I.a l'iL'che, ii' uiiùi ISii.") Mm cher Maître
M. Charles Uobin, l'anatomiste, croit avoir besoin d'une lettre de moi pour vous être présenté, connue s'il avait besoin de quelqu'un pour être présenté à (pielqu'un, comme si tout le monde, et vous le premier entre tous, vous ne connaissiez pas ses grands travaux micrographi({ues, et surtout sa méthode originale, la logique et la portée de ses vues biologiques. Les physiologistes et les anatomistes sont nos maîtres à tous, et la critique morale a pour point de départ la critique physique. Vous, ancien interne, vous l'avez prouvé mieux que personne. Jetez les yeux sur son cours jiublié cette année d;uis le journal de (ieinier Ijaillére, et vous veri'ez (juc, pour chercher des modèles d'investigation raisonnée et de classiilcation méthodique, c'est là que tout histoi'ien de l'âme doit puisej'. Comme Claude Bernard, il dépasse sa spécialité, et c'est chez des spécialistes comme ceux-là que la malheureuse philosophie, livi'ée aux mains gantées et [)arfumées d'eau bénite, va trouver des mai'is capables de lui faii'e encore des
AiNNÉES 1864-1866 321
enfants, opération inusitt'o et scandaleuse en Fiance. VjU ce moment, cet indécent maii qui depuis vingt ans fait iu petto des enfants à sa femme, voudrait l'épouser publiquement, officiellement, académiquement, bref, pour paiiei" sans métapbore, entrer à l'Académie des sciences. MM. .Milne-Kdwards et de Uuatrefages le trouvent trop parent de M. IJttré et tachent de mettre à sa place M. Lacaze, un homme de leur bord. On lui objecte qu'il est professeur à la Faculté de médecine, et qu'on le nommera à la prochaine vacance de la section de médecine. On oublie qu'il a travaillé toute sa vie dans l'anatomie et la physiologie générale. Claude Bernard et Joseph Bertrand sont ses champions, et peutêtre pourraient savoir si la princesse veut bien dire un mot dans les élections académiques. Vous êtes plus à même que personne de juger ce qui est opportun et possible. Mais voici encore un de ces cas sensibles qui nous touchent au vif. Un honmie supérieur dans sa spécialité, un anatomisle qui est en anatomie ce que Littré est en philologie, attaqué parce qu'il porte dans sa science des vues philosophiques et qu'il n'a pas trouvé la petite monade appelée âme, dans un recoin de la substance grise! Qui nous délivrera des Kpigones, fils d'Epigones, dont la Sorbonne, le Collège de France, les Académies et les salons sont sanctifiés! Ce sera vous, j'espère; pour cela ménagez-vous, et gardezmoi pour mon retour de tournée ce sourire auquel vous nous avez habitués chez Masnv.
H. lAl.Nh. — LURiitsl'U.MJANLt. Il
7j2-2 CORRESPONHAKCC
A EDOUARD DE SUCKAL"
Paris, 27 novembre 18(55
Depuis que tu m'as quitté, j'ai travaillé d'arrachepied. Je viens justement de finir mon second article qui est trop long, et encore j'ai écourté plusieurs passages. Florence est un monde, ce qu'on peut voir en quinze jours est surpionaiil. Je v;iis maintement préparer mon cours, mettre à jour ma correspondance, Unir l'article Graindorge' que tu as vu commencé et faire un autre article - sur un romancier du premier mérite, Hector Malot, peu connu, et qui a tant de talent que, sans le connaître, je veux, si je puis, lui rendre service.
Prévost va bien, sa figure est florissante, je l'ai vu. About est à Paris, je vais tâcher de lavoir à dîner ou à déjeuner. Renan publie le lo décembre ses Apôtres.
Lis dans la Revue contemporaine une série d'articles de Sainte-Beuve sur Proudlioir, du plus grand intérêt, avec toutes sortes de lettres iiiétiites, etc. Sainte-Beuve n'a rien fait de luieux.
J'ai trouvé un docteur allemand fort aimable et fort instruit qui traduit ma Philosophie de l'Art. On vient
\. Un tête à tête, paru dans la Vie pari.'^iennc du 9 décembre