppression en lui de l'initiative, soit intéressée, soit généreuse.

Xl\ Conditions de la Société en général.

Ktre en société permanente avec d'autres individus (quelle que soit la société: famille, État, ÉgUse, commune, Association volontaire privée, etc.), est à plusieurs égards, pénible: il y a contrainte, répression de soi par soi ou par autrui, sacrifice d'argent, de temps, etc.

Jl faut donc, pour que Li société dure, un mnljf, nu besoin H. taim:. — roimESPOXDANn;. llf. 22

">X COlilŒSl'OMlANCE

permanent plus fort que la peine et la répugnance indiquées. — Efïectivement, on voit les sociétés naître et durer sous la pression sensible, éprouvée par tous les membres, d'un besoin permanent', notamment, dans les États nouveaux, le besoin d'èlre protégé dans sa vie et sa propriété. — De même, dans la société la plus naturelle, la famille, besoin physique sexuel, services spéciaux de l'homme et de la femme, tendresse pour ïeniani, helples.wess de l'enfant, etc.

Toute société comprenant des gouvernants et des gouvernés, un chef et des subordonnés, ce besoin fondateur et conservateur prend deux formes, l'une chez le chef, l'autre chez les subordoiuiés. Chez le chef, il faut qu'il y ait en dehors de l'égoïsme auquel il est enclin, en dehors de la tendance à exploiter à son profit l'obéissance des subordonnés, l'idée permanente et dominante du but social, le désir de parer au besoin en vertu duquel l'Association s'est construite. Tel le vrai père de famille, le bon pontife, le bon roi, le bon gérant ou administratenr d'une compagnie. Chez les subordonnés il faut qu'il y ait, non seulement une inclination à se sacrifier plus ou moins pour la communauté, mais encore de la confiance pour le chef, de la déférence, de la ïoyaUij. — Bref, pour que la société dure et atteigne son objet, il faut dévouement plus ou moins grand du chef et des subordonnés à la communauté, et de plus confiance et déférence des subordonnés au chef.

La difficulté consiste donc à produire et à maintenir ces sentiments. Comment ils se produisent, cela se voit tout de suite; il suffit que quelque danger extrême et prolongé, quelque besoin sensible éprouvé tous les jours, montre l'association comme indispensable, tourne incessamment les yeux vers le salut commun, prouve quotidiennement à l'individu que son salut individuel ne peut être obtenu que

1. Ensuite l'expérience manquante dure à ft'iat de souvenir, tradition. pr(''jii?rô héréditaire, plus ou iiinins lurt selon la toii!-ijure de fiiiiai:i nation.

APF'F.MUCK 7)30

par son dévouement à la société. — Reste à maintenir ces sentiments. Or, précisément au bout d'un temps, le but social, par exemple la sécurité étant çbtenue, la source du dévouement semble devoir tarir: ni le chef, ni les subordonnés ne voient plus quotidiennement la nécessité de se dévouer les uns aux autres: le chef est tenté de devenir un exploiteur, et les subordonnés sont tentés de le re^rarder comme tel, même quand il ne l'est pas.

Jusqu'ici les meilleurs procédés employés pour in.iiiiIrMiir l(^s dévouements sont :

I " Dans le chef, la ])ropriété héréditaii^e ou transmissible à sa volonté de sou ollice de chef. Plus la communauté est prospère, plus il est ^rand et puissant: sou intérêt se confond pour lui avec l'intérêt commun: on disait que le roi contracte mariage avec la Fiance. — Autre procédé : préparer le chef pour son office, en le prenant tout petit, en dirigeant toute son éducation dans ce sens: par exemple, le petit gentilhomme de douze ans, préparé à être militaire, ou l'héritier du domaine et de l'atelier, préparé par l'association avec son père à être agriculteur et patron.

2" Dans les subordonnés, l'imagination respectueuse et enthousiaste confondant le chef avec la communauté et faisant de lui plus ou moins une idole; par exemple le Tsar, le roi de Prusse, l'empereur d'Autriche, l'ancien roi de France. De même, le père dans la famille; le Pape dans l'Église; le noble héréditaire dans son canton.

Ce sont là les moyens de l'Ancien régime: pour empêcher le chef de tomber dans l'égoïsme, on avait inventé en plus, en Angleterre, le contrôle d'autres pouvoirs considérés par l'imagination populaire comme aussi légitimes que le sien, le Parlement, etc. Le procédé moderne consiste à supposer que le sentiment de la communauté nationale peut subsister, sans rattache idolàtrique à un individu concret, à une famille héréditaire, et s'attacher à des chefs élus, sur-

r.iii CDiii'.tsi'oMjANci:

tout quaiid ils sont distants cl que l*hal»ihide d'obéir ost très ancienne.

Au total, le système d'association, sous l'Ancien régime européen, était fondé sur les principes suivants :

1° Adaptation des sociétés* proportionnées à la limitation de l'imagination et de l'expérience de l'individu, en sorte qu'il avait quotidiennement le sentiment social, par suite du danger visible de se trouver seul. (De là l'autorité paternelle et la discipline domestique, la vie municipale, les corporations). Formule : pioporHon de la société à Vindividn.

'2' Procédés pour attacher Tindividu à son rôle social et l'y approprier, entre antres, l'iddce devenu i>ropriét('' et objet d'intérêt jjrivé (royauté, rang nobiliaire, domaine et atelier héréditaire), et de plus préparation de l'héritier dès renfance. Formule : privilège prix de In fonction, ou plutôt : situation privilégiée spécialisant et préparant à la fonction. Ces principes ont été altérés et détruits en partie en France, avant 178'J, par l'exagération du pouvoir royal et de la vie de cour. — Ils sont attaqui's directement dans le régime moderne, par les tendances suivantes :

1" Exngt-ration du rôle de l'État que l'on charge de tout faire et auquel, en raison de sa grandeur, l'imagination fpiotidienne ne s'intéresse plus.

