‹ Sa vie et sa correspondanceChapitre 91 sur 141 · La première édition est in · texte numérisé non relu

La première édition est in

8. Le volume, édité d'abord par Germer Daillière, foime main-

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ment de novembre. On peut citer encore parmi les travaux de cette année des éludes sim' l'Iiilaiète (lliasles', sur La Bruyère-, sur (lliai'Ies Clémenl •" et sur les Voyafies en Espaçjne'* de Mme d'Aulnoy.

Libre de ces travaux et de ses examens, M. Taine put enfin à cette ("poipie reprendre le travail de pn'dileclion qu'il avait dû ajounu'r avec tant de regrets : rinicllu/encc, à laquelle il devait consacrei' [liiis de trois niiiK'cs, de 18t)7 à 1870.

A SA MliHE

Njiplcs. '21 février 18(14 ....Assez vilain temps à Rome, pluvieux et moite, ce qui gâte beaucoup le paysage. — Je t'assure que ce voyage est plutôt contre ma nature : il y a beaucoup de vide, de lassitude i)hysique et morale, de spleen. — Jusqu'ici c'est un pays de gueux sales et de flibustiers

lenaiU la seconde partie do la Philosophie de l'Art. Les leçons qui le composent avaient d'aimrd paru dans la Ucviie des cours lilléraires : — I, 15 janvier, le xvr siècle ilalien : Etal des esprits en Italie au coinmencement du xvi" siècle : — II. '20 mai : Philosophie de l'Arl en Italie.

1. Journal des Débats. 27 mai. l'hilare te f'Jiasles : FAudes con- Icmporaines. Non recueilli l'ii volume.

2. Id., ÔO octobre. Kitoiiard Foarnier : la Comédie de Jean de la Bruyère. Non recueilli.

5. /(/., 11 novend>re. ('.hurles CJéinenl : Mic/iel-An/jc, Léonard de ]'inci, Paphaél. Non recueilli.

i. Id. 16 et 18 novembre. Recueillis pour la première fois dans la 5" édition des Essais de Critique et d'histoire; celle élude fait partie maintenant de l'édition délinitive tics Derniers Essais.

•2Xi) (;or.UEsi'uM)AM;i;

lenacos; le soleil manquft et le soleil seul peul lépaier

tout cela.

.le suis resté un jour de plus à Rouie que je n'avais pensé, à cause dos passeports. Jai trouvé deux artistes pour qui j'avais des lettres de recommandation, M. Bellay et M. Coquard ; le premier m'a fait les honneurs de Rome. J'en ai eu comme un aperçu dans ces trois jours. Je vais y revenir au commencement du luois prochain et étudier. — Etudier est le mol propre, j'ai déjà acheté quelques livi-es. Pour jouir, j'ai de trop mauvais yeux, et une imagination empressée qui détlore tout d'avance. Je t'avouerai par exemple que j'ai trouvé les choses i)lus helles dans les gravures que dans la réalité.

Ce qui est fâcheux, c'est que, sauf la tiédeur de l'air, le temps est aussi mauvais qu'à Paris. Je n'ai encore eu qu'un jour de heau ciel. Cette nuit il a venté si horriblement que les carreaux toml)aient. Hier, dc! Rome à Naples, il a plu les trois quarts du temps. (In aperçoit une campagne qui doit être bien belle en été, mais qui maintenant, dépouillée, sous des nuages mornes, semble un squelette.

Cependant, je ne crois pas avoir mal fait de partir: j'avais besoin de me secouer, je devenais malade. Probableiuent, je resterai en Italie moins de tenqis que je ne croyais : si cette pluie et ces vents continuent, il n'y a pas d'excursions possibles et je ne puis faire qu'un voyage de travail. — Or j'aurais besoin, avant de reprendre le collier, de me mettre au vert.

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A SA MLilil-:

Rome, 7 mars 1804

... Aie la l)uiik'' de m'yclieler au bureau de la Nation le numéro du 2''2 février et au bureau du Pays le numéro du (liniMiicbe où est Taili^'b' de M. Barbey d'Aurevilly'. Je te i)i'ie de m'aclieter ainsi tous les ailicles ((ui le seront signalés comme imporlanis; garde la lettre de Madame de Witt et niels-la dans l'exemplaire de mon livre qui est dans ma bildiotiiè(|ue : cela me sei'vira pour une réimpression.

J'ai i)assé environ douze jours à Naples, accueilli malgré moi par M. Marc Monnier- avec Tbospitalité la plus libéi-ale et la plus attentive. Je suis parti de Naples le mercredi, et je me suis arrêté un jour au couvent du mont Cassin ; j'avais une lettre deUenan pour l'abbé, Dom Tosli, qui a été fort aimable; c'est le meilleur jour de mon voyage; l'abbaye est sur une montagne, on met une lieure pour y monter à Ane; et le matin, en ouvrant mes fenêtres, j'ai vu l(> soleil se lever sur un ampliitbéâtre de montagnes. Les plus belles œuvres d'art ne me toucbent pas à beaucoup prés autant que les speclacles naturels.

