‹ Sa vie et ses œuvres; (volume 2)Chapitre 196 sur 207 · CHAPITRE \VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE \VI

inculquer à ceux sur lesquels elles ont de lintlueuce. C'est une face de l'éducation qui leur est comme invisible. n n'en était pas ainsi dans cet ancien régime qui , au milieu de beaucoup de vices, renfermait de fières et mâles vertus. J'ai souvent entendu dire que ma grand'mère , qui était une très-sainte femme, après avoir recommandé à son jeune fds l'exercice de tous les devoirs de la vie privée, ne manquait point d'ajouter: Et puis, mon enfant, n'oubliez jamais qu'un homme se doit avant tout à sa patrie, et qu'il n'y a pas de sacrifices qu'il ne doive être prêt à lui faire ; qu'il ne peut rester indifférent à son sort, et que Dieu exige de lui qu'il soit toujours prêt à consacrer son temps, sa fortune et même sa vie. au service de l'Etat et du Roi.

» Mais je m'aperçois, Madame, que je pénètre insensiblement plus avant que je ne voudrais dans le sujet dont je veux causer avec vous et sur lequel il y aurait trop à écrire. Je ne veux cependant pas finir sans vous remercier de la citation de Bossuet que vous m'avez envoyée. Rien de plus beau, même en comparant Bossuet à luimême. Je trouve dans cette seule phrase tout ce qui relève l'homme et tout ce qui en même temps le retient à sa place. Elle donne tout à la fois le sentiment de notre grandeur et de celle de Dieu ; elle est lîère et elle est humble. D'où avez-vous tiré cela, Madame? Je ne connaissais pas cet admirable morceau. »

V Tocqiieville, 20 octobre 1856.

» Je vous assure, Madame, que je ne suis pas tenté d'user de la permission que vous me donnez , de ne pas vous répondre ; le désir seul d'a^•oir une nouvelle lettre

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de vous me sutiirait 'pour me déterminer à récrire. La lecture de vos lettres est en effet pour moi un si grand plaisir qu'il n'y a point de paresse qui puisse m'empêcher de vouloir le mériter.

ï Vous me dites, dans votre dernière, des choses aussi vraies que bien exprimées sur l'obscurcissement inévitable de la notion du devoir en matière politique dans des temps troublés, instables et pleins de révolutions comme les nôtres et sur la difficulté qui s'y rencontre d'y indiquer aux hommes des règles de conscience. Vous auriez assurément raison s'il s'agissait de conseiller ou de défendre certaines doctrines particulières en fait de gouvernement; ce n'était pas ainsi que je l'entendais. Je crois qu'en ceci, comme en tout ce qui concerne les actions humaines, il y a, en dehors des règles spéciales appliquables individuellement à chacjue cas, des principes généraux à inculquer, des sentiments à faire naître, une certaine direction à donner aux idées et aux volontés. Je ne demande point sans doute aux prêtres de faire aux hommes dont l'éducation leur est confiée, et sur lesquels ils exercent une influence, je ne leur demande pas de faire à ceux-ci un devoir d'être favorables h la république ou à la monarchie ; mais j'avoue que je voudrais qu'ils leur dissent plus souvent qu'en même temps qu'ils sont chrétiens, ils appartiennent à l'une de ces grandes associations humaines que Dieu a établies sans doute pour rendre plus sensibles les liens qui doivent attacher les individus les uns aux autres, associations qui se nomment des peuples et dont le territoire s'appelle la patrie. Je désirerais qu'ils fissent pénétrer plus avant dans les âmes que chacun se doit à cet être collectif avant de s'appartenir ù soi-même, qu'à l'égard de cet être-là, il n'est

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