‹ Sa vie et ses œuvres; (volume 2)Chapitre 180 sur 207 · A MADAME LA COMTESSE DE NESSELRODE · texte numérisé non relu

A MADAME LA COMTESSE DE NESSELRODE

« Paris, janvier 184-8.

» Il faut que je vous dise, chère amie, le retour d'un plaisir presque oublié, dans la rencontre d'un

homme que vous connaissez, de M. de Radowitz, dont l'intelligence et les vues ont renouvelé au fond de moimême mon animation de jeunesse. Je puis me servir ici du mot de sympathie qui établit le rapport des natures sans s'inquiéter des degrés. Il me semblait en l'écoutant remonter le fleuve du temps et me retrouver dans ce monde de questions, où ma pensée a fait ses premières armes et qui sont si peu goûtées en France. Néanmoins, je n'ai jamais vu aucun étranger y faire plus d'effet que M. de Radowitz hors des cercles politiques. J'ai vu tous les hommes distingués qui l'ont entendu, aussi frappés de sa supériorité que de cet élément nouveau s'imposant à l'habituelle direction de leur esprit. On m'a dit que M. Guizot, M. Mole en avaient été particulièrement frappés ; c'est que, sous cette force intellectuelle, on pressent^ on découvre cette autorité morale, sans laquelle, quelle que soit la portée des idées, il n'y a pas de dignité humaine. »

Lorsque le général Radowitz eut quitté Paris, M'"" Swetchine le suivit d'un regret qu'elle faisait parvenir à Rerlin, où M. le comte de Circourt résidait alors en qualité de ministre plénipotentiaire.

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