LV
Jl y a (les cas où une chose qui n'est que raisonnable cesse par cela même de l'être.
La morale, c'est la vérité du cœur, et la foi c'est la vérité de l'intelligence.
XT.VTT.
La consolation guérit sans y toucher, un peu comme lair bienfaisant qu'il suftît de respirer.
XLVIIÎ.
On ne peut pas être très sincère quand on est très mobile, la vérité du jour devenant mensonge
PENSEES, lin
le lendemain; ce n'est du moins que de la sincérité à la minute.
On doit la vérité à (jui la demande: mais on n'est pas, grâce à Dieu, obligé de la persuader
i\e pourrions-nous pas dire aux voix confuses qui s'élèvent quelquefois au fond de nous-mêmes : « Mesdames, s'il vous plaisait de ne parler que quatre à la fois? »
Les situations oii le succès est indispensable sont mauvaises, et bonnes seulement celles où la conscience tranquille peut après tout s'en passer.
LU
Je disais à quelqu'un : Vous me représentez
ce qu'il faut de valeur uiorale pour mériter (Vèive puni.
I.a causalité, comme disent les philosophes, joue un grand rôle dans 1" histoire de nos fautes (^t surtout de nos fautes d'habitude. C'est dans leurs causes qu'il faut les attaquer. Ce ne sont pas tant les actes qu'il faut combattre que la disposition qui les rend possibles. Remontez à la source pour en purifier les eaux.
Il n'est pas si difficile qu'on croit de rester (idèle à ses engagements; l'engagement qu'il faut garder vous garde à son tour; il tranche dans le vif de l'incertitude et protège la volonté de toute la force de l'arrêt rendu.
L'évidence morale ou intellectuelle a d'autres
lois ((lie r/'vidt'iice ph\siqii(\ mais elle ne s'impose pus moins inipériensement. 11 y h telle proposition à laquelle il faut consentir, comme il faut vous rendre quand cent bayonnettes s'appuient sur votre i)oitrine.
Si vous dites la vérité dans sa juste mesure, en dégageant sa substance de tout alliage de passion humaine, vous n'êtes pas coupable des révoltes indignées qu'elle peut rencontrer ; mais si vous l'avez outrée, si vous la faites sortir de sa sainte impassibilité, si vous ne la maintenez pas dans ses termes les plus sincères, vous êtes responsable de la révolte dont elle est l'objet et des conséquences qui peuvent en être la suite.
Ouand on sert les idées au lieu de servir les hommes, on n'a pas de déceptions : les idées
118 I'ENSEt:s.
triomphent ou no triomphent pas, mais elles ne cessent pas crètro ollos-mèmes.
J.Vlll.
Ou'un honmie ait plaisir à jmblier ses écrits, je le trouve tout simple : les idées et les faits lui ap[)artiemient. Mais plas de réserve me semble imposé aux témmes; elles n'ont guère que leurs smitiments à exprimer : le sentiment est ami du demi-jour. Quand l'homme se montre, il accom- |)ht sa mission ; se laisser voir est tout ce qui est permis même aux femmes d'Europe.
Pourquoi V Itmncible Armada périt-elle malfi^ré la beauté de ses vaisseaux et la vieille expérience de ses marins? Il se pourrait bien que de s'être appelée rinvincil)le fût entré pour quelque chose dans sa défaite. Dieu ne nous permet lé- |)ithète qu'après cou[>.
Hirn ne se remplace, par ["excellente raison que rien ne se ressemble.
On ne pécherait jamais si on voulait avoir toujours devant les yeux le jugement dernier et même le sien. Les grandf^s assises de la vallée de Josaphat commencent [lour nous chaque soir.
On. ne fait très-bien que lorsque faisant autrement on ne ferait pas mal.
Dans ce monde de vicissitudes il n'y a rien ((ui vieime pour rester, rien qui s'en aille })Our disparaître.
Toutes les t'ois que l'on eouiiiiet une faute, plus elle est griève et plus il faut viser à la perfection, mettant la foi et la confiance en Dieu à la place que la nature eût marquée au découragement.
11 V a une eau dans le monde dont la saveur ne varie jamais, que la main qui nous l'offre soit constitutionnelle, monarchique pure, républicaine ou autocratique, cest l'eau bénite de cour : vous la retrouvez partout, claire, incolore, insipide.
A la vue de certaines fortunes scandaleuses sur tous les points du globe, ne dirait-on pas que ce sont les trente deniers de Judas (pii ont fructifié à travers les siècles?
La seule bonne manière dagir dans le monde est d'être avec lui. sans être à lui.
Dans l 0})inion du monde, le niaria(i,e, connue dans la comédie, finit tout. C'est précisément le contraire qui est vrai : il commence tout. On dit aussi de la mort : C'est la fin de toutes choses. — Oui, comme dans le mariage.
M. Ballanche a dit qu'il fallait être du même avis pour disputer : cela est certain; de même (jue pour se battre il faut être assez près pour se toucher. Le canon atteint à une grande distance, mais une ligne au-delà de sa portée, sa force est néant.
122 f'KXSKRS.
Il r.'iiil coiiN cuir (luapivs les affections, les luibikules ont bien leur prix. (Vesl une [>etite eau qui eoule à [telil bruit, mais qui verdit encore tout sur son parcours,
LX\l.
Quanti on est d'accord sur les choses fondamentales, alors même qu'on ne se convient pas, il y a bien des points par lesquels on se touche; mais ce commerce des esprits n'est jamais la marche de conserve de deux navires en pleine mer. C'est une sorte de cabotage d'un port à l'autre : on ne p(''nètre pas avant, et se rencontrer n est pas cheminer ensemble.
Il \ a des esprits qui font comme les dames chinoises; ils s'estropient par coquetterie.
PENSÉES, 1-2;-i
Le mysticisme du eœiir esl beaucoup plus sûr et de meilleur a loi (|ue le mysticisme de l'esprit.
Les gens qui sont pressés de parler nont presque jamais rien à dire ; la pensée et les idées sup^ posent un premier travail de l'intelligence.
L'antique est une sorte d'aristocratie qu'on ne hante pas facilement.
Il y a des publics choisis qui pourtant ne sont pas des publics d'élite.
l.XXVIl.
Jai vu souvent les personnes pieuses attirer beaucoup celles qui ne l'étaient pas. La vie (pientretient la piété, l'onction qui s'en échappe, ce prisme extérieur qui rayonn(* au dehors, exercent leur charme à Finsu même des cœui's qui le subissent,