‹ Sa vie et ses œuvres; (volume 2)Chapitre 197 sur 207 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

jamais permis de tomber dans l'indifférence, bien moins encore de faire de celte indifférence une sorte de molle vertu qui énerve quelques-uns de nos plus nobles instincts ; que tous sont responsables de ce qui lui arrive, et que tous, suivant leurs lumières, sont tenus de travailler constamment à sa prospérité, de veiller à ce qu'il ne soit soumis qu'à des autorités bienfaisantes, respectables et légitimes. Je sais qu'on a inféré de ce qui se trouve dans l'évangile de l'avant-dernier dimanche, que le devoir du chrétien en matière politique se borne à obéir à l'autorité établie, quelle qu'elle soit. Permettez-moi de croire que ceci est plutôt dans la glose que dans le texte, et que là ne se borne pas pour le chrétien la vertu publique. Oui. sans doute, le christianisme peut exister sous tous les gouvernements et trouver jusque dans les mœurs que les mauvais gouvernements imposent aux hommes la matière d'admirables vertus ; mais il ne s'en suit pas, si je ne me trompe, quil doive rendre insensible ou indifférent à ces mœurs et qu'il n'impose pas le devoir à chacun de les combattre courageusement par les voies légitimes que les lumières de sa conscience lui découvrent.

» Voilà ce que je voudrais qu'on inculquât aux hommes, et j'ajouterai aux femmes. Rien ne m'a plus frappé, dans l'expérience déjà assez longue que j'ai faite des affaires publiques, que l'influence qu'exercent toujours les femmes en cette matière, influence d'autant plus grande qu'elle est indirecte. Je ne doute pas que ce ne soient elles qui donnent à chaque nation un certain tempérament moral qui se manifeste ensuite dans la politique. Je pourrais citer nominativement, et en grand nombre, des exemples ({ui achèveraient d'éclaireir ce que je dis. J'ai vu cent

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fois, dans le cours de ma vie, des hommes faibles montrer de véritables vertus publifjues, parce qu'il s'était rencontré à côté d'eux une femme qui les avait soutenus dans cette voie, non en leur conseillant tels ou tels actes en particulier, mais en exerçant une influence fortifiante sur la manière dont ils devaient considérer en général le devoir ou même l'ambition. Bien plus souvent encore, il faut l'avouer, j'ai vu le travail intérieur et domestique qui transformait peu à peu un homme auquel la nature avait donné de la générosité, du désintéressement et de la grandeur, en un ambitieux lâche, vulgaire et égoïste qui, dans les affaires de son pays, finissait par ne plus envisager que les moyens de rendre sa condition particulière commode et aisée. Et comment cela arrivait-il ? Parle contact journalier d'une femme honnête, épouse fidèle, bonne mère de famille, mais chez laquelle la graTide notion du devoir en matière politique, dans son sens le plus énergique et le plus élevé, avait toujours été, je ne dirai pas combattue, mais ignorée ! . . . »

« Tocqueville, 29 décenibre 1856.

» Je suis assez de cet ancien régime dont un m'accuse (le dire tant de mal, pour sentir le besoin de ne pas laisser finir une année sans dire à mes meilleurs amis l'affection que j'ai pour eux. Souffrez donc. Madame, que je suive avec vous cette vieille coutume du bon vieux temps, et que je vous dise, avec toute la vivacité qu'on peut mettre à ce que l'on dit de loin et par écrit, qu'il n'y a personne dont le sort m'intéresse plus que le vôtre et à qui je souhaite de meillem' cœur toutes sortes de biens qui touchent une âme telle que la vôtre et qui sont si fort au-

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