Cette lettre est écrite en français
m'a l'ait opronvrr It^ coinpic <iiif' vous avt^z liitii voulu iciidn- (If mon systèmo de logi(HH' dans la Revue des Deux Mondes. On ne saurait donner, en pen de pa^jes, une idt'-e pins exacte et plus (•ompli'lt' du ctinienii de re livre, connue corps de doclriiu* philoso[)lii(pie. J'ajoute qu'il était impossible de présenter aux lecteurs français cet ensemble d'opinions, de manière à lui attirer davantage leur attention, et c'est ce qui importe le plus à un penseur.
Quant à la critique f[iie vous avez laite du point de vue psycholojii(iU(' qui caractérise l'ouvrage, il ne m'appartient point de la juger. Seulement je crois que vous vous trompez en regardant ce point de vue comme particulièrement anglais. Il le fut dans la première moitié du xviu" siècle, à partir de Locke, et jusqu'à la réaction contre Hume. Cette réaction, coumicncée en Ecosse, a revêtu de|tuis longtemps la foiiiie gcrmaniipu:;, et a fini par fout euvabir. (Junnd j'ai écrit mou livre, j'étais à peu près seul de mou opinion; et bien que ma manière de voir ait trouvé un degré de sympalliie auquel je ne m'attendais nullement, on compte encore en Angleterre vingt philosophes a priori et spiritualistes (Outre cliacpie partisan de la doctrine de l'expérience. Pendant toute la dinée de notre réaction de soixante-dix ans, ou a regardé ici la philosophie de l'expérience comme française, de même que vous la qualifiez d'anglaise. A mon avis, on s'est trompé de part et d'autre. Les deux systèmes se suivent pai' la loi des réactions dans toutes les parties du monde. Kn elTet, l'Allemagne se tourne aujourd'hui vers la doctrine a posteriori. Seulement les dilTérents pays ne coïncident exactement ni dans les révolutions ni dans les contrerévolutions.
Veuillez agréer, monsieur, l'expression de mon véritable respect et de ma considération la plus distinguée.
J. S. MiLL.