Kleisl (llriii-i de). I777-1S11, uuleiir diaiiiatique
l'eau, sur lesquelles parfois il jette une grosse pincée
de poivre.
5 mai
Une idée d'Hillebrand qui s'accorde avec la note précédente.
Pas d'écrivain, en Allemagne, comme Scribe, Paul de Kock, Pigault-Lehrun ou About {le Cas de M. Guérin, etc.), qui songe seulement à amuser, à faire passer une heure agréable ; or, c'est là tout l'emploi des simples talents, de la plupart des écrivains. — Le moindre littérateur ou romancier allemand a la prétention de mettre en scène, comme Gœthe, de grandes idées philosophiques, des vues sur la nature, l'humanité, la société, Dieu, la morale, etc. De là, enmii profond, quantité d'œuvres manquécs, l'homme étant insuftisant; c'est vouloir faire tenir le monde dans une bouteille.
Articles excellents dans Hennés^ l'un de Mommsen sur Clusius, document comnmn de Tacite (Histoire) et de Plutarque, pour la vie d'Othon et de Vitellius.
Voilà de la vraie philologie, exigeant avec une érudition minutieuse la sagacité, la finesse littéraire au plus haut degré. • — Il s'agit d'estimer la valeur d'un historien, au lieu de l'admettre en bloc; on mesure son autorité, on remonte à ses sources, on devine délicatement l'auteur original d'après les concordances de deux récits transmis, puis on déduit de là la méthode de
i. Revue allemande.
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riiistorion, ses omissions, ses additions, son goûl pdiir la couleur, ses faililesses de dessin (Tacilc), son insliuctioQ et sa passion dirigoantc. — Voyez Lacliman et Niebuhr indiquant les sources de Tilc-f.ive on refaisant les légendes poéti(|nes dont il s'est servi. Voyez tout le travail sur la composition et la rédaction des Évangiles. — 11 y a là une science entière inconnue en France, tous les auteurs de l'antiquité grecque et latine sont à étudier mot à mot, il faut que le critique voie ses auteurs écrivant, et que pour cela il ait suivi tout le travail préalable de leur pensée. Un livre est un produit, on ne le comprend qu'en assistant mentalement à sa production; c'est comme un lac final : cpiels sont les ruisseaux et les sources qui y ont versé lems eaux?
Un esprit complet peut s'employer à cela, se proposer pour but la connaissance détaillée et systématique, la représentation mentale de l'antiquité latine, partant étudier les inscriptions, les médailles, l'architecture, le droit, par suite se livrer aux monographies, étudier comme Monmisen (dans le même cahier) les Prefecii frumenti dandi ou tel mauvais [)oème latin à cenlons virgiliens, découvert d'hier et du iv" siècle. Freytag a bien dépeint ce genre de vie et d'esprit dans le professeur Werner {Die verlorene Handschrift).
Nous faisons quelque chose d'analogue, mais à un point de vue spécial, tout littéraire. Par exemple, comparant les dieux dans Virgile et dans Homère, nous montrons que ceux de Virgile sont des Livies, des
H. TAINE. — CORnESPOXDANCE. H. 2i
Auuuslos, de grands seigneurs romains, des allVancliis
respectueux et pourtant haut placés.
10 mai Heltnerx Litlcrnfxr Geschichte.
Ce n'est pas là une histoire de la littérature au sens où nous prenons ce mot. — C'est une histoire des idées qui ont pour ohjet l'homme moral, qu'elles soient exprimées par le théâtre, la poésie lyrique, l'épopée, le roman, ou par la philosophie, la théologie, la science du droit, de l'éducation, par l'histoire, la théorie polilique. — Seulement la partie technique et spéciale de ces dernières sciences est laissée de côté.
Cela fait un ensemble; on pourrait l'intituler : Histoire des sciences morales en tant que revêtant une expression générale et accessible à tous.
Un pareil sens du mot littérature est tout à fait allemand ; chez nous le mot désigne d'abord le talent ; par talent littéraire nous entendons l'art de faire voir au lecteur des sentiments, ou, pour parler tout à fait exactement, de provoquer en lui des sensations, des sentiments semblables à ceux de l'auteur.
C'est là le style : avoir une âme fine et passionnée, capable d'ironie, d'enthousiasme, de haine, d'admiration, passer en une page par vingt nuances d'émotion, mettre cinquante intonations différentes dans cinquante phrases successives, et transporter exactement cette série d'états dans le lecteur, voilà le talent ou le génie. Quiconque peut faire cela est écrivain, qu'il soit
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biographe, poètft, romancier, orateur, philosophe, etc.
