‹ Sa vie et ses œuvres; (volume 2)Chapitre 185 sur 207 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

près de lui. Elle éprouvait une grande consolation à prononcer son nom et à rappeler son souvenir. On en verra un touchant exemple dans ces quelques lignes adressées de Vichy à la duchesse de La Rochefoucauld, dans l'été qui suivit la mort du général.

« Août 1851.

» Merci, ma très-chère, de votre bonne lettre qui remplace la visite d'adieu que vous m'auriez faite en quittant Paris et me la rend bien. Tout résonne mieux dans la retraite, comme tout s'émeut au départ. Vous avez bien raison de dire qu'il y a du solennel dans tout adieu ; on peut en dire autant des retours, de ces retours qui vous mettent entre deux dates, comme dans un cadre où vont se placer toutes les tristesses. Tl y a deux ans, j'apprenais ici la mort de M^^ de Nesselrode, et cette année, j'y viens seule ! Rien ne m'est épargné comme souvenir navrant et saisissant à chaque pas. J'habite les mêmes murs ; je ne peux quitter ma chambre sans passer devant une même porte, qui ne s'ouvre plus pour moi. C'est tout comme à Paris! Je n'ai rien fui, une douleur tixe au dedans défie la pointe de tout ce qui est extérieur, »

Beaucoup ne comprirent qu'alors la place qu'occupait le général Swetchine dans la vie de M"»e Swetchine. Quant à elle-même, ce fut à Dieu qu'elle demanda de plus en plus de combler ce vide cruel. Jusque-là, pour ne pas quitter son mari, elle avait fait violence à son goût de retraite; elle s'y livra dès lors avec régularité ; elle restreignit d'année en année ses heures de réception, prolongea ses séjours à la campagne, et consacra chaque mois de novembre et de décembre à une réclusion pres- I. 28

que absolue dans un des couvents de Paris. Elle préférait surtout une maison des Dames Augustines, où la vue de sa modeste chambre s'étendant sur de vastes terrains entre le dôme de Sainte-Geneviève et celui du Yal-de- Gràce, rappelait quelques-uns des religieux et lointains aspects dont elle avait tant joui à Rome.

Une dernière et imprévue tristesse attendait encore M""" Swetcbine : ce fut la collision momentanée de la France et de la Russie. — Pour tout le monde, disait-elle souvent, c'est la guerre ; mais pour moi , c'est la guerre civile. — Son affliction devint véritablement poignante lorsque les opérations militaires parurent menacer en même temps Sébastopol et Saint-Pétersbourg. « Cette entrée de l'escadre dans la Baltique , écrivait-elle à la comtesse Chreptowitch, me fait un effet extraordinaire. Le pays n'est pas, je l'espère, plus vulnérable là qu'ailleurs ; mais c'est le ciel sous lequel j'ai vécu , ce sont nos rivages, c'est le [point avec lequel se confond davantage pour moi l'idée de la patrie, et là, je me sens visée au cœur. »

La mort de l'empereur Nicolas fut pour jM^^e Swetcbine un deuil de sentiment autant que de convenance.

Le 31 mars 1855 elle écrivait à M"* la princesse Marie de Bade, duchesse de Hamilton :

« A peine respirais-je un peu, qu'est venu le coup de foudre de la mort de l'Empereur, écrasant par sa soudaineté , par la gravité du moment où il frappait et par la grandeur de la perte que faisait le pays. Jamais la prévision de la fin de ce grand règne ne s'était présentée à ma pensée , et certes , je ne me serais pas crue destinée ù voir, à quarante ans de distance, deux emperem's

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