2" Influence prépondérante du nombre, sulTrage universel, autorité légale et elTective de l'ignorance, de la légèreté d'esprit, du charlatanisme, des courtes vues de l'individu se bornant au présent, à son intérêt personnel viager.

7)" Par suite, atTaiblissemcnt du sentiment social quoti- <lien. l'individu, enfant, femme, domestique, ouvrier, natif résidant d'une commune, gouvernant élu, riche en valeurs mobilières, étant dégagé de l'engrenage intérieur et pro-

I. l.o fait essentiel, c'est que ces sociétés dans Inncioniio fonno SMiit iiaturolles. crét'es par tàlonneinenls.

Al'l'EMiICf: 'm1

voqué, par là. lacilitr des (■uiiHiiunicatioiis et du déplaceraent, par réducation publique mise à portée de tous. pairintervention de l'Ktat dans la vie privée et locale, à so faire une vie individuelle à part.

Principes sur les sociétés.

Une Société ou Association est un concours de plusieurs individus coopérant pour atteindre un but déterminé.

Il y a deux mécanismes extrêmes d'association : 1" Celui dans lequel l'autorité vient d'en haut, le chef supérieur nommant les inférieurs qui commandent aux particuliers.

— Elle est au maximum, quand le chef supérieur n'est nommé par personne et est perpétuel (autocratei. et indique le maximum de contiance des administrés, (hilaillibilité papale; Czar autocrate père des Russes, droit divin).

— 2^ Celui dans lequel l'autorité vient d'en bas, les i)articuliers nonnnant le chef supérieur et les chefs inférieurs; elle est au maximum quand les chefs inférieurs et supérieurs, nommés pour le moins de temps possible, sont restreints le plus possible dans leur autorité, par une constitution préalable qui leur interdit de légiférer sur tels et tels sujets, par référendum (Suisse) ou décision directe des citoyens (États-Unis). — Elle indique alors le minimum de confiance des administrés. — Entre ces deux mécanismes, il en est un troisième (Monarchie constitutionnelle, certaines formes républicaines), qui est mixte; le chef supérieur héréditaire ou à long terme, nommant une grande portion des chefs inférieurs, mais étant contrôlé par une ou plusieurs assrmblées électives.

Toute société peut être comparée à une machine, loco motive, moissonneuse, presse à imprimer, etc., laquelle est d'autant plus parfaite en son espèce, qu'elle atteint le plus sûrement et le plus complètement un but déterminé. — C'est pourquoi aucun mécanisme n'est bon en soi, mais seulement par rapport au but à atteindre.

Dans une agglomération d'hommes, plusieurs buts sont donnés. — Il laut donc, si Ton veut les atteindre, qu'il y ait plusieurs machines coexistantes distinctes, chacune avec son mécanisme approprié.

Pour construire une machine, il faut des matériaux préexistants. — De même pour une association. Ces matériaux pour une association sont des volontés humaines, et par suite des ressorts de volonté humaine, lesquels sont (\eii intérêts communs, des croyances conmiunes. des situations communes. De là, des groupes naturels préexistants qu'il faut, non détruire, mais utiliser. — Parmi les groupes naturels préexistants, il y en a de tout formés, et qui constituent des sociétés existantes et anciennes ^

Les caraclérisliques de l'œuvre de l'Assemblée Nationale ont été les suivantes :

1° Détruire autant que possible les sociétés jtréexistanles; ne pas utiliser les groupes naturels distincts de volontés, et même tâcher de les détruire. (Lois contre les Corporations,

t. Delà le plan : Quand on construit une constitution, il faut utiliser les matériaux existants.

Loi du passage des états féodaux à la monarchie absolue, puis parlementaire, avec République à l'horizon.

Cause : La transformation des volontés, capacités, habitudes, est graduelle et lente.

iSon seulement ils ne les utilisent pas, mais ils les détruisent autant que possible et les rendent réfractaires.

1° En général, destruction des groupes anciens. Abolition de la noblesse ; les nobles seront abandonnés à la mob.

2° Le Clergé • Ordres monastiques. Biens du Clergé. Constitution civile.

alHillliun (le rUiiiversité, des provinces, des Parlements, des ordres monastiques et de chevalerie, spoliation de l'Église); l'aire effort pour uniformiser tous ces matériaux, par suite rendre hostiles à p('i'|iétuit(' ccrfciines tendances et groupes.

2'' Ne pas admettre d'autres sociétés que l'Étal, collatérales à lui, distinctes.

0° Imposer à celles de ces sociétés qu'il est forcé de tolérer, son propre mécanisme qui lui paraît le seul hou.

4° Adopter comme mécanisme le plus faihle de tous, celui qui atteint son but le moins sûrement et le moins exactement (2^ espèce) et l'introduire dans toutes les sphères de son action (par exemple dans l'armée et la gendarmerie). Faiblesse particulière de ce mécanisme pour atteindre le premier et principal but de l'État, à savoir la protection des personnes et des propriétés. — Faiblesse excessive dudit mécanisme dans la Jacquerie générale existante.

Cela posé, il faut regarder de près la machine, c'est-a-diie une association quelconque, et les conditions générales qu'elle doit renqjlir pour être efficace. Les principales sont :

I. lue seule tète dirigeante, sans quoi point de cohérence ni de suite dans les mesures prises pour atteindre le but. ~ Il faut un général en chef à toute armée, un directeur à toute entreprise.

II. La tète dirigeante, son état-major et son conseil s'il y en a un», tous capables, ayant la spécialité, l'éducation, l'honorabilité, l'intelligence au maximum, c'est-à-dire l'élite de l'association.

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