‹ Sa vie et sa correspondance (volume 3)Chapitre 63 sur 136 · tii-iquclicr · texte numérisé non relu

tii-iquclicr

\i2 (,(ii;i;i>im».mi.\N(:k

et ({u'oii (lil (l.iler de Jules César. — Le cler^yman luijiièiue triste et digne, ayant perdu sa femme et trois ou quatre enfants, dans un presbytère restauré du temps de Henri YIII, avec la vue la plus poétique et la plus charmante sur les lointains verts bleuissant dans la brume. Deux salons remplis de copies à Thuile. photographies, grands dessins d'après les meilleurs tableaux de Dresde, Florence et lîome. — Cela fait le plus fort contraste avec nos curés de campagne.

Ma première leçon a fort bien réussi, cai' la salle était comble aujourd'hui. Ma leçon d'aujourd'hui a été moins bonne; trop longue (1 h. !20i, je tâcherai d'abréger après-demain. Au bout d'une heure, je suis fatigué, je trouve mes phrases moins aisément.

Les dîners pleuvent, et je suis obligé de m'y préleiplus que je ne voudrais. Ajoutez les épreuves de M. Haye, tant de choses à voir, visites à rendre, la préparation de mes leçons, la fatigue.

A MADAME U. TALNE

Oxloid. 1 ' juin

Diner hiei' chez M. Jowetf, inaster of Dalliol; le dean Stanley y était avec lady Augusta, sa femme, et aussi M. Piussel, l'héritier du duc de Bedford, avec son fds. Ces appartements des head-masters sont magnifiques, simples et grands, diversifiés \n\\' les baii-windou's

l.A CdMMINi: 14.-

|>ru(''iuiii('iil('s, iiiiiiii(>s de llcui's l'ai'es, avec k's [dus parfaites eslanipes de Rembrandt et Durer, et des pliulograpliies d'après les cartons de Hapliaël, etc., dans l'escaliei'.

A dîner, on m'a l'cniis sur la poli(i(pie comiiie (olijours; j'avais des faits précis à coider. M. liussel et les autres croient ([u'une révolution semblable esl à craindre en Angletei'i'e. " l*ar bonheur, disent-ils, nos roiK/hs ne sont pas généra lisateurs, philosophes comme les vôtres, prenant une théorie pour drapeau, et innnédiatement le fusil à la main, o — M. Stuart Mill approuve presque nos rouges, sa nièce vient de défendre la (lommune dans le Fortnighlly Revieiv. Le plus nolal)le comnmniste d'ici, M. Ilarrison', formule leuidoctrine ainsi : « Arranger sa société de façon à ce que le capital soit employé à de plus nobles usages. El, dés évidemment selon moi, c'est une phrasr de ce genre qui a armé les cent mille communeux insurgenls de Paris. )) D'après toutes les correspondances, les femmes sont fanatiques, et dans les quartiei'S rouges on tire encore maintenant sur les officiers, on assassine les soldats isolés. — Ma conviction est (pu' Paiis va cesseï' d'être capitale: nous allons être séparés parmi abînu' (hi monde parisien, de la vie parisienne telle (|ue nous les avons connus.

Aujourd'hui api'ès nion travail, promenade seul à Magdalen-College; je ne me lasse pas de voir et d'ad-

1. M. Frédéric Ilarrisoii. né l'ii 1851. chef du positivisme Anglais et disciple d'AuiiusIe Conile.

144 COllRESlMODAX.l::

mirer les vieux Ijàtiiuenls rostonnés de liene. !inirei> |i;ir r;iiili(jLiilé, surtout les quadrangles à ;u-cades. (|ui luiil pioiuenoir ctuiimo dans les couvents italiens. Vaste jardin pai' deirière, ])are d'onnes énormes avec quantité de daims familiers, longue cliaus>ée entre deux rivières, plantée des plus beaux arbres; vue au delà sur des prairies regorgeantes d'berbes et de fleurs, parsemées de traînées rouges par les oseilles sauvages, dim lel luxe de végétalioii ipTil l';iul les voir pour >e les iiguier. Presque toujours ce> giand> quadrangleavec le tapis de verdure (pi"ils enserrent sont solitaires, dette sensnli(»ii de solihide poi'lique. pittore>que. soignée, est cliarniante. On renconlre en sortant à droite, à gaucbe, nn liant mur eiénel»'. nne cbapelle gothique, ini poilail llenaissance. une statue de bronze de 1000, une façade de ccdomies torses, des balustre^ profilés sur le ciel, (juelques grands dômes cerclés de colomiettes. et paitout de la venlin-e cl des Heurs. — .M;iis (ixbnd est li-oj! beau, la vie hop mondaine, trop occupée lie réceptions el de relati(»ii>: ils avoueiil (pi'nn ne ti'availle pas ici comme en Allemai:ne.

Petits détails : lue lettre pour loule la Grande-Brelagne. v (■om)>ri> les colonies el l'Inde ne paie (pTun penny de porl. Bibliidbè(jue publi(jue p(»ui' la el;i>-e |t;mvre ou moyenne, avec deuxgrajids jomnaux en permanence étalés, et toutes sortes de livres sérieux et utile-. Très fri'(pientée.

V M Ah ami: II. TAIXE

Oxford. 4 juin Je dîne ce soii' avec les étudiants dans le f^vand hall de i'Jirist-tJuH'ch ; dans ma disposition d'esiirit ce sera une corvée. J'ai voulu aller au sennon à New Collège ce matin, mais la chapelle était si pleine que je suis resté au vestibule sans jtouvoir l'ien entendre.

Hier chez M. Jowett. Présenté à M. Swinburne* le poète; ses vers sont dans le genre de Baudelaire et de Victor Hugo : petit homme roux en redingote et cravate bleue, ce qui faisait contraste avec tous les liabits noirs et cravates l)lanches; il ne parle que raidi, rejeté en arrière avec un mouvement convulsif (»t continu des membres comme s'il avait le delirium tremens — très passionné pour la littérature française moderne, Hugo. Stendhal, et pour la peinture. — Son style est d'un visionnaire malade qui, par système, cherche la sensalion excessive.

Présenté à M. Matthieu Arnold- le critique-poète, fils du célèbre docteur; inspecteur des écoles primaires à iiiillelivres sterling par an; grand ami et admirateur de Sainte-Beuve; grand, poils noirs plantés très bas, figure tourmentée et grimaçante, mais très courtoise et très

1. M. Algernoii Swinbunic. né on 1857, avait écrit l'aiiiire pré- (•('dente une Ode stir In jtroclauialiou de la Hcpuliliijvp Française (lu i septembre.

Page 1