‹ Sa vie et sa correspondanceChapitre 8 sur 141 · Voir [I. !'.>, lellre du 21 hkiI lS.')i · texte numérisé non relu

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an.m;i:s is.m-in.m 5

llaclirllc lui oiiviiicnl IViilif'i' de la Itcriic de rinslrnclion publique. — Le iii;iuv;iis t'l;il de sa saiiU' dura loiil rjiivoide 185i; au priiilciiips. li- doclenr Guéneau de Mussv, roxcellenf inédecin de rKcole iiomialo resté son ami, lui conseilla vivemcni d'aller passer ses vacanres à Sainl- Sauveiir, pour snij^uer sa K^'n^ malade. I.a di'pense é(ai( lourde el l'avis dil'lieile à suivre; heureuseiiienl, M. Louis Hachette, sur le conseil de M.Jules Siuiou (pii avait entendu parler de ce iirojcl de voyage, voulut bien confier à Ilippolyle Taille la n'daction d'un pelit (iuidc aux Eaux des Pyrénées, (le lut le dt'hiil îles rclalions de M. Taino avec la librairie llacheKe, relalioiis pleines (l'aU'eclion et d'estime réciproque, (|ui ne l'uienl rompues (pic par la mort. — Au retour, quand M. llachelle lut le manuscrit de M. Taine, il trouva le mol a (iuide » ti'op modeste pour une œuvre aussi lilléraire, et la |iremicre édition parut an mois d'avril IH'u) sons le iiti'c de VoijtKjr (ui.r Kuu.v des Vijrénées^.

Au commencement de IS.'ii, M. Taine présentait son Esnai sur THe-Live ini concours de l'Académie Française; M. Guizot s'en était t'ait le parrain avec sa hienveillancc habituelle, et avait intéressé à la cause du jeune écrivain un certain nombre de ses amis de l'AcadiMuie-. — Cette fois encore l'inconteslable talent de l'auteur ne put triompher des méfiances (|u'iiisi)iraient sa méthode et ses doctrines, et il devait être de nouveau d(''çu dans ses espérances : le prix ne l'ut pas décerné, el le concours fut rq^orté à l'année suivante. Le rapport du secrétaire perpétuel, M. Villemain, contenait cette mention :

« L'Académie avait proposé pour sujet d'im \)vi\ à dé-

1. La i" cdit. iii-10 1S58), rd'onduc et l'ccrile presque en eiilier. ]iorle cdinnio les suivnntc^s le tilre de Voijar/e aux Pyrénées. — l'.ii décembre 18.")'J panil la T)" édil., iii-8", illuslrée par Gustave Doré.

'2. Voir p. h'.), k'ilrc ilii 7 julu \Kii.

<■' i.:»i;iii:si'(iMiANci';

ccniei' ou IS.M une (HikIc, criliciuc sur le ^éuic de Tilc-I.ivc Kilo u'a (iislinj^iii- (|iio lo uiéuioiro don! rôpim'aplio olail : lu lii.sIniKi oralor, ;ui(|U('l il a iiian(|ii(\ pdiu- iiMTilcr li' |iii\, uu jiou (ronlliousiasuic cliairMiiMix \n)\i\- riiishuifu ilonl il s'agissail ilo fairo ressorlir la valeur. )>

On trouvera roti-afM'GS dans les letlres ({ui suiveul ' les |)éri|»élies do eello lutt(^ académique, les lu'silali(Uis de M. Taine lorsqu'il s'agit de reloudre sou ouvraLîc, el enfin le sue<'ès final qui, eu lSr>r), couroniui son travail.

A i\t. coiîXETjs hv. wrri'

l'aiis, 2i jnillel I8.T.

iMon clier de Will, les lauriers de Miltiado iio ine laissent plus duruiir. Ol illustre Athénien- est persuadé, j'espère, du plaisir (pu' m'a l'ail sa victoire, el lu nie l'avais lait prévoir en nie montrant une |)age de son manuscrit. Pour moi, mon ami, j'ai lu une ciiKjuanlaine de volumes, plus les quinze cent soixante-dix-sept pages de Tile-lJve, j'ai mi paquet de notes, mou plan fait, et demain je commence à ])ondre mon œuf; cela durera six semaines ou deux mois, j'imagine. Par excès (!(> vertu, j'y emploie mes vacanc(>s; ce sera le moyeu de ne pas avoir h; spleen, el de livrer en octobre à la racullé de médecine un cœur libre et dégagé de toute

1. Voir p. .'■iO et suiviintes les lellres des 5, 7 el iOjiiiii 18.Vk

2. M. Guillaume (luizol, licau-frcrc de M. do Witt, donl lelude SIM' Méniindre veiinil (rètre (•(uireniiéc piir l'Académie l'r.niçaise.

