‹ Sa vie et ses œuvres; (volume 2)Chapitre 181 sur 207 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

cipité que tout moyen m'en a été ôté (1). Quelqu'un que je n'oublierai pas davantage, c'est M. de Radowitz. Que ses prévisions étaient différentes de ce rapide enchaînement de faits qui nous emporte dans une seule et même voie ! Au temps où nous sommes, ce sont les bons esprits qui ne devinent pas et aussi les cœurs sincères. »

Ce fut plus qu'une sympathie, ce fut un profond attachement qu'inspira Donoso Cortès à M""^ Swetchine, et lui-même ne se sentait jamais plus qu'auprès d'elle, dans la plénitude et la liberté de son éloquence .

Donoso Cortès entrait dans sa quarantième année lorsqu'il passa de l'ambassade de Berlin à l'ambassade de Paris, sous le titre de marquis de Valdegamas. Le salon de ^P'^ Swetchine fut l'un des premiers où il prit cette grande naturalisation française attestée par tant de regrets à l'heure fatale, hélas! et si prochaine de sa mort. Type de l'ardeur méridionale, Donoso Cortès, soudain dans ses impressions, impétueux dans son geste, passait, sans transition, de l'abandon et de la naïveté de la conversation la plus intime aux élans les plus élevés de la contemplation philosophique. C'est dans le salon de M"* Swetchine qu'il se plut à révéler les circonstances de son retour à la foi catholique, et ce récit, animé de l'accent le plus ému, laissa une si vive empreinte dans la mémoire de ses auditeurs, que l'un d'eux voulut en fixer par écrit la confidence, et ce souvenir demeurera l'une des plus touchantes pages de la biographie de Donoso Cortès (2).

(1) M. de Savigny, d'origine française, est un des hommes les plus érudits de Berlin.

(2) C'est à M. le comte de Buis-le-Comle qu'est due la rédaction

^28 ^lAUAME SWETCHINE.

— J'étais arrivé au milieu de la vie, dit un soir Donoso Cortès à M"^ Swetchine ; la lecture des ouvrages français qui avait suivi celle des auteurs latins, m'avait fait perdre les convictions chrétiennes; cependant, je me regardais comme aussi honnête homme qu'on puisse Têtre. J'accompagnai à Paris la reine Christine. A Paris, je fis connaissance avec un Espagnol, don Manuel ***. C'était un homme d'un esprit simple, droit, peu brillant, très religieux et tout dévoué aux bonnes œu\Tes. Je l'observais et je disais : C'est singulier, je suis certainement un honnête homme ; don Manuel est aussi un honnête homme, et son honnêteté est autre que la mienne, n y a dans son honnêteté quelque chose que je ne m'explique pas et qui me semble la rendre supérieure à la mienne. D'où vient cela? J'en parlai à don Manuel luimême. Il me répondit avec simplicité : — Je suis demeuré chrétien, et vous ne l'êtes plus. — Ce mot m'avait frappé; j'y pensais souvent, mais je n'avais pu encore réussir à me l'expliquer, quand j'appris que mon frère était tombé malade à Madrid. Je partis précipitamment pour l'Espagne. Je trouvai, en y arrivant, mon frère très-dangereusement atteint. Pendant que je le soignais, je lui racontai ma conversation avec don Manuel. — Oui, me ditil, il t'a donné la vraie raison! — Il m'expliqua alors cette parole, et ce qu'il me dit en me l'expliquant me toucha tellement que, quand il mourut, quelques jours plus tard, ce que j'estimai le plus dans son héritage fut son confesseur, qu'il me laissa. — Un des assistants dit

de ce document auquel j'emprunte ici seulement les circonstances du fait principal.

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