Pour moi, l'histoire (rime litti'r.iliire est l'hisloire des éci'itsoù ce talent se montre, l'explicatinn complèle de ces écrits par le portrait et la hiograpiiie individuelle de l'auteur, par la peinture des mœurs et du temps.
Tous les autres écrits sont non avenus, et ne servent que d'arrière-plans. — Ce que les Allemands appellent la forme est pour moi l'essentiel. — Pas l'ombre de talent ni de style, dans tous les écrivains dont je viens de lire des extraits et l'histoire; on bâille et puis on bâille. C'est raisonnable, instructif, savant, honnête, mais rien de plus.
Tout est acquis et voulu chez un Allemand. Voyez les efforts de Lessing, de Winckelmann pour créer la théorie, puis par contre-coup la pratique, l'un dans le théâtre, l'autre dans l'art. Voyez les anacréontistes, les gottschediens', Gœtlie et Schiller eux-mêmes.
Ils se disent : « Nous ne sommes pas cultivés, cultivons-nous : créons chez nous des artistes, des écrivains, des poètes, un état unitaire, etc. » — Et avec des réflexions et des systèmes infinis, ils opèrent dans ce sens, parfois avec succès, mais sans fruit suffisant quand il s'agit d'art et d'artistes. On ne fait pas pousser
1. Disciples de Go/lsched (Christian), critique et professeur allemand (1700-1700).
des oranges sur une terre bonne pour des sapins.... Voyez les Anglais aujourd'hui avec leurs efforts pour faire des peintres (Ruskin et les exhibitions, sociétés, etc.), ils prennent la peinture à rebrousse-poil.
Encore les Anglais ont-ils le bon sens de s'abstenir sur certains points; ils ne songent pas à déplorer le \ide de leur théâtre.
L'Allemand se dit : « Je veux un théâtre, j'en aurai un. )) — Le vice de toute notre renaissance du xix*^ siècle a été aussi de vouloir créer de parti pris des choses qui ne peuvent naître que spontanément.
Partir de ceci : l'Allemand est une tète raisonnante, réfléchissante, ayant le goût de Tabstraction, du système, de la science, des livres, et d'après ses convictions élaborées, dirigeant sa vie. — On ne fait pas des artistes avec ces données-là.
Il y a quelque chose de parfaitement ridicule dans l'histoire de toute cette littérature, c'est comme un contre-sens continu : fabriquer un art au moyen d'une esthétique préconçue.
Lu le journal philosophique de Fichte et Ulrici. Zur Logischen Frage.
C'est la même faute et la même direction générale qu'en littérature. Ils connnencent par la théorie : que doit être la science absolue? Partant de là, ils la construisent. Il faut faire une découverte, une étude de détail ; Fichte, Hegel, Schelling, Schopenhauer, Hartmann, commettent tous la môme erreur.
ANNÉE 1870 7ilZ
Le principe de leur logique et de hîiir métaphysique est depuis soixante ans ceci : Faire la science de la science, chercher comment doit être la nature pour que l'esprit puisse connaître.
Il v.iiil beaucoup mieux chercher avec Sluart Mill comment l'esprit humain connaît, prcndie comme exemples telles sciences et portions de sciences faites et détînitives, puis là-dessus généraliser. Ils l'ont le contraire; tonjours la charrue avant les hœufs.
Si je veux raisonner sur la pensée et la connaissance, je dois d'abord étudier des pensées et des connaissances, admettre (luCii l'ail nous connaissons telles et telles (choses. — Impossibled'examiner « priori si nous pouvons connaître. Le mot connaiire ne signilie rien pour moi, tant que je n'ai pas observé, comparé des connaissances. Le fait seul, le tout petit fait bien net, fournit les idées générales.
Il est certain (jue par cette méthode je n'arriverai pas à la preuve absolue. Je n'aurai que des concordances, mais c'est tout ce que je puis avoir.
Étudier la méthode d'abord est une sottise. — Pratiquez et de votre pratique extrayez des règles. — Nous avons fait la même faute, et d'après leur exemple, en philosophie.
Voyez Joulfroy et Cousin et h'urs leçons préalables sur la méthode. C'est une poétique avant la poésie, comme les préfaces de Victor Hugo.
Ce qu'on ;i])pelle le talent original, ce n'est pas seu-
lement une manière d'être agréable; c'est une méthode pour penser et imaginer, méthode que l'auteur ne pourrait pas toujours expliquer, qu'il pratique iuvolontairement et qui prèle tout son prix aux idées qu'il exprime. C'est cette méthode, ce procédé inné, qui lait tout le mérite d'un grand orateur, dramatiste, etc., de Macaulay, de Shakespeare, de Courier, de Balzac, de Flaubert, de Mérimée, etc.
En l'étudiant, on voit à nu les grands procédés de la logique et de la psychologie.