‹ Sa vie et sa correspondance (volume 3)Chapitre 13 sur 136 · Voir Ininr II. j · texte numérisé non relu

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qui rend la ^erre inévitable; nous n'avions que 7)00000 soldats, et la Prusse liOOOOll; quand vous voyez quatre fusils ])raqués sur vous, vous êtes en droit de tirer le vôtre, surtout lorsque, visi])lement, on essaie d'en armer un cinquième contre vous, ce qui était l'intention manifeste de la Prusse par son candidat au trône d'Espagne. Le roi (Tuillaunieet M. de Bismarck avec leur énorme armée, le fanatisme de leurs sujets, leurs annexions et leurs procédés violents, jouent en ce moment le rôle de Napoléon P' en Europe, rôle détestable et qui aboutira peut-être un jour pour eux comme pour Napoléon P'" à une grande chute, lorsque l'Europe reconnaîtra, comme en 1 HIT), que le voisin ambitieux, tyrannique et prépondérant est l'ennemi commun. La sottise de nos gouvei-nants est inexprimable. Ils ignoraient tout, ils ne savaient ni le chiffre des soldats prussiens, ni l'état et la préparation de cette immense armée, ni la passion nationale des Allemands. A dire vrai, ceux-ci sont plus orgueilleux encore que les Français de 1807; ils se croient le peuple élu. la race privilégiée, supérieure, et depuis cinquante ans tous leurs professeurs, tous leurs savants leur prêchent ce! orgueil intraita])le et inhumain. Par un mélange monstrueux, ils le consacrent, et se croient appelés d'en haut pour régenter l'Europe; c'est ce qu'ils appellent « la mission historique de l'Allemagne » ; selon eux. elle leur a été donnée parce qu'ils sont « plus vei*tueux ») : vous n'imaginez pas à quel point ils méconnaissent et dilïanient le> lUd'urs françaises.

Jetais à Dresde, quand la guerre s'est annoncée; j'étudiais le pays, je prenais des notes; au retour, le 12, j'ai écrit à une personne influente', poui- lui dire que nous allions avoir contre nous les passions de 1815, que la guerre était imprudente; presque tous les hommes cultivés pensaient comme moi. — Mais nous étions aux mains d'un joueur qui a fait de la guerre sa dernière carte, qui a perdu, et qui nous a perdus.

J'espère que nous aurons toujours un pot-au-feu à vous oflrir quand vous viendrez à Paris; ma mère va hien, ainsi que tous les miens; pour mon compte je suis assez souffrant, et en ce moment hors détat de lien faire. C'est prohahlement le chagiin et lanxiété (jui me donnent la fièvre. — J'ai commencé à rédiger des yotes sur l'Angleterre, d'après le journal des voyages que j'y ai faits. Les comptes rendus qu'on a donnés de {'Intelligence sont hienveillants ; le suffrage de M. Stuart Mill entre autres m'a été très précieux. En France on a vendu en un mois la première édition ; la seconde est en train ; j'aurai quelques addi-tions à faire à la troisième. Si ma santé est suffisante, j'entreprendrai un travail seinhlahle sur les Émotions et la Volonté. — Quant aux détails que vous me donnez sur nos traductions, je ne puis rien dire sinon que tout est très bien entre vos mains. J'espère que dans votre nouvelle campagne vous êtes heureux et indépendant. Vivre avec des

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