CHAPITRE VH
sommée! et à chaque épreuve plus rude elle se relève plus grande, plus forte, plus majestueuse. Je ne sais s'il n'y a pas autant de preuves de sa divinité dans ses combats que dans ses victoires.
Une jeune vierge romaine, Théodore, avait résisté à l'infamie ; elle est condamnée au supplice. Un chrétien nommé Dydime, déguisé en soldat, pénètre dans sa prison et l'en fait sortir. Le préteur fait saisir Dydime et conduire au supplice. Théodore l'apprend et se présente aussitôt au bourreau pour lui disputer le martyre : — C'est moi , disait Dydime , qui ai été condamné. — Et moi , disait Théodore , je ne veux pas être coupable de votre mort. J'ai consenti que vous me sauviez l'honneur, mais non pas la vie ; j'ai fui l'infamie et non pas la mort. Si vous m'aviez privée du martyre, vous m'auriez trompée. — Tous deux furent exaucés : ils périrent ensemble.
A ce passage est joint la note marginale suivante :
Combien le trait le plus touchant de l'antiquité païenne est loin de la beauté de celui-ci ! Le généreux dévouement d'Oreste et de Pylade leur était dicté par l'amitié; la douleur de se survivre les y entraînait. Ici, ce n'est point le moi humain, ni sa dualité plus humaine encore, c'est l'ardenle et libre charité, fruit de la régénération et de la grâce. Qu'ils sont admirables ces dialogues des martyrs entre eux, des martyrs avec leurs juges! On admire moins Corneille dans Polyeucte, quand on puise aux sources où il a puisé et auxquelles il doit ses plus magnifiques scènes. Beaucoup d'esprits dédaignent la simplicité de ces histoires, et pourtant, en outre de leur caractère sublime, elles renferment une législation, des idées, des mœurs tout à fait nouvelles, et, comme au berceau des peuples et des institutions, là est l'empreinte de cette éloquence que la succession des âges affaiblit toujours; là sont des mouvements rapides enflammés comme l'éclair , la noblesse, la force et jamais la recherche; tout ce qui peut élever l'âme au-dessus d'elle-même, tout ce qui l'exalte à la fois et la fortifie, passe dans les paroles sublimes de cette foule de martyrs de toute condition et de tout âge! Souvent l'éternité vient les interrompre, et c'est dans l'éternité qu'ils achèvent un cantique de grâces et de louanges commencé dans les larmes et les supplices.
ISU .MADAME SWËTCHIXK.
Epigraphe du sixième cahier :
Lass mich, im slnidel der Gedanken Versinken nicht du, gotl der huld (1) ! (Werner, 24 février.)
Accolade au crayon, à la suite d'un passage sur la Trinité :
La connaissance humaine ne va pas plus loin, les chérubins couvrent le reste de leurs ailes.
Note marginale
Le morceau de saint Hilaire, sur les motifs de sa conversion , m'a paru bien beau. Ses pensées s'enchaînent et ses sentiments suivent sans résistance la pente raide qui mène de la véritable philosophie à la vraie religion. Le christianisme, avant même d'être cru , est comme ébauché dans les âmes vraiment belles ; il y est déposé en germe, et celte petite semence, à l'ombre de l'humilité, devient un asile impénétrable à toutes les natures d'orage.
Epigraphe du huitième cahier :
Ce n'était pas de vaines disputes pour montrer de l'esprit, mais un examen solide de la vérité.
(Fleury, en parlant de saint Augustin et de ses disciples.)
Accolade au crayon :
Des lois de la prudence pour s'entretenir des choses divines, selon saint Grégoire de Nazianze. — Non qu'il ne faille toujours penser à Dieu, nous devons y penser plus souvent que nous ne respirons, mais il n'en faut parler qu'à propos.
(\) Dieu de secours, ne me laisse pas submerger dans le tourbillon de mes pensées.