‹ Sa vie et sa correspondance (volume 3)Chapitre 89 sur 136 · ÏM belle madame Dionis · texte numérisé non relu

ÏM belle madame Dionis

APRÈS LA GlERRE *210

jusqu'au bout. Tous les caractères vrais, les nobles d'un bon Ivpe moyen sans exagération, réels, les mauvais de même; Sainte-Austreberthe excellent (l'exposition, la partie avec M. de Mériolles, la longue conversation diploniati(|ue à détour pour avoir le fac-similé de la lettre, et en général tous les discours de Sainte-Austrebertbe; par la justesse, la sûreté du style, la force du raisonnement, le tact des insinuations, l'empire de soi, la bonne tenue et politesse des vernis, cet homme aurait pu figurer dans un congrès. C'est dommage qu'il soit resté un simple intrigant).

Vous connaissez mon objection, elle porte sur ce qui. à mon sens, est une lacune. Posez toujours que je suis par métier un amateur de psychologie, et que pour moi le principal intérêt ce sont les caractères et leur relief. Par suite : 1" il me semble que tous vos portraits, si sains, si justes de dessin, si bien emmanchés, n'ont pas la dernière couche, les glacis, le travail final du pinceau; par exemple vous donnez de Sainte-Austrel)erthe tout l'essentiel moral et intellectuel; mais l'accent, le geste, le détail du mouvement et de la physionomie, le travail vague et latent de la pensée, la dernière fleur de la vie, ce qui fait que le type reste fixé et complet dans la mémoire du spectateur, vous avez l'air de l'omettre ou de le dédaigner; Balzac le cherchait avec excès, mais c'était pour « ajouter un nouvel individu à l'État civil», par exemple Henri de Marsay ou Maxime de Trailles; 2" le relief ou, si vous le voulez, l'outrance manque un peu; et niénie, j'ose dire que la réalité le

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fournit djnantaae. l'.ir exemple M. Janvier de la Motte* »Mait plus complet encore que M. de (.heylus; rappelezvous sa scène avec les pompiers de l'Eure ; mais j'imagine que devant une réalité si forte vous avez craint, en copiant simplement, de paraître charger. De même Marthe; à la deuxième scène (avec son père) elle est troublée, petite fdle ; la première (avec IMiilippei indiquait un caractère plus fort. Le relief ne me parait pas non plus suffisant pour M. Dionis, Mme Ilionis, Philippe Mériolles. Vous ne voulez peindre que par les faits, actions, discours des personnages; à mon sens un romancier a le (h^oit (rintervenir davantage, de raconter et d'exposer longuement les agitations du dedans, la filiation d'un sentiment ou d'une idée. — Permettezmoi de vous citer des personnages analogues de Balzac : Paul de Manerville. Mme Graslin. M. Graslin. — Vous avez une très belle scène, la course le soir (fin du 2'' volume), l'entrevue de Mme Dionis avec Mériolles, sa mort: c'est vrai et poignant. Mais tout le travail mental et moral antérieur, le dedans de Mme Dionis dans les mois qui précèdent, est absent. Somme toute, vous me paraissez entraîné par vos événements; une fois vos personnages posés et la situation marquée, l'œuvre se développe d'elle-même logiquement, très bien: ce qui vous empêche de vous arrêter sur l'individu, l'âme, le dedans, la psychologie; probablement, pour votre sens d'artiste, ce seraient là des excroissances, des boui-

1. Janvier de la Motte ;Eiigène), lS'2.'-18Ri, préPot du socoiid Empire, célèbre par sa verve et ses improvisation?.

AIMIÈS J.A (.1 El; HE 211

suiilluivs de la sève. Moi (jui ne suis pas ailisle, mais siiiipleiiieiit cuiieiix, amateur de zoulogie el physiologie liuuiaiue, luou goût me porte vers ces excroissauces, et je croirais voloutiers que j'ai tort.

Encore un mot; ce nouveau roman me sendjle su})él'ieur au Miracle, uiais je lui préfère le Blessé.

Je n"ai pas besoin de vous demauder excuse de mes libertés, je sais ({ue jai d'avance votre pardon.

A MADAME H. TAINE

Clu'iteiiyy, lô mai 187" J'ai porté les journaux à rinstiluleui'^ (jui est un liouuue lourd de loi'nie, mais instruit à ce (|u'il me semble, botaniste, etc; il m"a conté des traits curieux de rAllemagne. Des docteurs allemands qui venaient le visiter avant la guerre s'étonnaient de trouver chez lui des enfanls qui savaient lire, écrire, mettre l'orthographe, calculer; ils étaient persuadés qu'en France il n'y avait pas d'instruction primaire. — In auli'e. oilicier, envoyé par le Cercle des ofliciers de Munich, était slupél'ait de voii'à Sainte-Odile une grande foule alsacienne (jni riait, cbantait, causait librement: on était persuadé là-bas qu'ils gémissaient sous l'oppression des Welches; il déclarait (ju'il n'oserait rapporter exactement ce qu'il

1. lu Alïjacicu (|Lii veiuiil d'OU'O iioiiiinc à Cliàlciiay. •

avait vu, que cliez lui un le Iraileiait de iiieiiteui' et de

vendu, etc.

J'ai lu Scribe; les gens qui se plaisaient a ses pièces étaient plus faciles à amuser que nous. Mais ils étaient gais; le vaudeville est le dernier débris du badinage français, il n'y en a plus; l'avenir politique et linancier nous en ôtera les derniers restes.

J'ai vu en chemin de fer M. Beslay*. 11 paraît (ju'aujourd'hui M. Tliiers se résigne à M. Bulfet comme président de la Chambre-; du reste gâchis parfait; on a réuni ÔOO signatures, dit-on, pour interpeller le gouvernement sur la situation intérieure''. Ileslay croit (juil est encore possible de sauver le régime parlementaiie. Moi je crois que c'est fini ; nous marchons ou plutôt nous roulons plus ou moins vite dans la démagogie, de là à la dictature militaire ; le prince impéri;d reviendra avec son escouade de gens à tout faire.

Le jardin ici est charmant, d'une fraîcheur admirable, tout fleuri, lilas. polownias, aibres de Judée, faux ébéniers. boules de neige, épines roses, blanches, etc. Le frêne en face du banc du fond est un innnense bouquet d'un blanc verdàtre délicat, avec un parfum de tilleul connue un bouquet de mariée. — Je ne suis pas très irai: je suis obliiié de recommencer mon tiavail anté-

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