CHAPITRE VU
Qu'il est un excès de douleur qui dément les paroles de la soumission.
Il ne faut pas se le dissimuler, s'abandonner tout entier à une douleur excessive, consentir à cet excès, rend illusoires toutes les paroles et même tous les actes par lesquels on croirait exprimer la résignation. Qu'importe la soumission du bout des lèvres, quand la résistance vit au fond du cœur, quand Dieu n'est qu'un juge qui ne prononce que des arrêts, quand notre confiance, res-
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pectueuse si l'un veut, reste inerte et stérile? Soutl'rir, c'est comme mourir, il le faut bien,, qu'on le veuille ou non; et, ce qui distingue le chrétien, c'est de joindre à la nécessité ce qui la transfigure et l'anéantit. .
Sans doute le chrétien souffre, il souffre profondément parce que c'est une dignité de souffrir, et que toutes les dignités il les possède ; de plus il souffre toujours, car Dieu, qui a fait la consolation, n'a pas fait loubU. INéanmoins, tout en reconnaissant la souffrance à laquelle le péché a condamné les hommes, les paroles des Livres saints sont formelles et unanimes à proclamer le règne de la joie dans cette vallée de larmes. « Le cœur de l'homme de bien, dit l'Ecclésiaste,* est un festin continuel » Et l'Apôtre ne vient-il pas nous enjoindre détre toujours dans la joie. Les saints n'ont pas d'autre langage : « Je veux bien que la piété pleure, disait saint Paulin, mais je veux que la foi se réjouisse toujours. »
L'Ecriture, qui concilie toutes les contradictions, n'établirait-elle pas ici la plus flagrante de toutes, s'il n'y avait dans la piété des joies pour
dominer toutes les afflictions, les envelopper, les revêtir comme de ce vêtement d'immortalité qui. selon lexpression de saint Paul, doit absorber la mort? La foi, dans ses degrés, est aussi un arbre qu'on juge par ses fruits : de sorte que nous ne pouvons pÊis plus regretter, comme ceux qui n'o/ft point despéra)ice, que nous inquiéter comme ceux qui nont point de père clans les deux.
Que de changements s'opèrent dans notre esprit par une seule pensée de Providence et d'immortalité! Que devient le présent, quand se lève une seule espérance? Dieu entre dans la vie du fidèle par ses inspirations, et par sa grâce il l'admet à sa plus intime familiarité : comment donc du sein de cette vie, mêlée en quelque sorte à celle de Dieu, ne formerions-nous pas des jugements tout autres que ceux qui sont dictés par la nature abandonnée et sabandonnant elle-même?
Le saisissement imprévu, le bouleversement douloureux ont bien des droits sans doute à l'indulgence divine ; toutefois, si la piété est profonde, ancienne (ce qui comporte un âge spirituel qui n'a rien à faire avec le nombre des années), elle a dû préparer le bien, produire les effets qui lui appartiennent, gagner de vitesse, pour ainsi dire, la spontanéité même, et réduire au moins considérablement le nombre des redoutables surprises. On a beau dire que les impressions ne se raisonnent pas, ce qui marque le vrai chrétien d'un sceau tout particulier, c'est la manière, non pas seulement dont il résiste à la douleur, mais la manière surtout dont il en est atteint.
L'habitude de la modération pieuse repétrit tout l'homme et fait triompher la puissance du christianisme, qui n'est pas surnaturel uniquement dans la vérité qu'il enseigne, mais encore
dans tous les effets qui en ressortent. Si dans les âmes réduites et façonnées au saint joug de la foi, les premiers mouvements mêmes peuvent être soumis et fidèles, combien Dieu n'a-t-il pas le droit de les exiger tels, quand la réflexion a pu intervenir, quand une sorte d'ordre a succédé à la perturbation, quand enfin le temps, ce puissant auxiliaire donné à la vertu, a pu agir?
Que dire alors des profonds ravages qu'on laisse s'accomplir, de ces transports violents, de ces regrets qui dévorent, et dévastent, de ces douleurs convenablement portées au dehors, mais qui n'en poursuivent pas moins une œuvre de destruction à laquelle la volonté assiste comme impassible, ou même en en calculant les effets, en y applaudissant d'une sombre joie intérieure?
