‹ Sa vie et ses œuvres;Chapitre 46 sur 46 · CHAPITRE ^T · texte numérisé non relu

CHAPITRE ^T

La Résignation est-elle compatible avec la prière adressée à Dieu pour éloigner le mal qui afflige ou menace ?

Ce doute ne peut se présenter quà ceux qui voudraient élever leurs intentions et s'essayer du moins à marcher dans la voie des parfaits; il est de la nature de ces illusions généreuses qui ont entraîné bien des âmes et leur ont fait manquer le but. uniquement en le leur faisant dépasser. II. 26

L'abandon immobile et silencieux devient souvent un piège, comme le désintéressement l'a été pour Tardent amour. Mais le christianisme n'est pas une suite d'initiations où, ne tenant plus compte de l'espace franchi, on renverse comme un échafaudage désormais inutile, tous les moyens dont on s'est servi pour arriver au point qu'on vient d'atteindre.

Tous les enseignements du christianisme, comme ses dogmes et ses devoirs, ont pour ainsi dire la simultanéité de Dieu même. On n'est jamais dispensé des plus petites vertus, même par les plus grandes; le martyre subi avec gloire n'exempterait pas de la plus petite loi de l'EgUse, et fussiez-vous monté au troisième ciel, les extases de l'oraison ne vous dispenseraient pas de la prière des simples. Chaque jour, matin et soir, il vous faudrait dire encore : « Pardonnez-moi comme je pardonne ; ne nous induisez point en tentation ; » recommençant toujours à faire comme tout le monde, en ce qui est prescrit par Dieu, lors même que sa bonté vous aurait appelé à dire, à sentir mieux que personne.

Mais à côté des considérations morales, intellectuelles et philosophiques qui lono^ent parallèlement la route que la foi seule nous fait découvrir, il faut se rappeler que dans le christianisme dont l'enseignement est historique par essence, lautorité des exemples fait loi.

Ainsi, quand nous voyons Jésus demander à son Père d'éloigner le calice qui approchait de ses lèvres, et dans un gémissement qui n'avait plus d'espérance, s'écrier sur la croix : « 0 mon Père, pourquoi m'avez-vous abandonné! » le chrétien peut-il douter que notre adorable maître ait sanctifié la prière . même comme plainte, comme vœu articulé et comme secours invoqué par la sensibilité humaine?

Nous voyons l'Église prier pour la déUvrance de Pierre, comme peu auparavant elle priait au Cénacle pour l'obtention des biens purement spi-

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rituels, et il semble que la prière soit un acte si excellent que Dieu la bénit lors même qu'il ne veut pas l'exaucer.

Ce n'est pas sans doute à la révolte que Dieu dit : « Demandez et vous recevrez ; » c'est bien à la soumission qu'il s'adresse; « frappez, » lui dit-il encore, et si la porte à laquelle vous frappez résiste, vos paroles, vos insistances n'en seront pas moins comptées pour répondre à d'autres besoins, que peut-être vous n'apercevez pas assez clairement. La prière , fécondée par la grâce, est médiatrice entre 1" homme et le Christ, comme le Christ lui-même est médiateur entre Dieu et le monde.

Dieu a décerné des honneurs, des récompenses à l'exercice des vertus ; il les a investies de prérogatives ; mais la prière, il l'a traitée plus magniflquement : modifiant sous son influence, dans l'ordre visible, la sévérité de ses arrêts, se laissant fléchir par Tinter cession, il lui a donné, on peut oser le dire, des droits sur lui-même. Ainsi, nonseulement la prière émeut, ébranle Dieu dans ses desseins, lui en fait suspendre l'exécution, mais

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encore cette prière humaine est au fond de presque tous les miracles. On dirait que Dieu, après avoir créé la sainte obéissance, était jaloux d'en goûter les délices.

Comment, en effet, s'est-il montré à nous? « Obéissant jusquà la mort de la croix. » Et depuis! A la voix du prêtre, il descend sur l'autel, à la voix de l'homme, il guérit, il redresse.

