‹ Sa vie et sa correspondance (volume 3)Chapitre 39 sur 136 · CORI'.ESI'UMtA.NCE · texte numérisé non relu

CORI'.ESI'UMtA.NCE

liiei' |)()Ui' Versailles, le fusil à la inain. |»iéleiMlaiit que les soldats n'oseraient tirer sur elles; ce sont les lolies (le 95. Hors de l'équilibre oi-diiiaire, le Français perd la tète; il ne sait pas supporter lexcès de l'attente, de rexcitation ou du malheur. De là le 18 mars. — Trilhe' qui est ici et avec ijui je partirai demain peut-être pour Versailles, dit que son bataillon, le !>', passait pour réactionnaire et était appelé le bataillon des bottes vernies, lîeaucoup dluimmes de ce ]»alailloii ont été )i(»ur les insur^iés le 18 mars, et Imil joiii's api'és sen lamentaient devant lui.

Presque tous les hommes avec qui je cause ont été au siège; limpression générale est toujours la même. Les Parisiens, exaltés par les phrases de leurs journaux et par la vanité foncière, se sont persuadés qu'ils pouvaient non seulement se défendie, mais écraser les Allemands ; ils ont succombé, donc ils ont été Irahis par leurs chefs, hnpossible de les faire sortir de ce i-aisoimement. Quant à riiisurieclion actuelle, elle est au fond socialiste. « Le patron, le bourgeois nousexploite, il faut le supprimer. Il n'y a pas de supériorité, ni de spécialité. Moi, ouvrier, je suis capable, si je veux, d'être chef d'entreprise, magistrat, général. Par une; belle chance, nous avons les fusils, usons-en, et établissons une liépubliqueoù des ouvriers comme nous soient juinistres «^t j)résidents. » En ce moment, ils persistent parce (ju'ils sentent que, s'ils sonf vaincus, Cayenne est

1 Aicliileclc. ami de M. Taine.

LA COMMINE 97)

là. Ils ouf avf'c eux l)o;iue(»iip d'rlrnniivrs. Knliciis. Aiigiais. AlliMiiands iiumiic cl aiitics allilii''^ di^ laJacciiici'it' universelle.

Chàteiiay liier élait l»i(Mi Iristt»: il faiitlra hieii du leiii|)S. hieu de rariient ((u'eii n'a pas, pour réparer ces pauvres maisons. Oiielle misère I VA les bois sont si beaux, pleins de lleui's bleues, d'anémones, les bouleaux soni déjà verts!

Le canon a cessé de tirer ce soir à i beui'es et denue.

Le cbeiuin de Ter d'Orsay ne va plus, je ne sais (juand e pourrai retournei' à (^liAtenay.

A MADAMl, II. IAIM:

.Iciidi (1 Mvril. Ors;iy

A Versailles, Libon ma dil (pie toutes les lettres de province faisaieul encore un monceau dans une cbandjre encondjrée, et qu'on ue pourrait rien avoir avant deux jours au moins. Aujourd'bui nous sommes partis à trois dans une voiture enipruidée, avec une rosse. J'ai déjeuné chez M. Questid, vu Libon. passé deux heures avec liuillaume Guizot, rencoutié Levasseur réconomiste, du Mesnil, le chef de division, et Saint-René-Taillandier de l'Instruction publique; en outre diverses personnes. — Vous aurez lu, avant de recevoir cette lettre, la dépéclic de Tbiers alficbée à i heures. L'ordri^ rétabli à Marseille. Iroublt' à Limoucs. mai> n' dernier accident

!U CoRHtlSPoNriANCK

t'-l peu iiii|iorl;iii(. On estime ;"i soix.iiUe-dix iiiillo lioinines les troupes de Versailles; excellent esprit, les iiiniiieip.uix et serments de ville siii' la place d'armes ont la plus belle tenue. En causant av(M' un ai'tilleui-, je lui dis qut' le- insurgés sont le< l'russiens de l'intérieur: « C'est bien pis. monsieur ». Des ti-oupes arrivent do tous côtés, entre autres la garnison de Bitche'.- — Le chemin de ici' de l'Ouest est encombré d'artillerie, je vois dt'liler de ,i;rosses pièces de l"! et de l'i.el des (juanlités de mitrailleuses. Cam|)enients. lentes, cbevaux, soldats partout et sur la l'oute jus<prà Jouy. Versailles entiei' ressemble au boulevard Montmaitre un beau dijnanche; on s'étouffe aux restaurants et aux calés. — Confiance complète chez tous (les dépêches de Tbiers sont exactes, très légèrement chari^ées en beau). Libon. autrefois optimiste, voit maintenant en noir, et pense qu'on n'aura pas fini avant un mois. Mais il est seul de cette opinion. — Mes amis comptent sur des divisions à Paris, le bruit coui'ait que Delescluze- avait coffié tous b^s autres et s'était proclamé dictateur. J'ai ap|)ris s<ius main qu'une ]\v,\\\œ\i\ye particulière allait jouer punr provoquin- à l'ai'i^des défections. Les insurgés joiienl le jeu extrême, nul arréf('- M. de (incrr) '■ et rarclie\é(|ii(' ', piik' je

