‹ Sa vie et ses œuvres; (volume 2)Chapitre 134 sur 207 · CHAPITRE XII. 32H · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII. 32H

chancelier, dans son hôtel de la place Louis XV. Lu soir, cependant, M™^ de Pastoret avait voulu courir chez une amie qui lui causait une soudaine inquiétude ; son cocher résiste, et demande à lui parler : — Je suis aux ordres de Madame la marquise, lui dit-il respectueusement, mais je dois l'avertir que je ne réponds de rien, mes chevaux n'ayant jamais vu de lanternes allumées. — D'autres choisissaient également l'après-midi comme plus à l'abri des interruptions ou des invasions trop nombreuses.

Durant les dernières années de la Restauration qui nous restent à parcourir, ^l"^ Swetchine sortait encore quelquefois de chez elle pour entendre de la musique, pour se rendre chez la duchesse de Duras ou chez M""' de Montcalm, que leur santé rendait toutes deux également sédentaires.

Aux relations habituelles que nous avons déjà citées, il faut ajouter, depuis son retour d'Italie, le duc de Laval, la comtesse de (lontaut, sœur du cardinal de Rohan, M""* Récamier et M. Rallanche. M^eRécamier avait vivement insisté pour que M^e Swetchine adoptât, en commun avec elle, l'asile de l'Abbaye-aux-Rois, et sans les objections que présenta le général Swetchine, cet établissement eût été probablement l'objet de toutes les préférences de M""' Swetchine.

Le comte de Sales, dernier et digne représentant du grand nom de saint François de Sales, devint aussi, avec Mgï" Lambruschini, nonce du Saint-Siège, l'un des hôtes assidus de la rue Saint-Dominique. Msf de Quélen y venait aussi souvent que le lui permettait l'accablante

(lue oehii de Paris; les

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ministres du Roi et les personnages olHciels de la Restauration ne pouvaient lui témoigner cpe de loin en loin leur sympathie, et elle-même observait toujours une extrême réserve dès qu'il s'agissait d'approcher des puissances. Ce sentiment, toutefois, n'allait jamais jusqu'à l'inditîérence : nous en citerons un ou deux témoignages empruntés au hasard à ses correspondances.

A MADEMOISELLE DE VIRIEi:.

« 5 octol)rp 1824.

» Pendant que vous m'écriviez, quel grand événement se préparait à Paris (1) !

» Je ne crains qu'une seule chose, c'est qu'on

ne favorise trop tout ce que j'aime ; certes, on ne se plaint guère de cela ; cependant il est impossible de nier que ce soit toujours sans danger. Quand le mal est dans l'opinion, il ne se déracine que lentement, et si le pouvoir lui oppose des remèdes violents, l'obéissance du moment ne rachète pas les dangers de l'avenir. Je voudrais pour la religion ce que les économistes demandent pour le commerce, qu'on laissât faire sans trop s'en mêler ; mais de nos jours, on ne veut pas se donner le temps pour auxiliaire, ce temps qui, avec une bonne direction, affaiblit tout ce qui est pernicieux et consolide tout ce qui peut être vraiment désirable. »

Le 24 novembre, elle écrivait encore à M"*" de Yirieu :

(1) L'avènement du roi Charles X et les heureuses mesures qui le <iiiiialèrent.

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« L'enthousiasme qu'excite le Roi est sans

exemple; il faudrait remonter à Henri IV pour se faire une idée de sa popularité. Tous les partis n'ont plus que des fanfares ; toutes les inquiétudes, soit de prévoyance soit de souvenir, sont abjurées. On jouit d'une impression si générale sans pouvoir s'enqjècher pourtant de se demander pourquoi ces soudaines illuminations ont tant tardé, et comment il se fait que la mobilité d'une forte portion d'un peuple le fasse passer si brusquement de la crainte injurieuse à la joie la plus confiante. La presse si noblement libérée, les paroles prononcées par M. le Dauphin à cette occasion , disent mieux qu'autre chose dans quel esprit le Roi se propose de gouverner ; la première page du règne de Charles X est comme certain sonnet • elle vaut à elle seule un long poème. Je suis Française depuis que je me connais. Dans cette France, je n'ai jamais admis d'autre pouvoir que celui des Bourbons, et je sens la gloire de leurs trionqjhes comme leurs meilleurs serviteurs. Ah ! pauvres gens que nous sommes! si une bonne fois pour toutes nous pouvions nous établir dans la justice et dans l'impartialité ! »

On a vu. par les soins donnés à la jeune Nadine, quelle place cette adoption avait occupée dans la vie intérieure de Mine Swetcliine. Lorsque M"* Staeline, devenue ^comtesse de Ségur d'Aguesseau, dut remplir à son tour les devoirs d'épouse et de mère, M™^ Swetchine éprouva un vide qu'elle ne songea à combler que par un dévouement nouveau.

M"* de Nesselrode était inquiète de la santé d'une de ses filles encore enfant et qu'elle ne pouvait songer à conduire elle-même hors des atteintes du climat de la Russie.

326 MADAME SWETCHL\E.

On ne découvre pas dans la correspondance des dtnix amies comment naquit la pensée de confier l'enfant de l'une au cœur de l'autre. 11 est vraisemblable que le désir et l'acceptation furent le résultat d'un de ces mouvements spontanés qui se croisent en se devançant réciproquement. La jeune Hélène de Nesselrode vint prendre sa part dans la sollicitude maternelle de M""" Swetchine au commencement de Tannée 1829; elle avait quatorze ans, c'està-dire l'âge difficile où le cœur a déjà tous ses instincts, sans que la raison ait encore toutes ses lumières. A partir de ce jour, la correspondance de M™'' Swetchine avec ]\jme (Je Nesselrode devient un complet et admirable cours d'éducation. Ce trésor, comme tant d'autres, doit être réservé pour le jour delà publication des correspondances intégrales; mais en l'attendant, on doit trouver ici un aperçu de ces soins nouveaux dans la vie de M"^ Swetchine.

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