AN.M'KS 1864-18(30 -IK
général Bt'rtiii devriit être: iiinis j'étais ti'op las. Somnio
(ouïe, si ma luacliiuc |tliysi(|U(' cl iiiocalc était on Ixjii élal, je devrais éli'e coiilciil ici, l'I si jf ne le suis pas, c'est ma faute.
Tâche donc de savoir des nouvelles de mon pauvre Wd'pke par Planai, et de m'en envoyer.
A MARC MONMKH'
Pioiiie, 15 mars 1804 .Mon cher .Monsieur,
J'ai fait d'ahord comme les affamés, j'ai avalé do home autant que possible; maintenant fpie la première IVingale est un peu passée et (|ue me v(uri enfin installé dans une chambre supportable, laissez-moi me rappeler à voire souvenir et à celui de toutes les personnes si bienveillantes que j'ai rencontrées chez vous, .le leur dois beaucoup et je n'ai guère d'autre moyen de le leur témoigner que de le leur dire.
•l'ai dîné chez l'andjassadeur qui, sachant que je revenais de Naples, a souhaité savoir ce que j'y avais vu. Je lui ai répété ce que vous m'aviez dit et ce que j'avais vu sur vos Écoles, votre Université, votre garde nationale, votre armée, etc. La grande objection qu'on fait
1. Momiior ^Miircj, littérateur et piiblicisto. 1827-188"); M. Marc Moniiier lialjilait alors .Naples, où il élail le correspondanl liii Journal den Débats depuis 18.")8.
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ici et qui m'est rovonue par deux ou trois endroits est celle-ci : on pense (ju'il y a trois ou (piali'e Ilalies, qu'un Napolitain ne peut regarder un Piérnontais comme un compatriote et que ce corps, composé artificiellement et de force, tombera un jour de lui-même en morceaux. J'ai répondu que la bourgeoisie qui mène le mouvement est patriote, non par instinct, mais par réflexion, que la révolution italienne a ses origines dans l'importation de la civilisation européenne et non dans un réveil de race, qu'à ce tilre le libéralisme y est abstrait, non local, et qu'il ne s'agit point ici de colères de clocher, mais d'une proclamation de principes. — Voyez si cela es! vrai et discutez cette question dans vos correspondances.
On m'a dit qu'à Paris, autour de l'empereur, on parle toujours de Fédération italienne.
.le vais ici un peu dans le monde, et j'y vois des gens fort libéraux. Leurs détracteurs prétendent qu'ils ne sont tels qu'en paroles, et que le talent d'un Romain consiste à faire des phrases sans jamais risquer sa peau ni donner un sou. Jugez vous-même; moi je ne puis ici apprendre q'je des oui-dire; c'est sur le passé, sur l'antiquité, sur le xvi" siècle que je trouve de vérilab'es documents.
Offrez, mon cher Monsieur, mes respects à Madame Monnier et à Madame Meyer. Je prie M. Écoffey et M. Monaco d'accepter toutes mes amitiés et vous de lue croii'e votre bien alfeclionné et dévoué serviteur.
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A >.v .mi;i:f.
l'oiiii-, Vciiiln^ili S:iiii(, '■!■> iiinrs 18(34
Je pars voïKlrodi prochain, I'' avi'il, pdiir l-'lorenco, en passant par Koligno, l*érousc et Sioiiiio. J'y serai vers le A, cl j'y resterai juscju'au IT) à peu |)rès.
J'ai diné une fois chez l'ambassadeur, luie l'ois chez le comte de Campello, quatre fois chez le duc Oaëtani, qui me comble d'obligeances. C'est le seul |jiiu(;e romain libéral ; une |)lume peut leur être utile. Je suis allô six ou huit fois en soiiée, entre aulres à la gi'ande réception ofllcielle de l'ambassade. J'ai vu des musées, des villas, des palais, des églises; je suis allé à Fi'ascaii, je vais demain à Albano, enfin je fais mon métier de touriste en conscience.
