CHAPITRE Xll
ETABLISSEMENT DEFINITIF DE MADAME SWETCHLNE A PARIS. — MORT DE l'empereur ALEXANDRE ET AVÈNEMENT DE L'EMPEREUR NICOLAS. — SALON DE MADAME SWETCHLNE. — SÉJOUR PRÈS D'ELLE DE MADEMOISELLE DE NESSELRODE. — MORT DE LA DUCHESSE DE DURAS.
De retour à Paris, M^i^ Swetchine y fit un établissement définitif. Elle avait logé jusqu'alors dans la rue de Yarennes, près de la duchesse de Duras ; un long bail lui assura dans la rue Saint-Dominique un appartement qui la faisait jouir, au sein d'un des brillants quartiers de Paris, du calme et du soleil de la campagne. Situé au fond d'une cour, lliôtel du n° 7 1 n'était occupé que par elle, et les propriétaires cpii lui témoignèrent des égards transmis durant trente ans à deux générations. Le jardin de l'hôtel n'était pas vaste, mais il était contigu à d'autres jardins, et du premier étage ([u'occupait M""* Swetchine, 1. 20
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la vue embrassait une longue étendue de pelouses, de fleurs et de beaux arbres.
Elle fit venir de Russie quelques-uns des tableaux, des bronzes et des porcelaines qui avaient été recueillis par les soins de son père, et qui avaient intéressé ses regards dès son enfance ; elle en orna sans profusion un premier salon el une seconde pièce qu'elle avait transformée de chambre à coucher en bibliothèque. Son lit n'était qu'une petite couchette en fer, reléguée dans un arrière-cabinet ; on l'apportait chaque soir, pour les courts instants de son sommeil, dans cette bibliothèque ou dans le salon. Les pièces occupées par le général Swetchine étaient spacieuses et tout avait été ménagé pour la complète aisance de ses habitudes.
Le retour de M""^ Swetchine fut attristé par la mort de l'empereur Alexandre, à la mémoire duquel elle demeura toujours fidèlement attachée. La longue distance qui la séparait de son pays ne mit jamais en défaut ni son affection ni sa clau-voyance. L'empereur Alexandre expira le 19 novembre fi"' décembre) 1825, à Taganrog, obsciu-e petite ville à l'extrémité de la Russie. Des complots mystérieux avaient enveloppé ses derniers jours ; sa vie était menacée d'un imminent attentat, et l'on n'avait pu dérober à son regard mourant les périls qui attendaient son successeur, périls qui éclatèrent à l'avènement de l'empereur Nicolas, et qu'une héroïque fermeté pouvait seule maîtriser.
Le 23 avril 1826, M"' Swetchine écrivait à la comtesse Edling : « Vous dire ce que l'état de notre pauvre pays m'a fait souû"rir depuis ces cruels événements, serait audessus de l'expression; j'y ai plus vécu depuis quatre