‹ Sa vie et ses œuvres; (volume 2)Chapitre 82 sur 207 · CHAPITRE VIII. i · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII. i

» Elle ne fait pas attention que cet ascendant et cette indépendance sont le caractère naturel et nécessaire de la vérité, en sorte que partout où // ne se trouve pas, eïle ne • se trouve pas... Quekpe prince a-t-il jamais imaginé de commander aux mathématiques ? »

En cédant aux sentiments et aux influences que le comte de Maistre signale avec son ordinaire hauteur d'éloquence , l'empereur Alexandre n'était point exempt de perplexités et d'inquiétudes. Ses procédés personnels semblaient quelquefois s'inscrire contre ses mesures officielles. Quand l'ukaseproscripteur fut signifié à l'ordre des Jésuites , chacun des Pères reçut de la cassette impériale un secours et des fom'rures destinées à les défendre contre les rigueurs du voyage. M^^^ Swetchine ne put dès-lors se résigner à laisser subir à sa foi la prudence et le mystère. La proscription des Jésuites révoltait son amour de la justice ; elle l'atteignait en outre dans son respect et sa confiance la plus intime et ce sentiment d'honneur qui ne l'abandonnait jamais eut besoin de se manifester pleinement. Dès que la mesure de proscription fut connue, M"' Swetchine s'avoua catholique , courut à la cellule du P. Rosaven , mit à sa disposition et à ceUe de ses compagnons d'infortune tous les adoucissements dont il lui était permis de disposer, et ne souffrit plus qu'aucune entrave ou qu'aucun ménagement personnel lui interdit de plaider selon son cœur la cause des calomniés et des proscrits.

Jusqu'à cette époque, l'Empereur n'avait rien témoigné à M"* Swetchine au-delà de l'estime et de la considération affectueuse que lui portait toute la famiUe impériale. A partir de son retour, soit qu'il eût eu connais-

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sance de sa correspondance avec W^ Stoiirdza , soit qu'il se sentît naturellement plus rapproché d'elle par le cours •nouveau de ses propres pensées , il entra avec elle en relations plus suivies et plus intimes.

Ceux qui avaient gémi de l'ascendant de M^e de Krûdener, s'effrayèrent bien davantage de l'empire qu'une raison aussi élevée et aussi pure que celle de M""^ Swetchine pouvait saisir sur un esprit toujours accessible comme l'était celui d'Alexandre. Mais cette fois, la femme qui représentait près d'un souverain la religion et la vertu, était véritablement digne de cet honneur, et les hommes qu'un tel empire blessait dans leurs préjugés ou dans leurs intérêts , convaincus d'avance qu'ils chercheraient vainement un tort dans une vie irréprochable, trouvèrent cependant le moyen de l'atteindre en tournant leurs intrigues contre le général Swetchine. Les ressentiments qu'il avait eu l'honneur de soulever à la mort de l'empereur Paul n'étaient pas éteints et saisirent cette occasion de se satisfaire sans se montrer. On s'empara d'une faute commise par un subalterne sous ses ordres pour organiser contre lui de perfides machinations. Le général dédaigna d'abord de se justifier et, lorsqu'il s'aperçut enfin que ses ennemis anciens et récents avaient gagné du crédit, sa fierté s'en offensa et il prit le parti de s'éloigner de la Russie. Son départ entraînait celui de M""* Swetchine ; ce résultat n'était pas moins attendu et pas moins souhaité. Le Tzar, indécis et trompé, témoigna ses regrets à M"'' Swetchine en lui demandant de lui écrire durant son voyage. Cette correspondance dura jusqu'à la mort d'Alexandre. M""* Swetchine avait précieusement gardé les lettres de l'Empereur, et ce prince avait accordé

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