\nm;i:s is.v-.|,s:,i 7

prt'()ccu|i;ili(Ui liniiiaiiu'; cir je coiiiiilc bien liiibiler encore Ijih [irorli.iiii |t;iniii les pl.'idcs du (|u;irli('r Ijiitin; mon cher et excellent métlccin, à qui j';»i oH'ert ma thèse, me gratifiera en échange d'une petite provi- ;<ioii nouvelle de tubercules pulmonaires, dûment cerliliés sur papier-iiiinislre. qui (Iduiieront à ton vieux camai'ade le droil el le jilaisir de causer avec loi lout l'hiver.

Voici mou Tite-Live en abrégé. Trois parlies : I" biogra|)lue de Tite-Live. et son temps (il reste deux phrases et demie sur son com|>te, et le coquin ne dit pas un mot de lui-mèm(i dans ses 1500 pages); 'J" l'histoire considérée conmu' une science : au poini de vue de la vérilé des faits (Tite-Live, [Jeaufoi't, Nieljuhr), au point de vue des généralisations (Tite-Live, Machiavel, Montesquieu); 5" l'histoire considérée comme un art : caractéi'es des nations el des individus — narrations et discours ■ — style el langue. C'est exactement le plan du progranune.

La difficulté pour moi, dans une recherche, est de trouver un trait caractéiistique et dominant duquel lout peut se déduire géométricpiement, en un mol d'avoir la l'oiinule de la chose. Il me sembb» ([ue celle de Tite-Live est la suivante : un onilnir (pii se fait historien. Tous ses défauts, toutes ses (lualilés, l'influence qu'a sur lui son éducation, sa vie, le génie de sa nation, de son époque, son caractère, sa famille, tout se rapporte à cela. C'est un orateur fiiit pour la vie publique qui, au moment où la vie publique est con-

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lis(iii('r. so rt'jotle dans le passé cl Ir plaide, à délaul du présent, l'récisénienl [laree qu'à ce moment l'élo- (|uence cesse et n'est plus pratiquée (jue dans les Kcoles. elle devient une rhétorique; et l'éloquence de Tile-Live incline à la ihétorique. A titre d'orateur, il manque de cette curiosité philosophique, de ce hesoin du vrai ahsolu et des généralisations vastes; il est plus pratique, d'un esprit plus moyen, mieux é(|uilihré, il va au hul, à la morale, il donne des leçons de vertu. Il ne s'occupe pas de connaître les vraies origines, les vieilles mœurs; il prend l;t plus helle tradition, et la développe avec majesté. A titre d'orateur encore, il n'est pas artiste dans le sens propre du mot. Il ne cherche pas à reconstruire des caractères, à voir le laid et le heau d'une nation ou d'un personnage, à saisir les particularités expressives ou caractéristiques, à peindre pour peindre, à laisser des ligures et des traits arrêtés dans l'imagination du lecteur. Il ne songe qu'à plaider, à démontrer le courage de telle armée, la prudence d(^ tel général. On le croirait toujours au Tribunal ou au Forum. Il connaît en habile orateur les grandes passions humaines, et les fait agir d'une grande manière, avec le souffle d'un Romain et le talent d'un Cirec; son histoire est pleine de mouvement et d'intérêt, et il a admirablement i-aconté les agitations de la place publique et les luttes des orateurs et des partis. Mais il n'a connu ces passions que d'une manière générale; il les représente paieilles dans Ronmlus et dans l'aul- Émile; il connaît l'homme et non les hommes, il est

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psycliologuc plus (jii'liisloiicii. Il ;i la |)lus yiainli' ressemblance avec nos deux auteurs dramatiques du xvu'' siècle; il est noble, régulier, raisonneur, analyste conmie eux, mais comme eux il développe et raisonne toujonis; il n'a pas ci'llr inégalité, cette vivacité de l'iinaginalion vraie. En un mot, c'est un esprit moyen entre la perCeelion et les grands défauts, mais sérieux, élevé, honnête, élorpienl, et souvent grandiose, quand il songe à cette immense Rome qu'il voit autour de lui et à l'Univers conquis. (]c n'est ni Thucydide, ni César, ni Tacit(i, mais c'est plus que l'olybe, Xénophon et Salluste.

Je m'aperçois que je m'oublie et que je l'oublie. (Test mon trop plein qui dégorge, et je n'ai rien dit encore. Sois tran([uille, je n'ai plus de papier et je l'épargne. In dernier service pourtant : on m'a donné diverses versions sur la manière de corriger. Les uns disent que c'est une commission, les autres toute l'Académi(>. Tu comprends quelle importance cela aurait, M. Guillaume, couronné dans le sérail, en connaît les détours. Peux-tu par lui ou autrement me donner un mot de renseignement là-dessus? Merci de ton aimable et trop flatteuse lettre, quoique tu m'y ajjpelles serpent, < et (pie tu parles de mon fiel. Hélas! mon cher, on dormirait en l'iance, si on ne médisait pas; et La Fontaine étaitdedangereuse compagnie. Tile-Live m'ôtera le venin. La lettre de M. Guizot est bien encourageante, c'était déjà beaucoup d'avoir lu ma bluette'; c'est plus encore

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