‹ Sa vie et ses œuvres; (volume 2)Chapitre 200 sur 207 · CHAPITRE XVI. /t · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI. /t

semaine à uue heure plus conforme aux ménagements qu'exigeait sa santé ; elle n'a presque jamais voulu y consentir, dans la crainte de gêner les bonnes sœurs de Charité, qui l'entendaient avec elle. Le dimanche, tous les habitants de la paroisse étaient heureux de la voir et l'entouraient à la sortie de la grand* messe. Alors elle s'égayait, pour ainsi dire, avec eux; pour tous, elle avait de bonnes et encourageantes paroles. Les affligés et les pau- ^Tes, qui avaient expérimenté son immense charité, laissaient patiemment s'écouler la foule, et, s'approchant ensuite, ils ne s'en retournaient jamais sans avoir ressenti les effets de sa libéralité. Souvent, quand elle ne pouvait sortir, elle les faisait venir auprès d'elle. »

Ses amis s'appliquaient à respecter cette retraite. Aucun d'eux n'eût consenti à la troubler, si ce n'eût été pour répondre à un appel direct. De ce nombre fut la baronne Seebach, seconde iille de la comtesse de Nesselrode, et iM"^ Craven, qui, elle aussi, tille du comte de La Ferronnays, représentait pour M""" Swetchine une affection vivante et un souvenir pieusement cher.

« Journée bienfaisante ! a écrit M^e Craven au sortir de Fleury. M'"' Swetchine m'avait fort exhortée à me réserver en tout temps quelques heures d'entière liberté chaque matin. La qualité du temps, me dit-elle, est autre à cette heure-là. Et ce n'était pas seulement pour consacrer à Dieu les premières heures de la journée qu'elle la commençait de si bonne heure, mais aussi pom- avoir toujours un temps considérable à donner à l'étude. Elle me dit ce jour-là que le plaisir qu elle y prenait n'avait fait qu'augmenter avec les années. C'est au point, me dit-elle, que, lorsque je m'approche de cette table jjour y reprendre 1. 30

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mon cher travail, le cœur me bat de joie. — Ah I me dit-elle le même jour, la vieillesse n'est pas le bel âge, mais soyez sûre, ma chère amie, que c'est un bel âge (1). »

Entre toutes ces études recommandées par M"' Swetchine à ses amis, l'étude de soi-même était toujours placée au premier rang. Ce précepte, M"^ Swetchine se l'appliqua jusqu'à sa dernière heure. Rien dans ce genre ne pouvait rassurer son inquiétude ou satisfaire sa soif de perfection. Quelques fragments de ce scrupuleux et continuel examen des moindres mouvements de son cœur ou de sa conscience se lisent encore sur les feuillets à demidéchirés de deux carnets de poche.

On y lit : « Je voudrais n'être plus désignée aux enfants des hommes que par ces mots : Celle qui croit, celle qui prie, celle qui aime ! »

« Samedi, 29 mars 1856.

» Aller toujours à la chose qui me coûte davantage, commencer par elle, à moins que le plus facile ne presse. »

« Examiner, classer et résoudre dès la veille, la besogne du lendemain ; disposer les choses dans l'ordre de leur importance, et agir en conséquence. »

« Redouter par dessus tout l'amertume et l'irritation. »

« Eviter en tout de paraître ; ne jamais dire ou rappe-

(1) Si l'on veut se former une idée exacte de ce que fut en M™e Swetchine jusqu'à son dernier jour, l'ardeur de l'étude, on doit lire sa correspondance avec M. Bonnetty, directeur des Annales de philosophie chrétienne, correspondance publiée par lui dans une intéressante esquisse. Annales de décembre 1857.

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