‹ Sa vie et ses œuvres; (volume 2)Chapitre 83 sur 207 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

le même honneur aux lettres de M"'' Swetchine. A la mort d'Alexandre, soit par sa volonté exprimée, soit par une bienveillance délicate de l'empereur Nicolas, les lettres de M"^ Swetchine lui furent restituées à Paris. Cet échange de pensées d'un inappréciable intérêt ainsi complété, était encore entre ses mains dans l'année 1845 et elle en permit la lecture à un homme d'état éminent de cette époque. Aucune trace ne s'en est retrouvée dans ses papiers. On hésite entre la crainte que ces documents aient été brûlés ainsi que beaucoup d'autres dans les alarmes de 1848, et l'espoir qu'ils aient été seulement rendus à la Russie où plus tard sans doute ils verront le jour.

Pour M"* Swetchine, un voyage en Europe, particulièrement en France et en Angleterre, flattait sa passion d'étude et souriait à son imagination. Depuis que la paix avait ouvert le monde à toutes les explorations, elle avait plusieurs fois exprimé son désir de prendre sa part dans cette liberté nouvelle. Son intention n'allait pas au-delà; elle le répétait aux amis qu'en si grand nombre elle laissait derrière elle. Nous en trouvons l'expression formelle dans un billet à son ami Tourguenief.

« Mon cher ami, me voilà encore avec mes éternelles supplications... Mais je laisse ici tant de malheureux, que ce qui deviendrait inutile à l'un servirait à l'autre. Faites-moi la grâce de vous en occuper, et relevez votre courage, s'il est prêt à tomber, par l'idée que, bien malgré moi, bientôt je vous laisserai tranquille. Ah! mon cher, quand je naurais d'autre lien avec mon pays que ces pauvres et ces petits que j'y laisse, il serait encore plus fort que tout ce qui pourrait me plaire ailleurs. Ce que je ne cesse pas d'éprouver à cet égard, est la meilleure des

garanties de la tendance qui m'y ramènera plus tôt peutêtre que je ne le crois moi-même. »

M"" Stourdza n'était point rentrée en Russie à la suite de l'Impératrice; en 1816, elle avait épousé le comte Edling, qu'elle avait connu à Vienne et qui occupait le premier poste à la cour du grand-duc de Saxe-Weimar, et de la grande-duchesse Marie, sœur d'Alexandre.

Une autre amitié, non moins vive et non moins fidèle, avait acquis les mêmes droits sur le cœur de M'"* Swetchine. M"'' Marie Gourief, fille du comte Gourief , longtemps ministre des finances, avait épousé le comte de Nesselrode, chancelier des affaires étrangères. D'une nature complètement opposée à la comtesse Edling, mais douée d'un esprit aussi pénétrant et d'un cœur aussi chaleureux, quoique sous des formes plus froides, M™*" de Nesselrode avait voué à ^1"" Swetchine un de ces attachements qui, dans le cours des plus longues vies, n'apportent que des consolations et des forces. Nous allons la voir, durant quarante ans de séparation, amie aussi active et pour ainsi dire compagne aussi présente que si leur mutuelle affection fût toujours demeurée dans le cercle étroit et intime qui l'avait vue naître.

M"' Swetchine emportait avec elle un magnifique portrait au crayon du comte de Maistre. En le lui offrant, le comte de Maistre y avait joint ces quatre vers enchâssés dans l'encadrement :

Docile à l'appel plein de grâce De l'amitié qui vous attend , Volez image et prenez place Où l'original se plaît tant.

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