« En voyant , dit sainte Catherine de Gênes, » avec quel grand amour et quelle sollicitude il » procure de nous donner toutes les provisions » qu'il nous peut donner pour nous conduire » en son pays, je suis quasi contrainte de dire » que ce bon Dieu seml)le être notre serviteur. »

Dans la faveur extraordinaire, dans la prédilection marquée, il serait difficile de supposer que Dieu, unissant toujours la pensée actuelle et la

prescience, ne consulte en rien le mérite de celui qui en est l'objet, et que celui-ci n'y intervienne pas aussi jusqu'à un certain point par la prière.

Le miracle par sa nature est terrestre; nous n'avons pas lieu de soupçonner qu'au ciel il s'en fasse; le miracle rentre dans nos attributions, dans nos chances, par conséquent dans nos espérances. Tâchons de mériter que cette force divine s'arrête sur nous, que Dieu permette que nous en soyons les conducteurs, et, de même que sous l'ancienne loi, tout ce qui appartenait à la nombreuse et royale race de David pouvait espérer mettre au jour le Messie, efforçons-nous de rendre moins impurs les canaux que peut traverser la miséricorde divine, soit pour s'arrêter à nous, soit pour passer outre.

Comment, dailleurs. la prière pourrait-elle être qualifiée d'inopportune? IN est-elle pas toujours la plus haute glorification de la puissance de Dieu?

Ce serait une fausse spiritualité que celle qui nous ferait considérer comme une imperfection le recours à la prière dans Tordre des préoccupations qui appartiennent au monde sensible. Les choses humaines, sans compter celles qui, mauvaises ou suspectes en elles-mêmes, doivent être retranchées, se partagent en supérieures et en inférieures, comme les intérêts qui touchent notre cœur et ceux qui ne sadressent quà notre vanité.

Les prospérités de ce monde relèvent de cette vanité, mais il n'en est pas ainsi pour les sentiments profonds et légitimes du cœur; pourquoi, comment n'intercéderions-nous pas pour les objets de nos pures et vives affections, non-seulement dans leur intérêt spirituel, mais dans leur intérêt humain: non-seulement pour leur obtenir

i08 DK LA RÉSIGNATION.

la vie immortelle, mais encore pour protéger et prolonger leurs jours sur la terre?

En priant pour les autres, pourquoi ne nous serait-il pas licite de prier pour nous, de demander à Dieu d'éloigner le malheur que nous redoutons, de nous conserver la consolation qui nous est chère?

Le Dieu des chrétiens n'est pas le Dieu panthéistique de la nature, impassible comme elle, et le chrétien ne doit pas s'exposer à prendre l'insensibilité pour la vertu. Le chrétien est plus grand que le monde, mais il n'en repousse pas le contact; à l'exemple de son maître, il l'aime pour lui faire du bien, si ce n'est pour le sauver. Au sein de la plus ardente ferveur, le chrétien admet que les intérêts qui nous touchent de plus près soient plus saillants et plus colorés à nos yeux ; il reconnaît en même temps qu'une valeur réside dans les biens inférieurs quand on les possède légitimement, qu'on en jouit discrètement; il n'invente pas une incompatibilité gratuite entre notre salut et ce que Dieu nous donne pour notre bonheur.

Cela est si vrai que souvent, on peut laffirmer, les vues les plus hautes ont été servies très efficacement par les biens temporels ! Ainsi la vie de telle personne est un aide puissant, la santé rendue à telle autre a été le moyen de beaucoup d'actes méritoires, la fortune bien employée a couvert plus d'une transgression.

La prière intervenant dans l'ordre de la spiritualité et dans l'ordre de la sensibilité, est la manifestation des deux hommes que les meilleurs portent en eux-mêmes. L'un représente trop souvent encore l'opposition vive de la nature, l'autre s'élance aux éternels espaces; l'un demeurant attaché à ce quil possède, revient sur son passé comme sur lui-même; l'autre, se dégageant du SOI, se prend à l'espérance, au lieu de se prendre au souvenir; lun accessible par tous les bouts, impressionnable sur tous les points: lautre re-

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cueilli en lui-même, inépuisable dans l'intensité et l'intégrité spirituelle de sa vie profonde.