Quand l'excès de la souffrance fait que la mort, même comme anéantissement, nous semblerait encore une délivrance, cela ne nous révèle-t-il pas le caractère coupable d'une douleur qui nous fait abjurer toutes nos espérances? Ce suicide négatif, qui a presque la gravité de l'autre, conséquence dune douleur continue.
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énervante, usant incessamment les ressorts de la vie, n'est-il pas un ennemi auquel nous devons résister de toutes nos forces , quand il abrège et tranche évidemment des jours où Dieu sans doute avait déposé mille germes de salut ?
Songe-t-on bien à quel degré mourir de chagrin est une mort impie? Y a-t-il un saint qui soit mort de chagrin?
Les hommes sont particulièrement touchés de ces sortes de mort; ils les admirent avec une piété idolâtre; ils croient y voir l'apothéose de la sensibilité humaine. Au lieu de cela, comment ne pas répéter, avec sainte Brigitte: « Les insensés, qui s'écrient : Nous voulons plutôt mourir que quitter nos volontés! » Vainement ils disent, en courbant la tête, sans vouloir relever leur âme accablée : Nous adorons les voies de Dieu; lui seul est le maître! Ah ! quel que soit le respect du silence ou de la parole, cet abandon à la douleur, cette souffrance sans contrôle, n'a qu'un nom pour la conscience, et ce nom, c'est : — murmure !
Et ce murmure n'est pas seulement une plainte! Quoique inarticulé, ce murmure est accusateur ! Car n'est-ce pas accuser Dieu d'être un maître injuste, que de laisser croire qu'il inflige à ses serviteurs un fardeau au-dessus de leurs forces, un fardeau que leur vertu veut bien porter en s'interdisant de gémir, mais dont ils ne restent pas moins écrasés? N'est-ce pas accuser Dieu d'ingratitude que de donner à supposer qu'il fait ce dont bien des hommes, même corrompus, sont incapables, qu'il laisse manquer ceux qui se donnent à lui ?
Et quand les ennemis de ce Dieu de justice, mais aussi de mansuétude, rient de ses foudres, contestent ses bienfaits, proclament sa suprême indifférence, vous, ses croyants, ses serviteurs, ses amis, vous ne savez pas le défendre ; vous laissez croire qu'effectivement il ne sait ni aimer les siens, ni ménager un contrepoids secret aux afflictions visibles, qu'il ne daigne ni fortifier, ni soutenir, qu'il n'y a par conséquent rien d'avéré que ses coups, qu'impuissant ou inridèle. il lu^ peut ou ne veut pas consoler, et enlin. que les
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considérations qui naissent de la foi, douées peutêtre dune action faii)le et limitée, sont incapables de se mesurer avec les événements cruels et les blessures profondes! Dieu se justifiera un jour, mais ici, c'est à nous de le justifier.
Et cet abattement qui succède au mal aigu, cet affaissement mélancolique qui n'a plus, à la vérité, les frappants symptômes, ni les bruits sourds de l'orage, mais qui se résout en une situation de l'àme sur laquelle semble s'étendre un voile de deuil, serait-il plus licite aux yeux du chrétien? Quoi ! Vous vous efforcez de faire ressortir les vérités éclatantes de la parole divine, la magnificence de ses révélations, la miséricorde de ses desseins, et, en même temps, vous laissez supposer que Dieu ne sait pas consoler, qu'il n'a pas de trésor en réserve pour adoucir ses rigueurs, et
que la plus sincère piété est, après tout, aussi inefficace que la plus vaine philosophie !