J'ai entendu le Miserere d'hier et celui d'avanl-hier. (]ela est terrible, il faut rester trois heures debout dans une presse étouffante; j'ai vu des gens api-ès deux heures el demie d'atlenle, (juel(jues-uns au commencement même du Miserere, s'en aller, parce qu'ils défaillaient. La musique en vaut la peine, tant elle est étrange et sublime.
Quand j'ai un peu de loisir, je lis chez moi ; on m'a prêté ou j'ai achelé des livres. La Rome moderne est presque entièrement l'œuvre des papes et de leurs neveux depuis 1560; M. Odo Russel ' m'a prêté i'excel-
I. llcpuis loril Aiiiptliill, aldi'S secrélaire à l'aiiibassadc Inilaiiiiiijue.
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loiitn liistdii'fi (le lUniikc; je lis la Vie ilca peintres de V;isai'i, etc. Je làelie {ra|i|iceiuli'e et j'a|i|)i'eiuls, mais moins i\\\\n\ Anglelei're, ]taiee que, saciiaiit moins bien la langue, je lis avec plus de diltlculté, et aussi, je crois, parce que ma machine est un peu émoussée.
Les ofticiers fi-ançais m'ont lait entrer dans leur cercle ; j'y lis les journaux ; je vois que M. Sainte-Beuve n'a pas encore fait son article sur moi. La Revue des Deux Mondes ou d'autres revues ont-eJles publié (juelque chose? — Les revues anglaises et allemandes annonctMil des articles prochains.
(le (jne lu me dis de mon pauvre \\'(epke me chagrine beaucoup. Je lui avais écrit pour lui dire que s'il avait besoin de quelque chose pendant mon absence, je le priais d'avoir recours à toi. Il a de la fortune, une pension assez large, je crois ; mais seul, malade, servi par un portier!
... Probablement, j'emploierai cet été et les intervalles de mes examens à tirer parti de mon voyage.
A SA mi;ri:
Floi'piire. 7 avril ISGi
Je suisari'ivé hier soir à Florence ; je suis resté six
jours en route en passant par les montagnes de l'Ombrie,
Assise, Pérouse et Sienne. J'ai trouvé là du vrai moyen
âge, celui de Dante et de l'hnitation. Je lai beaucoup
A.N.NKKS IS(Jt-18ti(l 'iS'.l
adiiiiiv et aiiiK'". Il est prohahlo que jamais, on au("un l(Mn|)s, les lioimiics n'ont fait de plus louchants et de plus sidiliiiifs ri'vcs. Si j'ai un ('loiu'nonient contre le christianisme, ce n'est point contre <'elni-là ; il est sincère et poétique et vaut dans son genre tout ce (|ue la Tiivce et la Renaissance ont fait de plus accompli. Ce qui est dêplaisaiil et iiiilanl, c'est le calliolicisnie (h> lîoiiie ; Saint-l'ierre même est tiié.iti'al ; [)our les li'ois cents autres ('«élises, elles ont été presque toutes hâties, rehâlies ou modernisées depuis l'époque du Tasse ; à partir de ce moment, les papes, qui jusqu'alors avaient vécu vohiptueusement et librement en artistes, gens d'esprit et grands seigneurs, sont devenus dévols, ont comprimé toute hardiesse d'espiit, ont établi partout l'esprit prêtre, c'est-à-dire la décence extérieure, la religion de paroles et de rites: en soi te (pie toutes les œuvres de ce temps, littéraires ou artistiques, sont froides, sans inspiration vraie, le plus souvent emphatiques et jésuitiques, simples machines de décoi'ation et de parade, bonnes pour faire effet sur le public.
Au contraire, ce que je vois à Florence comme ce que j'ai vu à Sienne, à Pérouse, à Assise, me fait le plus vif plaisir; après le cbi'islianisme vrai, le vrai paganisme; la force et la sincérité des deux côtés. Mes lectures me reviennent; j'essaie d'en faire quelques-unes, je commence à lire vite et couramment lilalien ; ce voyage est pour moi un coui's d'histoire. Kt en vérité, je ne sais |tas ce que tous les gens qui n<> sont ni artistes, ni liislori(Mis viennent faire ici. Ils doivent s'eiimivei' à