‹ Sa vie et sa correspondanceChapitre 83 sur 141 · lAINK. COIlUESI'CIMUMi · texte numérisé non relu

lAINK. COIlUESI'CIMUMi

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générales, lesquelles nous apparaissent i-oninie piirliciiliéres. C'est là la propre doctrine de Spinosa. J'ai dit expressément dans Stnarf Mill que nous n'apercevions les choses qu'à Voivcrs.

Fareillemenl je me suis tout à fait sépaiv de Conile, qui nie la possibilité de la métaphysique, .l'ai dit également dans Sfuart Mill que Hegel était, de tous les philosophes, celui qui s'est le plus rapproché de la vérité. Mais les spiritualistes veulent toujours avoir une raison, une intuition sublime séparée de toutes les facultés; et ils voient dans les choses une substance, une force, un arrière-fond tout à fait séparé, distinct des faits, ce qui est parfaitement faux.

Il y a eu un bon article sur Schopenhauer dans la Revue germanique : il développe l'idée de la force qui a la volonté pour type. C'est du Maine de Biran arrangé à la Ficlile. 11 est plus simple d'analyser la force, et de montrer que ce n'est pas un Être, mais une phrase abréviative, qu'il n'y a que des relations d'abstraits.

Avant de sauter hors de l'Université, réfléchis qu'une fois professeur de Faculté tu auras 5000 francs pour deux leçons d'une heure pendant neuf mois, et tout le l'cste de ion tenq^s |iour lire ou écriiv, tandis qu'écrivain à Paris tu deviens pur cheval de fiacre. Mais nous causerons, n'est-ce pas, mon bon vieux?

Je vais peut-être me brouiller avec Buloz, qui de})uis cinq mois ne m'imprime pas.

AN.NÉKS ISIHI-ISGÔ -2M

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IK lévrier iHVd

Mil (V)rnie d'csiii'il est française et latine : classer les idées l'n files régulières avec progression à la façon des naturalistes, selon les règles des idéologues, bref oraloireniciit.

Je me souviens tiès bien qu'à dix ou onze ans, chez ma grand'nière, dans l'airière-clianibre humide de Rethel, je lisais avec intérêt une discussion de je ne sais j)lus (|iii, sur le Partidi^i perdu de Millon. (l'était un criti(|ue du win"^ siècle, qui démontrait, réfutait, en |)artant de principes.

\jIIhloire de la Civilisdlion de M. (iuizot, les cours de .louffroy, m'ont donné la première grande sensation de plaisir littéraire, à cause des classifications progressives.

Le surplus vient de la philosophie : mon effort est d'atteindi'e l'essence, comme disent les Allemands, non de prime assaut, mais par une grande route unie, carrossable. Remplacer l'intuition (insight), l'abstraction subite ((ieist Vernimft), par l'analyse oratoire. Mais cette route est dui-e à creuser.

Depuis dix ans (24 à 34) (oui le couiaiit de ma réflexion et de mon éducation a tendu à transfojiner l'idée abstraite, sèche, en idée développée et vivante. C'est le passage de la formule à la vie ; il y avait un squelette qui a pris de la cliaii'.

De là, inconvénients et avantages.

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10 (iclobre ISOti

Peut-être me suis-je trompé, et siiis-je dans une mauvaise voie.

Il y a plusieurs raisons de croire cela, du moins en pai'tie.

Les critiques ont dit en général de moi : trop systéuialique, forcé. Ils l'ont dit même étant bienveillants; et il faut faire grande attenlion, accorder grande confiance à l'impression générale du public.

Je me suis épuisé la tête, je suis obligé de m'arrêler, de rester oisif plusieurs fois par an, parfois trois ou (juatre mois ; je suis resté deux ans entiei's incapable d'écrire et même de lire. Il me faut un effort énorme })our écrire, et au bout de deux heures, trois heures, ((uelquefois d'une heure, je suis oblige de quitter, je ne puis plus mettre deux idées ensemble. Probablement mon genre d'écrire est contraire à la nature, puisqu'il me fait tant de mal.

Plusieurs personnes, des amis, m'<Mil dit qu'il est fatigant, fendu, qu'on a de la peine à me lire. Assollanl me disait : « C'est du café trop concentré, trop fort, il est amer ». — Uu bien encore : a Tu as un tonneau de bon vin, tu en fais de l'eau-de-vie ».

J'ai beaucoup plus de peine à écrire, à aligner des faits ou des idées qu'autrefois. Par exemple, j'essaie en ce moment d'analyser le livre de Kœppen sur le bouddhisme, ce qui est im travail d'écolier, et c'est connue un poids énorme que je ne soulève (ju'avec efl'orl.

.\nm;i;s isco-iso.- -joi

OiiJiiid je iTic regarde iiilériciircrnciil, il iiu; si'iiihlc (|ii(' iiioii élat d'csiM'il a cliaiitié, que j'ai délruil on moi iiii lalciil, celui (1(> l'oraleiir el du rli('l(tricieii. Mes idres ne saliyiieni [)liis pai' (iles eonnne autrelois, j'ai des éclairs, des sensations véliémeiiles, des élans, des mois, des images; bref, mon élal d'esprit est bien jiliilôl celui d'un artiste ((uc d'[[\\ écrivain. Je lulle entre les deux tendances, celle d'aiilrefois et celle d'aujourd'hui. .Je tàclie, par principe, d'aligner les idées à la Macaulay, et en même Icnips je veux avoir l'imprc^ssion vive de Stendhal, des [loèles et des l'econsiructeurs. Cela fait que je cherche beaucoup; je ne trouve pas toujours; et ordinaiiement l'étal nécessaire, quand j'y arrive, ne dure qu'une lieure, une demi- heure; en tout cas il me tue. Piobablcmcnt j'ai voulu allier deux facultés inconciliables. Il faut clioisii', être artiste ou orateur.

