CHAPITRE XI
Rome redeviennent ce qu'ils sont, ce qu'ils ont toujours été, les vrais ancêtres des fidèles, leurs précurseurs, parfaitement semblables à eux, et seulement leurs protecteurs et leurs modèles. Quand vous sortez des Catacombes, vous sentez mieux l'impérieux besoin qui poussait les âmes d'élite à cacher leur dévouement dans la vie comme les martyrs ont caché le leur dans la mort, et vous passez alors d'un sacrifice à un autre en reconnaissant que celui qui consume lentement l'holocauste n'est pas le moins méritoire.
» Avant d'entrer dans ce couvent de la Lungara, mon esprit n'était préoccupé que de la sainte autorité de la règle, de cette rigueur qui s'étend jusqu'aux moindres détails et qui semble calculée pour substituer partout la grâce à la nature. Je croyais bien que je les trouverais heureuses ; quel est le cœur touché de Dieu qui ne conçoive la félicité pieuse jusque dans la souffrance ! Mais je me les représentais attristées comme on l'est par les graves pensées, les émotions fortes qui font ployer notre pauvre cœur. Quelle fut ma surprise, en me voyant entourée de visages radieux et sur lesquels venait se peindre, dans une sorte d'immobilité, cette sécurité qui est la joie de la vertu! A peine les premières politesses faites et rendues, l'aisance et la cordialité vinrent remplacer le léger embarras qui accompagne toujours les contacts nouveaux; bientôt une joie franche, enfantine et folâtre s'exprima dans toutes ces saintes filles et se communiqua à celles qui ne portaient, hélas ! au milieu d'elles ni des âmes aussi pures, ni des cœurs aussi contents. Nous restâmes près de trois he«res ensemble, et j'emportai de Regina cœli la conviction qu'après le mérite de vouloir cela seul
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([u'oii ne peut acheter trop cher, rien ne valait l'avantage de hien savoir ce qu'on veut.
» L'aspect de ces retraites rehgieuses conduit à un rapprochement singulier entre les dispositions de leurs parties matérielles, et les idées des anciens. Quoiqu'on puisse être assez étonné d'avoir à rappeler les anciens Romains à l'occasion de pauvres religieuses, il est certain que leurs habitations sont calculées sur le plan des institutions antiques. Ainsi, chez les anciens, l'individu complètement absorbé, était sacrifié à la société. Tout ce qui servait à l'usage des particuliers était exigu, resserré, pauvre, mesquin ; tandis que la magniticence et le luxe se montraient dans tous les monuments publics. C'est ainsi que la maison du citoyen, même le plus opulent, était en disproportion complète avec les édifices environnants et que, dans cette maison déjà si resserrée, il n'occupait, la plupart du temps, (ju'un recoin privé d'espace, d'air et de lumière, afin de donner à Vatriiôn, au tricli- 7ii}(m, etc., plus d'étendue. L'instinct social l'emportait chez eux sur le bien-être personnel, tout était fait pour tous, rien pour un seul : le temple des dieux, la basilique, le portique, l'arc de triomphe flattaient la gloire nationale, et on ne songeait qu'à elle. Il y avait quelque chose de grand en cela, et le christianisme est venu le réclamer, le consacrer, comme il l'a fait pour tout ce qu'il a pu trouver de vérité et de vertu sur la terre, en le reproduisant sur une échelle plus haute et plus complète. Ainsi, dans la vie monastique qui est la saillie de la perfection chrétienne, toutes les réductions de la pauvreté évangélique pour la religieuse, et tout le luxe pour la communauté. Pour la religieuse l'habit de bure, la
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maigre pitance, la couche dure, une cellule qui dépasse à peine la place que prendra son tombeau ; pour la communauté les vastes et salubres proportions des réfectoires, des cloîtres, des jardins, des intirmeries etc.. et. par dessus tout, les magnificences du temple du Seigneur. »
« Mais ce qui surpasse encore toutes les
merveilles qui nous sont léguées par le passé, et même toutes celles qu'on reconstruit et qu'on imagine, c'est l'incomparable vue dont fait jouir la terrasse de la villa Spada. C'est ici la richesse des objets qui fait l'étendue de l'espace, ainsi que les événements mémorables mettent les siècles à la place des jours. On distingue vers la gau-che le Portique, couvent de Saint-Jean et Paul, le jardin des religieux qui portent le nom et les signes de la Passion, la villa Matteï, Saint-Sylvestre, les thermes de (^aracalla. cpii de ce côté ferment l'horizon, Sainte-Balbina et sa haute tour, le château des eaux Claudiennes, Saint- Sabas et ses nombreuses arcades. Devant soi on a le cintre du théâtre des Empereurs, le Circus maximus, et au delà. l'Aventin et tous ses édifices. A droite, l'arc de Janus. le temple de Testa, le Tibre et le Janicule, le petit bois de pins qui s'élève entre les villas Lanti et Corsiui. la majestueuse façade de l'Aqua Paolina, et enfin la coupole de Saint-Pierre, qui s'élève sur toutes ces magnifiques réalisations de la pensée humaine, comme un grand roi qui règne sur un grand peuple. »
« UNE MARINE DE VERNET. l'aI BE DU JOUR. DeS flots
de vapeurs illuminent, inondent ce tableau. L'eau, le ciel, l'air, tout y est de cette transparence n^agique que ne saurait accorder même à la nature ceux qui ne sont pas allés en Italie. »