I. ilomijanlée dès le 10 septemljic lS70.l;i iielitc IVu-icrcssc de iJilcIio tint têfo niix pnvatiisseurs jiis(|u;'i In paix.

'1. Delocltizo (Louis-Cliarles . membiv de l.i Cdinniimr né en 1X01>, Uu'i lo "H) mai 1871.

7t. Cui'c (le In Mndelciiii', uo en 1T!I7. Iiisillr |.nr les insui-^^/'s le •i7 nwii.

i. M''" iJaihny George? , ne en iNl.". rii>ill<'' le v7 uuii.

i,A commi'm: vC)

(•(illt'^o llolliii. (li'ni.iiKJont le pilLiLic {]{'<■ iii.iisoiis de l'.ivic. l'iranl. Tlii(*i's (Roclit'luil. d.iiis le Mot (l'ordre). .M.'us le désordre ost»;randcli(v. eux. Lcv.issour, à Neiiillv, .1 nMioordiv les gardes nalioiianx l)ivoiiaf|uaiU depuis (juatre joui's. sans tentes, sans avoii- élé relmés. Leurs régimenls (tiil des chassepols, des tabalières, des fusils à pistons, d(> soi'te(|ue loi'S((u*oii hnir envoie des cartouches, celles (jui vont aux uns ne vont pas aux autn^s. S'ils ne se divis(Mît pas. ils pourront tenir assez, lonutemps, car il faudra beaucoup de ;L;rosse artillerie pour pi'endre les forts, l'enceirdc, et fournil' par une occupation parti(dle un poiid de ralliement aux honnêtes gens.

Demain, je vous conterai au long ma conversation politique avec Guillaume Guizot ; il va des possibilités de fusion et de légitimité libérale acceptée par lesdi-léans.

On sort de Paris moyennant deux francs pour un laisser passer, c'est une mesure fiscale. \\\ seul chemin d(> fer fonctionne, le Nord, par ordre des Prussiens. Personne n'a pu me dire avec certitude si M. Tliiers a versé les cinq cents millions aux Prussiens ; — très probablement lestitresdéposésà laBanque ontétéévacués — les caisses des banquiers sont menacées à Paris.

.Madame .\boul est à Saverne avec ses enfants, Aboiit est à Versailles; il a quitté h» Hoir: il va tous les soirs chez M. Thiers, il vent être préfet ou ambassadeiu', même en Perse.

M. Ouestel sortait, appelé par M. Thiei< poni' trouvée un loiremenl a Mae-Mahoii.

A MADAME H. TAINE

VciHin'di :. (ds.iy

Canonnade anjourd'luii encore dans le lointain, prc»hablement du côté dissy et Vanves; — pas un journal ici; nous sommes au fond diin trou: ce serait à vous à me donner des nouvelles politiques. I.e ciel est dune pureté adinirajjle. et sa beauté semble une ironie. Laissons ces idées trop tristes, voici l'alnégé de la conversation que je vous promettais liiei".

Des députés légitimistes' sont allés j'écemment trouver le prince de Joinvillc. et le souder bur ses dispositions, lia répondu ces propies mots: a Si j'avais entre les mains la couronne de France et devant moi le comte de t'aris avec le duc de Ilordeaux, je mettrais la couronne sur la tête du duc de IJordeaux. y Le duc dAumale a approuvé. Ils ont ajouté: n Ceci est notre opinion personnelle: mais nous ne sommes pas les maîtres de notre paiti; il ne nous obéit pas par principes comme le parti légitimiste. .Nous ne pouvons que lui indiquer n(>s préférences. •>

Actuellement, on s'en tient au prograuunedeM. Thiers: rester d'accord, réorganiser, payer les Allemands, remettre la France sur ses pieds, ne point se battre ou s'engager pour une forme quelconque de gouvernement. Les répul)licains modéi'és admettent eux-mêmes cet

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