Cet abattement consenti, tout déférant qu'il puisse se montrer, n'en est pas moins une défection coupable, et une silencieuse protestation contre les décrets de Dieu. Ah ! vous qui laimez, vous qui voudriez sa gloire, ses triomphes, songez-vous, quand la tristesse vous surmonte, que vous êtes le lieu, loccasion, le complice de sa défaite ? Que c'est Dieu lui-même qui est vaincu en vous, toutes les fois que votre amour et votre foi ne s'élèvent pas au-dessus de vos ennuis? Ah ! Comment ne serait-on pas plus fort que la douleur, quand on a Dieu pour soi. et Dieu contre elle ! De telles faiblesses n'annoncent-elles pas une foi languissante, ne démontrent-elles pas que si la résignation est dans la conscience, elle n"a pas pénétré assez avant dans le cœur, c'est-àdire, qu'il reste à la victime qui s'offre suffisamment de vie pour que la rébellion y fermente encore !
Que l'àine touchée de la grâce se hâte donc de dominer ces imperfections , qu'elle se hâte . plus fidèle qu'Ananie, de livrer cette intime et cuisante douleur, dont un instinct d'amertume passionnée aimait à faire sa « dernière amitié. »
C'est lorsque le vent des voluptés terrestres effleure encore notre visage, c'est lorsque nous tournons nos yeux vers les choses périssables, c'est lorsque nous allons nous asseoir au festin de l'impie, lorsque nous prêtons l'oreille aux accents de l'incrédule , c'est enfin , lorsque nous cherchons ce le bonheur des hommes, » que nous connaissons la douleur. Mais pour qui vous aime et vous suit, 0 mon Dieu ! la douleur, fantôme humain, n'existe pas, il n'y a que l'amour, il n'y a que l'espérance, il n'y a que la joie de la soumission et du sacrifice. Vous avez vaincu la douleur comme vous avez vaincu la mort!
Ou plutôt cette douleui- change de caractère ; elle rappelle cette solennité calme et douce dont l'Eglise entoure les obsèques des petits enfants. C'est la mort , mais avec les paroles et les chants empreints de la certitude de la vie heureuse, dont un léger voile nous sépare. Les chants sont tristes, l'exil n'en connaît pas d'autres, mais ils n'ont rien de lamentable et de déchirant : le péché en est absent. Ce sont bien des larmes que Ton répand, mais il n'y a pas de deuil ; et pour prières , des cantiques de réjouissance.
Eh bien ! la douleur du chrétien me semble trouver son fidèle emblème dans ce petit enfant innocent couché immobile dans son cercueil , que des fleurs embaument. Pour le petit enfant, la possession de Dieu; pour la douleur chrétienne, la certitude de le posséder un jour. L'enfant est allé à Dieu ; Dieu viendra à la douleur . et elle l'attend ; elle sait qu'il viendra, et. s'il apporte quelque délai . elle l'attendra encore, car il viendra certainement. Veniet et non tardabif. Et comme l'Eglise, a}q)liquant ses sutTrages à ces âmes innocentes, (jui foiiiiciit la voie lactée
(lu ciel des âmes, la douleur chrétienne, patiente pour souffrir, impatiente démériter, bénit encore plus qu'elle n'invoque !
Les efïets de la foi ne se renfeiment pas exclusivement dans la réalisation de ses menaces et de ses promesses pour la vie future. Dès ce monde , cette foi porte des fruits de félicité et le Iwnheur terrestre du vrai chrétien, quoique inférieur en dignité, n'en est pas moins entré dans les vues du divin lég:islateur.
Cette religion de renoncement protège tout ce qu'elle règle, affermit tout ce qu'elle approuve, fortifie tout ce qu'elle tempère ou limite. Moins on se le propose pour but. plus elle nous fait rencontrer le bonheur sur la terre, et ce bonheur augmente à mesure qu'on s'efforce d'élever son
cœur, au lieu de se préoccuper de le satisfaire. Le christianisme traite le bonheur précisément comme il traite le corps : il veut qu'on ne leur donne à tous deux que la seconde place; sachant leur fidélité douteuse, il veut qu'on les observe, qu'on les assujettisse toujours, qu'on les sacrifie quelquefois, et qu'on reste enfin, dans ses rapports avec eux , maître et seigneur.
Le christianisme, qui semble dédaigner le bonheur et se faire l'ennemi du corps, honore l'un et protège l'autre, plus qu'aucun culte, plus qu'aucun système n'a jamais su le faire.
