A M. F. CHARMES
Paris, 19 janvier 1872
Mon cher Monsieur,
Je vous dirai comme la semaine dernière : vous êtes trop aimable. Ayant toujours été discuté et contredit, je ne suis pas habitué aux douceurs, surtout aux dou-
1. Écrit à la suite d'articles de M. Cliannes à prn]ios des Noirs sur /'Angleterre.
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ceurs .sans inL'lan<;e. Ji- vous eu lerneicie très vivement el très sincèrement.
Vous èles le j)remier, je crois, (jiii ne m'ayez pas comparé à une mécanique d'acier tranchante et ijiipassible. Vous avez raison de croire qu'en Angleterre je n'ai pas été exempt d'émotions. Mais il y a un grand principe de Gautier et de Stendhal que je crois vrai : ne pas faire étalage de ses sentiments sur le papier: de même un homme (pii parle dans un salon ou en j)uhlic évite ou réprime les sanglots et les cris quand ils lui viennent; il est indécent de donner son cœur en spectacle; il vaut mieux être accusé de n'en avoir pas.
Mon tort a toujours été de trop marquer ma méthode ; c'était parce que, de toutes mes idées, elle était à uies yeux la plus utile. Mais le lecteur n'aime pas qu'on lui montre les engrenages, il veut être transporté par la machine, et ne pas être rappelé sans cesse à l'observation des roues et des pistons. Cette faute est moins sensible dans les Notes; à cause de cela elles ont mieux réussi. Je ferai mes efforts pour profiter de cette expérience. — Et cependant remarquez qu'un chapitre que vous approuvez, les ti/pes, est lapplication toute scientifique et la plus complète de la théorie des aptitudes ou dispositions maîtresses. Mais je ne l'ai pas dit, la théorie n'est visil)le qu'à ceux (jui veulent la voir. — Cela me fait souvenii' d'un mot de M. de Bonald sur lui-même et sur Chateaubriand : « Il a bien l'éussi, et moi mal: c'est qu'il a donné sa drogue en pilules, et moi la mienne en nature. »