‹ Sa vie et ses œuvres; (volume 2)Chapitre 110 sur 207 · A MADAME LA MARQUISE DE MONTCALM · texte numérisé non relu

A MADAME LA MARQUISE DE MONTCALM

« Garlsbad, 3 août 1824.

» La défense d'écrire pendant ma cure est

accompagnée de si terribles menaces que, hors les lettres d'affaires et celles que je ne puis ajourner sans préjudice, toutes mes correspondances sont suspendues, et je marchande avec moi-même pour le billet le plus court. Mais d'apprendre que vous êtes souffrante, que vous vous apercevez de mon silence m'ôte toute possibilité d'attendre davantage et je vous écris aujourd'hui, comme j'aurais couru chez vous pour vous dire ce qu'il y a pour vous dans mon cœur et tout ce qu'il lui en coûte de ne pas convertir en actions ces sentiments tendres et sincères qui vous sont si peu profitables.

» J'ai trouvé ici fort nombreuse compagnie, et offrant à ceux qui y auraient apporté quelque bonne volonté de précieuses ressources ; mais les nouveaux visages font peur à proportion du goût qu'on a pour les anciens, et ma sauvagerie, vaincue sur quelques points, ne l'a pas été assez pour cjue ma vie ici ne se trouvât pas habituellement séparée de celle des autres.

» Vous savez déjà qu'après avoir désespéré de retrouver M^ie (Je Nesselrode, j'ai eu le bonheur de la posséder ici, et de garantir son amitié et la mienne des tristes effets des séparations indéfinies. Elle m'a bien demandé de vos nouvelles et recommandé de la rappeler à votre souvenir. Adieu, cette lettre n'est qu'un certificat de vie, mais bien sûrement, avant de quitter Garlsbad, ou plutôt Saltzbourg, où je dois m'arrêter quelques jours,

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je reprendrai la bonne et chère habitude de vous écrire régulièrement, et j'y ajouterai celle de ne point me rendre dépendante de votre silence : ma propre impulsion suffit pour que je me passe de la vôtre. Quand vous serez assez bonne, assez juste pour m'écrire, adressezmoi vos lettres à Rome ; je n'y retournerai guère qu'au mois d'octobre, mais ma sœur, plus rapprochée de moi, saura mieux le lieu où il faudra me les adresser. »

A MADEMOISELLE DE VIRIEL'.

« Carlsbad, 21 août 1824.

». ... Nous avons ici M. de la Ferronnays. que je ne connaissais pas et qui me plait tout à fait ; le hasard nous a bien servis tous deux : je vous ai nommée^ je ne sais plus à quelle occasion ; il s'est écrié qu'il vous connaissait, et m'a parlé de vous avec un intérêt et surtout une pénétration et un tact qui appartiennent autant au cœur qu'à l'esprit »

De retom' à Rome, M"ie Swetchine rend compte avec détail à M^ie de Montcalm, de la situation qui prolonge son séjour en Italie, puis elle ajoute :

« Rome, 9 novembre 1824.

» H y a l^i^n longtemps que je ne vous ai

écrit, mais cette fois-ci, je ne suis pas inquiète de vos conclusions. D'abord parce que vous ne me croyez pas très contente, et puis par la joie que j'éprouve de pouvoir tixer mon retour aux premiers jours du printemps, sans rien faire de déraisonnable, j'ai pu renoncer à

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d'autres projets, faire plier tout le reste enfin à mon désir toujours croissant de me retrouver en France. Vous conviendrez que travailler dans ce but est bien mieux qu'écrire.

» Ce que j'ai vu avec douleiu% c'est que

vous avez encore mortellement souffert, sans qu'aucune consolation profonde et intime soit venue à votre secours. Vous cherchez encore dans cette misérable vie ce qu'elle ne peut vous donner. Pour y trouver l'aliment dont vous avez besoin, il faudrait que votre cœur fût moins exigeant, ou votre intelligence moins pénétrante. Toutes nos facultés développées à un trop haut degré doivent nécessairement finir par se replier sur elles-mêmes, si elles ne se perdent pas dans l'infini. Il faut qu'elles nous arrachent à nous-mêmes, ou qu'elles ravagent tout au dedans.

» J'ai l'espoir de passer une partie de l'hiver avec Mi"6 de Nesselrode, ce qui me fait une vraie joie. Elle doit venir ici vers le milieu du mois prochain et je compte faire avec elle le voyage de Naples. »

A MADAME LA COMTESSE DE SAINT-Al'LAIRE.

((Rome, 7 décembre 1824.

» J'ai reçu votre lettre et il m'est bien doux de m'assurer ainsi , au moins de temps en temps , de votre souvenir. J'y réponds par tout le mien, mais vous seule y avez quelque mérite ; hors de Paris les absents se perdent dans l'ombre , tandis que pour ces mêmes absents Paris est le seul point éclairé du tableau,

» Combien je regrette que vous ne vous soyez pas mise

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