‹ Sa vie et sa correspondanceChapitre 125 sur 141 · PRÉFACE DE L ÉTUDE SUR STUART MILL · texte numérisé non relu

PRÉFACE DE L ÉTUDE SUR STUART MILL

Lorsque cette étude parut pour la première fois, M. Stuart Mil! me fit l'honueiir de nrécrire « qu'on ne pouvait donner en peu de pages une idée plus exacte et plus complète du contenu de son livre, connue corps de doctrine pliilosophique. Seulement, ajoutait-il, je crois que vous vous trompez en regardant ce point de vue comme particulièrement anglais. Il le fut dans la première moitié du xvni" siècle, à partir de Locke, et jns{[u'à la réaction contre IJume. Cette réaction, commencée en Kcosse, a revêtu depuis longtemps la forme germanique, et a lini par tout envahir. Quand j'ai écrit mon livre, j'étais à peu près seul de mon opinion et, bien (pie ma manière de voir ait trouvé un degré de sympathie auquel je ne m'attendais nullement, on compte encore en Angleterre vingt [thilosophes a priori et spiritualistes, contre chaque partisan de la doctrine de l'expérience ».

Cette remarque est fort juste ; moi-même j'avais pu la faire, ayant été élevé dans la philosophie écossaise et parmi les livres de Reid. Ma seule réponse est qu'il y a des philosophes qui ne comptent pas, et ((ue tous ceiix-là, Anglais ou non, spiritualistes ou non, on peut les négliger

1. Cette préface est placée en tète du petit volume paru en 1804 chez Germer lîaillère sous ce titre : Le J'ositiri.sitie anglais, étude sur Slnart Mill. Elle a dis])aru lorsque l'étude a été incorporée dans le dernier volume de Vllistoire de ta Lillératine anglaise. Nous donnons à la suite la lettre complèle de Stuart Mill, d'où est tirée la citation ci-dessus; celte lettre avait été adress-ée à M. Taine en 1861, quand les articles parurent pour la première fois dans la lieviic des Deiijr Mondes.

sans granil donimage. Tous les demi-siècles, et plus ordinairement tous les siècles ou tous les deux siècles, paraît un homme qui pense : Bacon et Hume en Angleterre, Descartes et Condillac en P'rance, Haut et Hegel en Allemagne ; le reste du temps la scène reste vide, et des hommes ordinaires viennent la remplir, offrant au public ce que le public désire, sensualistes ou idéalistes, selon la direction du temps, suflisamment instruits et habiles pour tenir le premier rôle, capables de rajeunir les vieux airs, exercés dans le répertoire, mais dépourvus de l'invention véritable, simples exécutants qui succèdent aux compositeurs. p]n ce moment, la scène est vide en Europe. Les Allemands transcrivent ou transposent le vieux matérialisme français; les Français, par habitude et dans une demi-somnolence, écoutent avec un air un peu ennuyé et distrait les morceaux de bravoure, les belles phrases éloquentes que l'enseignement public leur répète depuis trente ans. Dans ce grand silence, et parmi ces comparses monotones, voici un maître qui s'avance et qui parle. On n'a rien vu de semblable depuis Hegel.

Janvier 1864.

John Stuart Mill à H. Taine.

Blackheath Park, Kent, le 15 mars 18G1 Monsieur*, Quoique je n'aie jusqu'à présent l'honneur de vous connaître que par vos écrits, vous ne trouverez, j'espère, pas déplacé que je vous exprime la très grande satisfaction personnelle, aussi bien qu'admiration désintéressée, que

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