‹ Sa vie et ses œuvres;Chapitre 3 sur 46 · LXXXI · texte numérisé non relu

LXXXI

Les gouvernements les plus libres et ceux qui le sont le moins présentent les deux régimes sous lesquels la Religion est le plus nécessaire aux hommes. Dans les premiers, il y a un excès de vie, de développement de la volonté qui pourrait être une cause de désordre ou de danger si une loi réprimante et intérieure ne venait en régler l'exercice. Quant aux seconds, qui comprennent tous les maux de l'existence sociale, ce n'est pas

trop des espérances du Ciel et des consolations de la terre pour en faire supporter patiemment l'humiliation et le malheur.

C'est en devenant plus malheureux qu'on apprend quelquefois à l'être moins.

La femme a quelque chose de divin, disait l'antique Germain ; la femme, dit le sectateur de Mahomet, est une aimable création qui n'a besoin que d'une cage; c'est un être, dit l'Européen, presque semblable à nous par son intelligence, et peut-être au-dessus de nous par sa fidélité. Toute réserve faite de notre dignité, n'est-ce pas là l'histoire du chien? Dieu dans un pays, emprisonné ou muselé dans beaucoup d'autres, et quelquefois le meilleur ami de son maître.

Lxxxvn.

Ceux qui nous rendent heureux nous savent toujours gré de l'être ; leur reconnaissance est le prix de leurs propres bienfaits.

Lxxxvm.

Il n'est pas vrai qu'un sentiment, pour être fort, soit nécessairement exclusif; loin de là, une affection très-vive, si elle est heureuse, mettant en jeu nos facultés aimantes, ajoute à leur activité hors même du cercle de l'intérêt premier. Ah! qu'elle est riche la surabondance d'un cœur touché !

On est frappé de bonne heure d^s conceptions hardies, des pensées brillantes; c'est plus tard qu'on apprécie la grâce du naturel, le charme de la simplicité. Dans la première jeunesse on

n'est guère sensible qu'aux émotions très vives ; ce qui n'éblouit pas semble terne, ce qui n'est que touchant paraît froid, les beautés qui se montrent font passer à côté des beautés qu'il faut chercher, et l'esprit aussi, dans sa hâte de jouir, demande des plaisirs faciles. L'âge miir inspire difîéremment : il revient sur ses pas, il savoure ce qu'il avait dévoré, il étudie, il découvre, et le rayon décomposé sous sa main lui donne mille nuances pour une couleur.

XG.

Firenze non si muove se tutta non si duole. Vieux dicton toscan : Beaucoup d'âmes sont comme Florence (1).

Nos fautes nous affligent plus que nos bonnes actions ne nous consolent; c'est toujours la peine

(1) Florence ne se meut, si tout entière ne souffre.

AIRELLES. :i9

qui l'emporte dans la conscience comme dans le cœur.

XCU.

L'amitié est comme ces autels antiques où les malheureux et même les coupables trouvaient un sûr asile.

xcm.

Je croirais plutôt à un bonheur né dans les larmes qu'au bonheur compatible avec l'aridité de l'âme. Les obstacles à la félicité d'un cœur aimant sont hors de lui ; le cœur sec les renferme en lui-même, et cette cause plus immédiate a aussi des effets plus certains. Quelques plantes élèvent encore leur tête humide au-dessus de la plaine inondée, mais les sables de la grève sont à jamais stériles.

XGW.

On s'attend à tout, et on n'est jamais préparé à rien.

Un bon commérage complet, fourni, bien conditionné, tel qu'il en circule dans le monde, est rarement le produit d'une seule personne ou même d'une seule coterie. Dans l'une, il a vu le jour, plus loin il est bercé et mis en nourrice, dans une autre encore, choyé, développé, grandi, et il ne reçoit son parfait accomplissement qu'après avoir passé par une multitude de mains : c'est un enfant qui compte une foule de pères toujours prêts à désavouer sa naissance.

La méfiance a bien aussi ses dupes.

XGVU.

Dans la première portion de l'existence, on donne tout aux autres et on en attend tout.

AIRELLES. a

Le repentir, c'est le remords accepté.

Le système des compensations est un de ceux dont la vérité apparaît toujours davantage ; mais ce n'est point aux personnes favorisées des dons extérieurs à l'aborder sans scrupule et à le soutenir sans ménagement. L'heureux du siècle, qui souvent n'est que l'infortuné de chaque jour, aurait mauvaise grâce d'insister sur un équilibre qui semble rompu en sa faveur. C'est dans la bouche de l'opprimé, du pauvre, que cette vérité persuade et qu'elle sert la vertu en faisant pressentir les nobles et saintes délices que Dieu peut établir en contre-poids de la douleur , de la misère et de l'abandon.

Une bonne action, dans l'impression qu'elle

laisse, a des effets qiii sembleraient s'exclure : dune part elle nous rattache à la vie, et de l'autre elle nous fortifie contre la mort. Dans le premier cas, c'est un médiateur entre nos peines et nous; dans le second, un médiateur entre la justice de Dieu et nos fautes.

Le chrétien est le seul homme qui puisse sans inconséquence aimer la vie et désirer mourir, et n'est-ce pas là la solution du souverain bien que cherchait Platon?

Les parodies des choses que j'aime me révoltent ou troublent ma conscience ; rien de ce qui nous a émus ne doit être profané.

en.

Les hommes ne vont pas comme nous au-devant du malheur ; ils l'apprennent et nous, nous le devinons.

cni.

C'est prodigieux tout ce que ne peuvent pas ceux qui peuvent tout !

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