‹ Sa vie et ses œuvres; (volume 2)Chapitre 172 sur 207 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

RÉVOLUTION DE 1848. — SENTIMENT DE MADAME SWETCHINE SUB LES ÉVÉNEMENTS ET LES PERSONNAGES DE CETTE ÉPOQUE. — MONSIEUR DE RADOWITZ. — DONOSO CORTES. — MORT DU GÉNÉRAL SWETCHLNE. — GUERRE DE CRIMÉE. — MORT DE L'EMPEREUR NICOLAS.

Les affections de M^^ Swetchine la faisaient si Française, qu'il est naturel de marquer les périodes de sa vie par les vicissitudes de notre histoire. Aucun esprit ne les pressentit et ne les jugea avec plus de clairvoyance ; nul cœur n'en fut jamais plus sincèrement ému. Toutes Ihs divisions, toutes les luttes qui précédèrent la révolution de Février eurent de vivants échos dans le salon de JVlme Swetchine. Ceux qui se laissèrent aller à trop de sécurité et ceux qui trouvaient dans des prédictions plus sombres la justification de leurs sentiments et de leur conduite s'y mesuraient à forces égales. M°ie Swetchine flottait un peu indécise parce qu'elle avait moins d'illusions que les uns et moins d'impatience que les autres.

Lorsque la catastrophe du 2 4 février 1848 éclata, M.^^ Swetchine qui, à l'exemple des auteurs mêmes de cette révolution, ne l'avait prévue ni dans sa forme ni dans sa date, n'en fut cependant pas très-étonnée. Sa première et sa plus vive consolation, en présence de l'inquiétude universelle, fut d'applaudir aux efforts, aux ressources, au laborieux courage d'un grand peuple, trop aisé à se laisser surprendre, mais non moins prompt à réagir, par une illumination soudaine, contre sa propre imprudence, et triomphant de l'anarchie sans porter atteinte à la liberté. (J'était toujours vers la contemplation de ce spectacle qu'elle essayait de ramener les esprits trop irrités de leur défaite ou trop découragés par les calamités publiques. Le 5 mars, elle écrivait à la comtesse de Nesselrode : « Deux beaux décrets sont déjà sortis de ce chaos qui compte aujourd'hui neuf jours : c'est l'abolition de la peine de mort pour délits politiques, et la suppression du serment qui n'est plus que la suppression du parjure. Il y a un bon sens suprême à en avoir délivré le peuple français qui se familiarisait sur tous les points avec le mensonge. Ces deux décrets émanent bien évidemment de M. de Lamartine, à qui je ne puis, malgré tous mes griefs anciens et subsistant toujours, dénier l'élévation des vues, le courage civil et les magnanimes inspirations. Quelqu'un disait l'autre jour que, dans ses Girondins, il avait dressé le théâtre sur lequel il devait monter ; quoi qu'il en soit de l'influence exercée par son ouvrage, il ne s'épargne pas du moins pour réparer le mal qu'il a fait, et il est impossible, sous le fer des baïonnettes qui l'ont touché l'autre jour à l'IIôtel-de-Ville, de s'être montré plus inflexible et plus de sang-froid. »

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