Ces deux hommes ne se sentent pas et ne nous mettent pas toujours à l'aise; néanmoins, quelle que soit en apparence la divergence de leurs centres de gravitation, ils prient tous les deux et Dieu les écoute. Le premier articule toujours, le second prie sans voix et sans parole ; et quand le premier s'est lassé de ce qu'il appelle ses vœux inutiles, le second ne se lasse jamais parce qu'il veut l'éternité. L'éternité! dont les inspirations portent en elles-mêmes la sainte patience. Si nous n'appartenons pas à l'un ou à l'autre de ces deux hommes d'une manière trop tranchée et trop distincte, tâchons de les concilier et de les faire vivre de bon accord. Que l'un élève, épure l'autre, et que celui-ci assure, en la ralentissant un peu la marche de son frère.

DE LA RESIGNATION. 41 i

Dieu veut qu'on lui parle de tout. Les biens qui sont susceptibles de devenir la matière du sacrifice n'en peuvent pas moins commencer par être l'objet d'une demande très légitime. S'il est des vœux supprimés, que ce ne soit pas parce qu'on les cache, mais parce qu'on y renonce. Tout ce qui est en nous doit pouvoir aller à Dieu et se soumettre à son influence, soit pour qu'il le combatte, soit pour qu'il le consacre.

Il ne nous permet pas seulement, il nous ordonne de lui exposer nos besoins, nos désirs, nos répugnances, nos tristesses. Il va jusqu'à nous permettre de lui dire nos pensées même les plus fugitives, et les plus irréfléchies; rêves et chimères, disons tout sans crainte d'être accusés d'audace.

Si « Dieu punit en exauçant les prières indiscrètes, » selon la parole de l'Ecriture, ce n'est pas la prière en elle-même, ni son imperfection qui peuvent avoir cet etïet; ce n'est pas même l'erreur, car Dieu nous fait souvent la grâce que nous nous fropapions innocemment, et alors si l'accomplissement de nos désirs intervient

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comme châtiment, c'est qu'il s'attache à des fautes, à des torts qui sont tout autre chose que ceux de la prière imi)arfaite, familière ou inconsidérée.

En lui découvrant notre cœur nous nous assurons des droits plus certains à son indulgence. Nous pouvons y mettre de l'abandon ; Dieu ne tend pas de pièges. Admirable et touchante merveille de l'économie divine, que, malgré une incommensurable distance, Dieu puisse agir sur nous et nous sur lui î

La plus grande douceur qui s'attache aux relations humaines est sans doute cette double influence mutuellement exercée par deux cœurs qui s'aiment : la sollicitude et l'affection qui s'expriment incessamment par un mouvement daction et de réaction. Et quand on pense que la vie spirituelle n'est que cela ! qu'elle se concentre tout

DE LA RESIGNATION. iVà

entière dans la grâce qui descend et dans l'amouiqui remonte par une correspondance fidèle ! Quand on pense que dès ce monde Dieu a ménagé comme rencontre avec sa créature ce qu'il y a de plus tendre et de plus intime entre deux cœurs qui se touchent pour se confondre; on ne sait de quels mots se servir pour peindre sa reconnaissance.

Dieu nous a aimés le premier; il est venu habiter avec nous, il est encore au milieu de nous, il fait ses délices de la conversation des hommes : Deliciœ meœ esse cum filiis hominum ; il se complaît dans ses entretiens avec des enfants qu'il revient toujours chercher. Il ne dit pas seulement Ephpheta, il n'ouvre pas seulement leur oreille, il délie leur langue et applique à toutes leurs infirmités sa vertu rédemptrice. Que ne permet donc pas une si sainte familiarité?

4i4 DK l.A P.ESIGNATION.

Dieu veut être fléchi, Dieu veut être prié, il le doit à sa justice et à ses desseins primitifs sur l'homme. Dieu veut que Moïse comme l'aveuglené, que Xinive comme la Chananéenne, que la ville, que le monde, .que tous les âges, que toutes les langues prient. Les Ecritures reproduisent cette vérité sous toutes les formes, parce que toutes les formes comme toutes les voix peuvent être données à la prière, et que tous les actes émanés du cœur de Ihomme ont le pouvoir de la traduire. Ainsi, laumone prie, la pénitence prie, le sacrifice, la confiance, la souffrance, la soumission prient également : tout retour consciencieux sur nos fautes, tout effort pour nous amender, toute victoire sur nous-même, tout cela, c'est la prière, et c'est puissant comme elle.

