‹ Sa vie et ses œuvres; (volume 2)Chapitre 199 sur 207 · MADAMK SWKTClllXE · texte numérisé non relu

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tard la religion apparaisse au seuil de leurs discours il).» Cette belle parole du père Lacordaire fut bientôt justifiée entre M. de Tocqueville et M"* Swetchine ; il lui exposa l'état de son âme avec un abandon plein de sensibilité et sans réserve. Après avoir reçu sa réponse, il écrivait :

V Tocqueville, le 21 mars 1857.

» Votre dernière lettre, Madame, m'a causé une impression vive et durable de reconnaissance. Ce n'est pas vous qui, du rivage, trouvez une joie cruelle à voir les navigateurs qu'agite la tempête. Merci, Madame, des espérances que vous concevez et me donnez. Que Dieu vous entende ! J'ai cherché la vérité dont nous parlons, sinon toujours avec la vue pure qui est digne de la trouver, du moins avec une âme possédée par l'ardeur la plus vive et la volonté la plus sincère de la rencontrer et de la saisir. Si le trouble menait à la paix, depuis combien de temps n'am^ais-je pas obtenu celle-ci! »

Cette vérité et cette paix, le noble cœur de M. de Tocqueville ne pouvait manquer de l'atteindre et de la goûter. Il y touchait au moment même où il parlait de lui avec une humble méfiance et les consolations de sa mort avaient été déjà la lumière et la consolation de sa vie.

La santé de M"® Swetchine allait en s' affaiblissant de jour en jour. Son courage inouï, son héroïsme moral faisaient encore illusion; mais pour quiconque suivait avec attention les progrès du mal. le péril apparaissait imminent.

(Ij Oraison funèbre de M^^ Swetchine, par le père Lacordaire. — Correspondant du 25 octobre 1857, page 197.

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Depuis trente ans. on peut dire que M""^ Swelchine n'avait pas traversé un seul jour sans souffrances; chaque nuit surtout renouvelait une épreuve cruelle. Une maladie au foie, un commencement de maladie au cœur et de premiers symptômes d'hydropisie avaient amené de bonne heure l'enflure et l'oppression. Elle n'y résistait qu'en se tenant habituellement assise sur un fauteuil dur et élevé, ou en marchant dans son appartement. Les entretiens les plus chèrement gravés dans la mémoire de ses amis, se sont passés pour la plupart en se promenant à côté d'elle, en long et en large dans son salon, et cjuelquefois à pas précipités ; aussi faut-il compter parmi les efforts de patience qu elle s'imposa si longtemps en faveur d'autrui, l'obligation de demeurer assise, lorsque son salon était rempli et ne lui permettait aucun soulagement de ce genre. Elle disait quelquefois en souriant au petit nombre de ceux qui n'ignoraient pas ce que cette gène lui faisait soufh'ir : « La politesse de tout le monde est de se lever quand on entre, la mienne est de m'asseoir. »

Durant la nuit, cette disposition devenait un véritable supplice. Elle commençait par goûter un sommeil assez profond, mais à peine avait-elle été étendue sur son petit lit de camp une heure ou deux, que la suffocation l'obligeait à se soulever et très-souvent à reprendre sa marche. Quelquefois un instinct machinal l'arrachait de son lit, sans qu'elle fût complètement éveillée : elle allait alors se heurter aux angles des meubles avec assez de violence pour en garder la trace visible. Plus habituellement elle finissait par triompher du sommeil, reprenait à travers cette agitation fiévreuse le travail soutenu et calme de sa pensée, et c'est alors qu'elle traçait, en faisant de temps à

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autre une pose près de son bureau, ces fragments épars, ces lignes au crayon à peine lisibles, qu'elle ne songea pas toujours à détruire, et qui lui ont providentiellement survécu pour trahir les trésors de son humilité.

Durant les deux dernières années de sa vie M""^ Swetchine chercha pour l'été une résidence à la campagne plus solitaire et plus éloignée de Paris que de coutume; les médecins lui imposèrent, par une prescription absolue, cet isolement de quelques mois. Cet asile lui fut offert par une ingénieuse affection qui, à tout le charme quelle portait en elle-même, joignait encore celui de rappeler ime autre tendresse toujours présente au cœur de ^1""" Swetchine. La comtesse de La Rochejacquelein, tille de la duchesse de Duras, mit à sa disposition le vieux château de Fleury, sur les confins de la forêt de Fontainebleau. Là, un vaste rez-de-chaussée où l'on pouvait à toute heure prendre de l'exercice; sous les fenêtres, de profonds fossés baignés d'eaux limpides, dans le parc, l'abri silencieux d'arbres séculaires, de hautes et longues murailles crénelées, qui ne défendaient plus la puissance, mais protégeaient encore la solitude ; là se trouvaient réunis toutes les séductions et tous les bienfaits de la plus rare hospitalité. Le noble aspect de ce beau lieu, ses grands souvenirs, et jusqu'à Tombre delà princesse de Tarente, queM""^ Swetchine, ou l'a vu déjà, saluait avec émotion, tout contribua à produire une impression salutaire dont les amis de M""^ Swetchine jouirent avec bonhem', et à laquelle ils rattachèrent leurs dernières espérances.

L'église paroissiale, presque attenante au château, recevait chaque jour sa visite matinale. — « Je lui avais proposé, écrit le curé de Flemy, de dire la messe de la

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