Quel caractère divin n' imprime- t-il pas au bonheur sur la terre ! Quelle caressante sanction ne donne-t-il [jas à toutes les légitimes tendresses du cœur! Que d'incitations, dans sa parole, à aimer, à aimer toujours et toujours davantage!
Et ce pauvre corps humain dont on croirait qu'il ne s'occupe que pour le réduire, quel système, même parmi ceux qui en ont fait un Dieu, lui a jamais rendu d'aussi réels honneurs que le Verbe, qui l'associa à sa divinité, qui lui promet la résurrection . et qui l'appelle, par les sacre-
ments dont la nature est toujours double, au partage des plus étonnantes grâces qui puissent descendre sur la terre?
Dieu ne hait et ne méprise rien de ce qu'il a créé; rien n'est si petit ni si abject qu'il ne le relève et ne le purifie; dans ses sévérités, ce n'est jamais la vengeance qui s'exprime ici-bas, ce n'est pas même la justice, c'est toujours son amour. C'est toujours par une souffrance moindre, que le coupable qui la subit se rachète de la soutTrance méritée.
Tout le système catholique a été combiné pour venir au secours de la créature humaine dans la double phase de son existence, ici et au-delà. Sa morale, ses préceptes , ses conseils même n'ont pas un autre but.
Les verhis qui ont été mises en tête des autres, et qu'on a appelées théologales, à cause de leurs
forces régénératrices, sont en elles-mêmes le principe des plus grandes consolations et des plus grands secours dont Thomme puisse ètic aidé.
La Foi ! Croire, se confier, s'appuyer enfin ; agir sous un œil sans cesse ouvert, sous un bras toujours prêt à vous relever; se senfir rappelé au dedans de soi par une voix dont l'accent vous émeut toujours, dans le calme comme dans la tempête, dans la joie comme dans les larmes ; avoir un témoin qui vous suit, un défenseur qui vous protège, un confident qui vous écoute, un ami; ami jamais absent, jamais sourd, jamais muet, qui nentend pas seulement, qui répond, en qui il n'y a ni distractions, ni ignorance et qui, vous montrant dans le monde une figure qui passe, découvre à vqs yeux l'éternité oii la félicité vous attend !
Au doux et riant tableau que Terreur même a su faire de I'Espérance, à la réalité de ses bienfaits dans son action toute naturelle, aux fleurs quelle sait répandre sui- la plus triste vie. à son prisme riche de couleurs, à cette fidélité dp vocation qui II. 25
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la rend, sans exception, lintime compagne de l'homme depuis son berceau jusqu'à la tombe, il est aisé d'imaginer ce que peut être l'espérance chrétienne, la sainte espérance dans la glorieuse transfiguration de son élément terrestre. Ce n'est pas l'illusion qu'elle invoque : elle n'a besoin que de la vérité, de cette vérité toujours féconde, inépuisable. Placée entre la Foi et la Charité, l'Espérance chrétienne est la récompense de l'une, et comme le prélude de l'autre; ou plutôt ces trois célestes sœurs s'empruntent , croisent et mêlent leurs rayons!
Quand Dieu neùt mit que permettre à l'homme de l'aimer, il eût déjà fait beaucoup pour lui. Mais si partout il a déposé le germe de cet Amour, il le développe, l'exerce et le nourrit bien autrement dans le cœur des enfants de son Église. Qui ne sait que c'est sur les genoux de sa mère que l'enfant apprend à aimer? Là seulement se préparent les chastes délices qui ne laissent plus se tromper ni de bonheur, ni d'amour.
Et de ces trois moyens de la félicité humaine, la foi. l'espérance et la charité, le christianisme
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fait des devoirs, a(iii que personne ne puisse y échapper que par sa propre faute. En effet, que de soins dans la vie pratique de la piété pour nous avertir, nous garder de nous-mêmes, nous éclairer sur nos dangers, nous fortifier au tribunal du pardon, enivrer notre âme à la table sainte, ravir notre imagination, plaire à nos sens, parler à notre esprit et consoler notre cœur.