Je crois que j'ai mis le doigt sur mon mal. En eiïcl, mon idée fondamentale a été qu'il faut l'eproduire l'émotion, la passion particulière à l'Iionnue qu'on décrit, et de plus poser un à un tous les degrés de la génération logique, bref le peindre à la façon des artistes et en même temps le construire à la façon des raisonneurs. L'idée est vraie; de plus, (piand on peut 1.1 mettre à exécution, elle produit des elfets puissants, je lui dois mon succès; mais elle démonte le cerveau, et il ne faut pas se détruire.

Si cela est vrai, il faut donc changer de style; grande entreprise; d'abord prendre du repos, beaucoup de

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repos, [luiri (•lieiclicr dniis les fiicullés qui nie resleiit

celles (jlle je puis luetlre ."i indlil.

Je liiiii'ui mon llisloire de la LUiéniiure anglaise en gardant la première méthode; je n'ai i)Uis que trois articles sur dix-hnit à préparer; d'ailleurs, il faut éviter les disparates. Mais l'ouvrage i.m je dois changer.

Qu'est-ce qui me reste"? Quel talent, quelle facilité?

Il me reste l'habitude de prendre les notes au courant di> la plurne. d'éci'ire mes impressions connue je fais en ce moment; j'ai |tlusieuis cahiei's de C(! génie sur la France, l'Angleterre. Planât, M. Templier, voudraient les imprimer tels quels. M. Templier a dit de moi : (( J'ai peur qu'il y change quelque chose; son vice est de trop piochei', il va les gâter ».

Je n'ai aucune peine à prendre ces notes; quand j'ai une impression, elle coule naturellement sur le papier, les mots viennent d'eux-mêmes. La difllculté commence pour moi quand je veux construire logiquement le système de mon idée et, de plus, éprouver en même temps l'espèce d'émotion convenable.

Ainsi il y a un genre littéraire de ce côté, exempt de fatigue, très bon en ce que les impressions, les idées y ont une fraîcheur, une sincérité extrêmes, c'est le genre de Stendhal et de ses notes. Le défaut c'est d'être décousu et obscur, de mal prouver, d'être ti'op abrégé, de ne jamais faire masse.

Pourrais-je à côté de cela i-eprendre en d'autres sujets le genre explicatif et oi'atoire simple, le talent du professeur et du vulgarisateur, l'art de démontrer

A.wÉKS isco-iscr, -n;:)

clairenitMil ol jiboiidaimm'iil avec dos rlassilic.itions l»ioii iialurcllcs et liicii Iraiicliées".' Voilà ce ({u'il l'aiidiait rctioiivcr pour le Journal des Débals et la Renie. Toule ma pirmirii' rdiicalion iiu' l'.isail ('iistM^rm''. ''I il '"^1 possible (|ii(' j(^ le rcliMHivc.

Il m(> soinl)l(> qiio ji^ puis inc (loi' à cot pxaiin'n dicoiisciciicc et pi'cndrc la r(''S(diilioii (pif voici : achever mes trois chapitres; remplacer eiisuile mrtii slyli' actuel par les notes courantes et par la classilication simple. Employer les notes courantes pour mon Angleterre contemporaine et la classification simple pour la f*^ycIiolo(iir et les Lois en histoire.

octohn- I8(>2

.r,ii hieii mi idéal en polili(pie et eu l'elii^ion; mais je le sais impossible eu Irance ; c'est pourquoi je ue puis avoir (|u'uue vie spéculative, point pratique.

Le protestantisme libre comme en Allemagne sous Schleiermacher, ou à peu près comme aujourd'hui en Angleterre. — Les libertés locales ou municipales comme aujourd'hui en Helgique, en Hollande, en Angleterre, aboutissant à une représentation centrale.

Mais le protestantime est contre la nature du Fiançais, et la vie politique locale est contre la cojistitulion de la propriété et de la société en France.

Rien à faire sinon à adoucir la centralisation excessive, à persuader au gouvernement, dans son propre intérêt, de laisser un peu parler, à amoindrir la vio-

•>{\i CdlilŒSI'd.NDANC.I'

loiice du calholicisiiio et do ranlifalholicisine, à vivoter avec des teinpéi-aments.

C'est ailleurs qu'il i'aut ])Oi"tci" ses forces : vers la science pure, vers le beau st\le. vers certaines parties (les arts, vers l'industrie élégante, vers la vie agréable l'I joliment mondaine, vers les grarules idées désintéressées et universelles, vers l'augmenl.ition du biiMiètre général.

A PllILAREïE CHASLKS

l'aris, '28 octolne ISlJ'i Cher Monsieur,

Je serai charmé d'être critiqué de votre main, je préviendrai M. Hacliette et M. de Sacy que vous voulez bien vous en charger.

Combattez-moi. Une discussion pareille est un honneur. Veuillez pourtant remarquer que ce volume' n'est (in'une E^tlieliiiuc. la iihiloS(»pbie pui'e est lout à fait à l'arrière-plan. Vous m'avez souvent reproché de nier le beau en mettant au même rang les fous et les grands hommes, les Chinois et Shakespeare. Mon livre répond, je crois, à celte objection ; je suis si loin de nier le beau que j'en donne la formule (p. 519) et tout l'ouvrage a pour but de prouver et d'expliquer cette formule. Seulement elle est large el admet toutes soi'Ies

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