Enfin me voici de nouveau à Rome, cette fois par un meilleur temps. On se dirait au conuuencemenl de mai en France. Je suis logé Piazza Harberini, à côté d'un

1. Sur Vllisli)ire de la Litlcniltoc tnu/latsc. '■>. Voir 11. -is:).

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capitiiine franrais, chez d'assez pauvres gens qui ont mis toutes leurs économies pour embellir leurs chambres de devant et qui nichent dans des trous à rats par derrière. Sur la place est un triton noir et rococo qui lance un jet d'eau. Les équipages passent pour aller à la campagne. Des moines à barbe grise s'avancent dans leurs grandes robes brunes. On voit arriver des paysans en peaux de bique, les jambes serrées avec des cordes, chaussés de sandales, conduisant des bufdes et des chariots primitifs. Les pigeons se promènent sur le pavé. Des char[)entiers raccommodent dans un coin des roues de cluu-retles. En face est la porte monumentale des écuries Barberini et le palais lui-même montre à gauche les sommets de sa façade. Une quantité de maisons montent les unes sur les autres dans toutes les positions, avec toutes les formes, coiffées d'espèces de terrasses où sèche le linge. On apeiToit au bout de l'horizon un pin parasol, un campanile, deux dûmes d'église. Je décris tout cela ; c'est le meilleur abrégé que je puisse donner de Rome : un grand village avec des palais, des fontaines et des monuments oubliés depuis des siècles; le tout péleméle et naturel à cause du hasard et de la variété. On tirerait de là, avec une photographie, toutes sortes de paysages de Sébastien Le (More, de Pérelle, de Callot, comme ceux qui sont dans mes cartons.

J'ai passé douze jours à Naples, voyant beaucoup de choses et prenant beaucoup de notes. — Deux jours complets de beau temps, l'un à l'ompéi, l'autre à Sor-

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renie; Pompéi csl instructif, Sorrenle est cliai-niant, plein d'oran<ïeis cliargés d'oranfres, et la mer bleue (oui à l'enlour. Mes souvenirs classiques me revenaient et c'était par eux que tous les beaux objets devenaient beaux pour moi. Je pensais à Llyssc, à Circé, aux Sirènes; vous verrez tout cela dans mes notes au relour Et pourtant, à parler exacteuient, ces notes sont fausses, elles ne représentent pas mon état d'esprit; elles n'en prennent que les moments saillants, les idées qui me semblaient intéressantes, les motifs qui pouii-ont plus tard fournir des mélodies. C'est l'artiste et l'observateur qui s'y est peint, ce n'est j»as l'homme. En vérité l'homme est tout autre et se sent enfoncer. Tous les matins et tous les soirs il est comme un violon dont les chevilles sont trop petites; à force d'avoir tourné avec effort, elles ne mordent plus sur le bois : elles se défont et les cordes deviennent lâches; quand on touche ces cordes, il n'y a plus que des sons aigres et parfois il n'y a plus du tout de sons.

Cette après-midi, je fais des visites officielles. Dans toutes ces opérations-là, il me semble que je suis un mannequin qui parle, ou plutôt que le moi reste à la porte et qu'il y a un monsieur ganté, chargé par lui de saluer et de faire des politesses. Je n'ai jamais si profondément senti combien tout cela est vide; ma jeunesse est loin maintenant, et cette curiosité, ce besoin de savoir (|ui me semblait tout l'homme, n'est jilus en moi (|u'un débris. Je me trouve ridicule de m'intéresser aux anciens Romains, à la question de savoir si l'Italie

'28 i a)lllU-Sl'UM)AN<:K

formera un Klal libre; aulanl vaut résoudre des pro- Itlèiiies d'échecs, el après tout c'est la seule chose que je sois encore en droit de décidei-.

A parler sincèrenienl, le plaisir (pie j'épiouve n'est pas grand, ma machine est trop usée. Hier j'étais si courbaturé que je suis resté toute l'après-midi et ce malin toute la luatinée dans mon lit ou dans mon fauteuil; il me faut un elfort même pour écrire une lettre. Les yeux souiïrent, l'attention s'épuise tout de suite, l'anxiété vient el avec elle le spleen. Ae t'in(piiète pas pourtant, ("-onuue je suis ici jusqu'à la tin du juois, je n'en prendrai qu'à mon aise; je fumerai, je doriuirai, je lirai souvent dans ma chambre. — Néanmoins je crois que, pour un homme élevé conuiie moi, la désillusion est grande; les choses paraissent toujours plus belles dans le lointain; et de plus il faut être très accoutumé pour passer par-dessus certaines choses, par exemple sur l'odeur de choux pourris ou de vieille saumure qu'on respire partout à Rome, sur le braillement des chantres de la chapelle Sixtine qui recouvre, dit-on, une belle musique, sur la dégradation des fresques des plus grands peintres, ce qui leur ôte les trois quarts de leur effet, sur la ridicule et détestable oi-nementation des églises qui ne sont qu'un amas de consoles et de colilichets dorés, etc.

L'intérêt est dans les conversations; j'ai toutes sortes de détails de mœurs par les gens qui vivent ici depuis dix ans. Je passe celte soirée chez le duc Gaétani. Je devais hier aller chez M. Schnelz à l'Académie, où le

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