On aspire par la prière, on respire par la résignation. Prions, et avec toute l'intensité dont

nous sommes capables, sans crainte que cette confiance nous soit reprochée. Dieu règle, dirige, épure notre ardeur; jamais il ne laiTaiblit pour la perfectionner. Veillons seulement sur nos plus vives instances et sur nos vœux les plus ardents pour qu'ils ne blessent pas la soumission.

La prière, dans le chrétien, est surtout le regard calme et confiant de l'enfant vers son père, du malade qui expose son mal et interroge son médecin, de l'ami qui invoque la présence de son ami, parce qu'elle implique toute assistance. Dans nos vœux de nature mixte, il faut avoir soin que le vide de nos désirs ne s'alimente pas des débris de passions mal consumées, et qu'une aveugle et persistante volonté de réussir n'amène jamais dans sa lutte avec l'obstacle ces violentes oscillations intérieures qui semblent menacer à la fois dembrasements et de ténèbres.

Prions, mais prions Dieu selon Dieu et avec son esprit ! Exposer nos vœux, espérer, nous confier est saint , pieux , filial ; mais compter sur l'accomplissement de ces vœux, comme si cet accomplissement nous était dû. lattendre, c'est

autre chose ! Cest passer de l'amour qui croit et espère tout, à l'exigence irrespectueuse qui n'annonce pas le sens des choses de Dieu. Attendre, c'est trop dire à Dieu d'arriver, c'est lui donner notre heure au lieu de recevoir la sienne. Adorable jusque dans sa miséricordieuse lenteur, sa bonté ajourne ce qu'elle semble refuser !

Souft'rir sert à tout ! souffrir apprend à soutTrir, souffrir apprend à vivre, souffrir apprend à mourir.

il 8 CONCLISIOX.

Lors même que nous pourrions entrer au ciel par une autre porte que celle des tribulations, l'amour seul de Dieu devrait nous en ôter aussi bien la pensée que le désir, car c'est ainsi que notre divin Maitre et après lui tous les saints y sont entrés, portant leur croix et parcourant un cbemin couvert d'épines.

Quels exemples l'Écriture propose -t -elle à notre imitation? Ne sont-ce pas toujours des cœurs prêts à tous les héroïsmes du dévouement et de l'immolation? Est-ce Abraham, est-ce Job que la douleur eût fait reculer? N'est-ce pas elle qui arrache à David ses plus magnifiques accents? Aimer et souffrir n'est-ce pas aussi une seule et

(Ji.\CU"SUi.\. il 9

même chose pour tous les martyrs de la nou^('lle loi?

Ce qui confond. davantage les sentiments du Sauveur et ceux de la créature rachetée, ce qui rend le miracle de l'assimilation réalisable, nestce pas la souffrance? Par quel autre aspect notre vie pourrait-elle ressembler à celle du Christ? Par quel autre côté notre âme s'identifierait elle à la sienne, et parviendrait-elle à la comprendre? Qu'avons-nous de la sainteté, de la condescendance profonde, de la brûlante charité de Jésus? Et lui. qu'a-t-il de notre orgueil, de nos lâchetés, de nos ingratitudes, de nos révoltes?

Entre l'Homme-Dieu et ses imitateurs, il n'y a hors la grâce, pour combler l'abime, que la douleur et sa puissante plénitude. C'est par la souffrance que Dieu a été le plus homme; c'est par la souffrance que Ihomme s'approche davantage de Dieu.

Demandez aux affections de la terre si la crainte de souffrir arrêta jamais dans l'amour une àme généreuse, et si l'infaillible signe d'un cœur tou-

i20 CONCLUSION.

ché n'est pas de compter pour rien- le sacrifice et l'obstacle?

Et puis, on le nierait en vain, il y a quelque chose dans notre nature qui incline vers la souffrance, comme une sorte d'écho perdu d'une justice primordiale qui nous voue à l'expiation.

Ainsi, malgré notre avidité de bonheur, malgré notre répugnance pour des épreuves trop nécessaires, la satiété est au bout de toutes nos jouissances, il nest pas un sentiment élevé, profond et pur qui n'ait pour volupté une sainte tristesse.

