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CHAPITRE XVI

MONSIEUR DE LAMARTINE ET LE COMTE DE MAISTRE. — CORRESPONDANCE DU PRINCE DE BROGLIE ET D'ALEXIS DE TOCQUEVILLE. — AFFAI- BLISSEMENT DE LA SANTÉ DE MADAME SWETCHLNE. — SON DERNIER SÉJOUR A FLEURY.

Quelque chose des débats ancieus survivait encore dans le salon de M^^e Swetchine, où l'indépendance et la foi aimaient à se donner rendez-vous. Les destinées de notre pays ne cessaient de lui apparaître comme le symptôme avant-coureur des destinées de l'Europe, et il était bien rare que les plus cliers intérêts de la France ne fussent pas discutés à côté des plus chers intérêts du christianisme. Cette unité et cette harmonie dans l'ensemble des vues, qui avaient commencé à M. de Maistre et à M. de Bonald, pour se perpétuer dans M. de Montalembert et le P. Lacordaire , se retrouvaient à des degrés divers dans des conditions variées, mais avec des principes communs

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qui leur servaient de lien, chez la plupart de ses visiteurs assidus : M.M. d'Eckstein, Auguste Nicolas, de Carné, de Cazalès, Frantz de Champagny, de Corcelles, d'Esgrigny , Louis Moreau (1), Bonnetti, Rio, Turquety.

Un des hommes les plus séparés de M^^ Swetchine par la direction de l'intelligence, lui rendit en toutes circonstances un hommage empressé et respectueux : ce fut M. de Lamartine. Ils se voyaient peu, mais ils se touchaient souvent par des contacts indirects. M^^ Swetchine, incapable de déguiser jamais sa pensée, ne cachait point à M. de Lamartine les dissidences qu'il serait superflu de constater ici ; cependant elle savait donner au reproche et à la plainte un tel accent que les amis de M. de Lamartine, et M^<^ de Lamartine elle-même, qui gardait avec M"^^ Swetchine d'intimes relations, purent toujours l'entendre.

« Quoique je sois de ceux qui se mettent le

plus en garde contre l'idolâtrie du génie, écrivait Mme Swetchine à M^e de Lamartine, je suis obligée de reconnaître à M. de Lamartine une immense puissance pour me faire du mal ou du bien. »

Une de ces blessures du moins ne sera regrettée par personne : on lui devra la page suivante où le comte de Maistre, soudainement évoqué par l'amitié vengeresse, réapparaît dans les dernières émotions de M^e Swetchine, vivant et présent comme au premier jour où il s'assit à son foyer.

(1) M. Moreau , traducteur des Confessions de saint Augustin et de la Cité de Dieu, entra fort avant dans la confiance de Mi"o Swetcliine. Plusieurs communications précieuses lui sont dues.

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