CHAPITRE V
Voyage on Italie. — Echec de Vllisloirr de la Lillcfdluic un- (lhii.se présentée pour le pii\ Hoidin. — l'rolessoral à l'Ecole (les Beaux-Arts. — Arlicies de crilique. — La Philo-soplùc (h l'Ali. — Incident de Sainl-Cyr. — Travaux divers. — Publication des iSoiivcau.r Essais de critique cl (l'Iiisloirc, du Voijckic en Ualie et de la Philosophie (le l'arl en llalie. — Correspondance.
M. Taine venait d'achever une de ses œuvres maîtresses, l'Histoire (le la Littèralure aiujlaise; il ne lui restait pins à imprimer que le volume des Conteuiiiorains. Il résolut alors de s'accorder quelques mois de vacances, si l'on peut appeler ainsi son vovage d'étude en Italie, travail d'ordre dilférent, mais presque aussi absorbant que son labeur habituel; il le prépara fout d'abord par des lectures et des visites au Louvre et au Cabinet des Estampes. II feuilletait dans ses cartons la collection de gravures qu'il avait rassemblée avec tant de peine et d'amour depuis sa jeunesse et à hKptelleil avait consacré ses iiremières économies d'étudiant. Pendant ses longues périodes de souffrance et d'oisiveté forcée, il avait souvent rêve devant elle à ces nobles paysages d'Italie, cadres harmonieux de cette humanité classique qui avait été la grande nourricière de son esprit. Il allait enfin les contempler, et avec eux les chefs-d'œuvre artistiques dont il ne possé<lait <pie les |»àles images.
272 COIIRESPO.NDANCE
Il t'crivil encore avaiil de partir ses arlicles sur Steii(lli:il' el sur le Bouddhisme*, quitta Paris vers le 10 février, s'embarqua à Marseille pour Civita-Yecchia et arriva à Rome le 10. Le temps y était mauvais et les promenades peu engalieantos; connue il avait avant tout besoin de repos et de grand air, après deux ou troi> jours d'arrêt pendant lesquels il prit un premier apenju de la Ville Éteinelle, il partit pour -Naples où il devait trouver un climat plus doux. 11 y passa une dizaine de jours et revint à Rome par le Mont-Cassin ^. Ce fut pendant ce second séjour à Rome qu'il apprit la mort de Franz \N'œpke, le savant philologue allemand qui était devenu son ami el dont il prisait si haut l'intelligence et le caractère; il lui consacra dans les Débats^ quelques hgnes émues, et son voyage en fut très assombri. — Il resta celte fois un grand mois à Rome et s'achemina ensuite à travers rOmbrie vers Florence, Parme, Bologne, Padoue et Venise. — Les lettres qu'on trouvera plus loin et les deux volumes du Voyage nous dispensent de parler plus longuement de ces trois mois d'excursions et d'études : M. Taine rentra à Paris par le Simplon dans la première quinzaine de mai, muni d'une ample moisson d'impressions notées, connue de
1. Nourrlle [tenir de Pu ris, l" mars 1804. Stendhal, lloufje cl yoir. I,'arlicle. recuoilli dans la '!•' édilioa des Ks.tais de critique et d'histoire, disparut des éditions suivantes. 11 a été inséré de nouveau dans l'édition définitive des y'oitveau.r Essais.
"1. Journal des Débals. ." mars. Die Religion des Buddha. par M. Kœppen. I. Les Origines. — 4 mars. Id. II. Caractères du Bouddhisme. — 5 mars. Id. III. La Spéculation. — G mars. Id. IV. La Pratique. — Recueillis dans les Nouveau.v Essais de critique el d'histoire, sous le titre : le Bouddhisme, avec les mêmes soustilros que les arlicles.
~t. Voir p. 281, lettre du 7 mars.
4. Débats du 11 mai, Franz- Wœjil.e: l'ecueilli dans les .Vomveaux Essais de critique et d'histoire. Plus tard M. Taine rendit un nouvel hommage à la mémoire de son ami en lui dédiant Vhitelliqence.
AN.NKES IXC'f-lSCC. 'j-r,
coiiliimo, (l;iiis do potils cahiers ; il (lovait on Hier plus lard une parlio de ses ronrs do l'Kcole dos I5caux-Ails et lo Voijnge en llalie.
A peine do rolour, il ont lo df'piaisir di' voir refuser à VHistoire de la Litléraliire (inçilaisc le prix Bordin qu'il avait sollicité do l'Acadi-inio française; défondii p;ir MM. Gnizot et Sainlo-fîenve, vivoniont comltalln par M. do Falloiix et par Mgr Dnpaidoiip, II' livre lui rcpunssô' : colle luis conuno pour Tilc-Lirc l'AcaiN'inio, ne voulant pas le couronner, ne iii''cei iiail jkis le prix el le roporlail à l'aum'O suivante; mais M. Taino ne jugea pas à propos île se; sonmeltre à une nouvelle épreuve. Il eut du moins la satisfaction de voir son œuvre appréciée à sa juste valeur par des hommes de haute conipélencc comme Schérer, .Montcgut el surtout Sainte-Beuve dont les trois beaux articles - furent pour lui la moilleure des récompenses. — Il s'était lemis au travail, corrigeait lo d(>rnier volume de la LUlnalurc anfilaise, continuait les .Notes sur Paris qui paraissaient par fiagmonts dans la Vie parisienne, et donnait au Journal des Débais un arliclo sur le Cours de Philosophie positive d'Xugiisle Comle '\ — Interrompu par sa tourni'e d'examen de Saint-Cyr qui lui laissait à peine le loisir di' rédiger quelques pages pour lo journal de Marcelin, ce ne fut qu'à son retour à Paris, à la fin de septembre, qu'il commença à (oordonnor ses notes d'Italie; il s'entendit avec M. Buioz pour les publier dan.s la Revue des Deux Mondes, où elles parurent succcisivemonf du 1."> (h'cembro 1864 au 15 mars ISCt't.
H trouva bientôt une autre utilisation de ses éludes sur la poinliuo en Italie, en Belgique, eu Hollande et dans
1. Voir p. ."Or», leltre du 17 mai 18tii, et dans Sainte-Beuve, IS'ouveau.r Luinlis, lome VIII, la lin du i" article sur VHistoire de In Lillératurc fiiiglni.ir.
■2. Moitilcur du .'0 mai, (> et t.") juin li^ôi, cl iSourcouj Lundis. t. VIII. p. (i()-r)8. — Voir p. "107, lettre du 50 mai.
•". 6 Juillet. Non recueilli en volume.