Cet attrait secret vers l'indicible inquiétude, se mêle aux affections de toute àme d'élite. Les éléments de joie et de mélancolie existent dans un même cœur, et souvent bien près l'un de l'autre; ils s'y confondent, et s'ils présentent une contradiction, cette contradiction ne signale que mieux l'heureuse inconséquence qui ressort de notre double nature.

Au milieu de toutes les recherches de l'ambition et du plaisir, au sein de toutes les appréciations factices et vaines, ce sont encore ceux

CONCLUSION. m

qui courent la carrière des prospérités , que dévore le plus sûrement, sous les yeux du public frivole qui les envie, le dégoût prématuré.

Au contraire, interrogez les âmes pieuses, elles vous diront la richesse, la vie et la paix que roule ce fleuve de Dieu, coulant toujours à pleins bords. Ah! pourquoi Tamour n'est-il pas plus aimé! Il ny aurait plus en ce monde ni aridité, ni désert.

Sans doute, plus d'esprits qu'on ne pense seraient aptes à proclamer les beautés de la loi divine, la magnifique ordonnance de ses desseins, si à côté des splendeurs qui ravissent le poète, à côté des vérités spéculatives qui séduisent le phi-

422 rj^NCLUSION.

losophc. il \\\ avait l'austère école de la morale, le devoir du renoncement et de l'humilité. Autant de t'ois que l'homme est dans le vrai, l'inclination du cœur ne le mène que là oii le conduirait la raison consultée par un esprit libre.

Ah! qu'heureuse et grande serait l'humanité, si elle pouvait traduire en action persévérante ses vagues instincts, ses émotions passagères, ses as- [)irations fugitives vers la patrie céleste! Quels spectacles ne donnerait pas la terre si tous ceux qui s'épuisent en stériles labeurs, ne s'appliquaient qu'à comprendre Dieu, à le faire goûter, à rassembler de toutes parts ses enfants, ses adorateurs, ses élus, à révéler à tant de cœurs ignorants qu'ils possèdent ce qu'ils cherchent.

Qu'une telle destinée serait belle, qu'une si naturelle et si puissante manifestation de la vie intérieure serait pleine de ravissements! Ce serait l'hosanna de l'àme chanté sur tous les rhythmes, ce serait une poésie vivante et sublime, un hymne nouveau, une langue universelle que la succession de nos actes épellerait incessamment à la gloire du Créateur.

CONCLL'SION. 123

Cette félicité iiest pas la nôtre, cependant nous pouvons encore la concevoir sans la regretter, elle se retrouve tout entière dans la simple union de notre volonté avec celle de Dieu.

« Ne sentez-vous pas, disait sainte Madeleine de Pazzi, quelle douceur infinie renferme cette douce parole : — la volonté divine? »

Qu'il est aisé à comprendre ce saint évêque qui oubliant, abdiquant toute individualité propre, voulait qu'on l'appelât pour tout nom : quod Deus vult (1).

Est- il au monde une parole plus tendre, plus

(\) Ce que Dieu veut.

itl CONCLUSION.

empreinte de divine sympathie que cette parole : 0 mon père ! que votre volonté soit faite ! Parole enseignée par Dieu même, talisman que nous confie son amour pour conjurer sa justice. Que votre volonté soit faite ! Miracle toujours subsistant d'un Dieu qui daigne vouloir et d'une créature rebelle qui s'élève à l'obéissance! Parole souveraine dans son apparent anéantissement.

Volonté de ce qu'on aime qui sans être toujours comprise est toujours entendue; volonté dont on ne peut redouter l'injustice et dont on chérit les mystères; volonté respectée et qu'on ne voudrait pas surprendre pour gagner le ciel ; volonté adorée, loi de tous les êtres, béatitude des élus ; volonté qui fait la gloire de la place qu'elle assigne, qui donne la force du sacrifice qu'elle commande, la consolation de la douleur qu'elle envoie ! Volonté de mon Dieu, entraînez la mienne plus vite que le monde ne sortit du chaos, plus vite que la lumière ne parut à votre voix, plus

vite que les joies du ciel ne font oublier à vos saints les tristesses du passage; volonté de mon Dieu, soyez toujours la mienne, et jusqu'à mon dernier soupir initiez-moi à vos secrètes et croissantes délices !

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De la Musique o()

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Du Firmament 58

De la Natare 61

De la Politesse 65

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