Voir p. 18, la lettre du lo octobre
r». L'archevêque y donnait llinspitalité à M. Crémieux, délégué dt> l;i Défense nationale.
à ses amis séparés de leurs familles. Les dépèches par pigeons, si incomplètes qu'elles fussent, étaient un bien inexprimable nprès tant de jours de silence, et M. Taine put en faire passer quelques-unes.
Le plus dur de l'exil allait venir: l'ennemi avançait et Tours était menacé à son tour de l'envahissement; il était inutile d'y exposer des femmes et des enfants étrangers à la ville. M. Taine songea d'abord à se rendre à Nantes ou à Bordeaux ; des amis le décidèrent à aller jusqu'à Pau, dont le climat paraissait plus favorable aux vieillards et aux malades dont il avait la charge. Mais là, l'absence de nouvelles était une terrible épreuve ; on ne pouvait se lier à aucune information de source française : tous les journaux mentaient consciemment ou inconsciemment et les télégrammes officiels n'étaient guère plus sincères. A Tours, M. Taine avait eu communication des feuilles anglaises, grâce à la complaisance de MM. Sorel et Delaroche-Vernet ; dès que la Délégation fut installée à Bordeaux, ces messieurs lui envoyèrent fréquemment des numéros du Times et du DaiJy News. JI put donc suivre par la pensée, grâce à ces témoins sévères, mais véridif[ues, la lutte suprême où la France agonisait.
Il avait été encore assez gravement malade à son arrivée à Pau; malgré tout, il continuait le travail qu'il avait entrepris lorsqu'il avait renoncé à ses études sur l'Allemagne, c'est-à-dire la rédaction des Notes sur V Angleterre. Il s'agissait de donner une forme définitive aux petits cahiers «lans lescpiels il avait recueilli jour par jour toutes les impressions ressenties pendant ses différents voyages en Angleterre: M. Templier, son éditeur et son ami, avait été si charmé de ce premier jet qu'il proposait de les imprimer tels quels ; mais M. Taine était plus sévère pour lui-mèuie, il voulut leur donner une forme plus châtiée et aussi les mettre au point, car les premiers cahiers avaient déjà douze années de date. Les bibliothèques de Pau contenaient heureusement