Et pour peu que notre lyre intérieure s'accorde au diapason divin, quel calme délicieux dans la possession de nous-mêmes, dans le sentiment de l'équilibre harmonieux entre toutes les puissances de notre être ! Quelle liberté dès-lors au dedans de nous, et que le monde est riche et beau, embrassé par un œil libre et serein!
Sous les impressions d'un cœur fervent et rassasié de pieuses extases, quoi de plus enchanteur que les aspects de la nature, qui font passer si doucement de Dieu à ses merveilleux ouvrages !
Que de ressources dans le travail ; que de trésors variés offerts par les arts, la science, et surtout par l'étude qui répond si bien à notre active
;{NS DE I,\ liESlCNATlON.
curiosité et nous lévèle aussi le ciel où le bonheur de connaitre est tout près de celui d'aimer !
Et tout cela, pour tous! sans restriction, sans privilège pour les situations particulièrement favorisées! Voilà ce que donne le patrimoine universel, le fonds commun, l'héritage de tous, de tous ceux surtout (jui, pouvant prendre une si large part à tant de bienfaits, sont souvent les plus disposés à les méconnaître.
L'instinct qui nous fait chercher le bonheur est la preuve de sa réalité même. Il serait difficile de penser que nous imaginons ce qui n'existe ni n'existera. Ce serait créer en dehors de la nature; et, si le fer s'émeut puissamment attiré, c'est que l'aimant existe.
Ce problème du bien supième, qui a fait la préoccupation de ranti([uité, est merveilleusement résolu par le christianisme. (|ui nous fait
I»K LA f'.ESlGNATlON. 389
trouver en même temps la vie parfaitement belle et la mort parfaitement désirable. Il semblerait de prime-abord que si la vie paraît belle, on doit redouter la mort qui en est le terme et que. dune autre part, le désir de la mort doit décourager et désenchanter de la vie. Du point de vue humain qui concentre son estime sur les biens qui passent, il ne saurait en être autrement, et ce serait sans doute vouloir concilier l'irréconciliable.
Mais dans le système chrétien, les ardentes aspirations n'ont qu'un objet légitime, c'est la félicité éternelle. Le bonheur espéré par la mort, et celui que la vie peut donner, sans être identiques, ne sont pas étrangers lun à lautre, puisque la possession de Dieu est au fond de tous deux.
La mort désirable hors du christianisme! Les infortunés seuls peuvent ladmettre. et on ne sait sous quelles conditions de trouble et de désespoir! Us la considèrent comme une fin: mais, pour le chrétien, c'est à la fois le commencement et le complément de toutes les espérances qui ont traversé le temps.
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Wmv que la mort soit parfaitement désirable, il faut ({u"à la suite de tant d'àmes saintes dont le passage de ce monde à l'autre n'a été qu'un cantique de délivrance, on ait placé ailleurs qu'icibas sa richesse, le cœur suivant partout son trésor. Quant à la vie, pour qu'elle soit toujours et parfaitement belle, il faut que le dévouement et le sacrifice soient au nombre de ses joies, que l'immensité du but réagisse sur chaque point de l'espace qui doit être parcouru, et que nos efforts sur nous-mêmes, les prodiges de la grâce, les illusions détruites, les vrais biens vraiment appréciés, viennent composer une réalité de douceurs profondement inconnues au monde et qui n'ont été à l'usage que de cette incomparable foule qui peuple les parvis célestes.
c< Les Anges, dit saint Grégoire-le-Grand, » portent partout avec eux leur paradis, quelque » part que Dieu les envoie, parce qu'ils ne ces- » sent jamais de lui être unis. » Voilà le secret des joies permanentes.
Le Christianisme n'est pas une théorie spéculative et stérile ; chacun de ses dogmes porte en kii-mème une vertu appelée à se manifester par des résultats.
Dans le langage des hommes, tout ce qui nest pas rébellion flagrante se nomme résignation; mais dans le langage sérieusement chrétien, les mots qui expriment les idées doivent, ainsi que dans les formules sacramentelles . opérer ce qu'ils signifient. 11 ne s'agit donc pas ici seulement d'une acceptation intérieure, il faut que cette acceptation vivante ait tous ses effets de lumière et de charité.
Rien ne peut s'entremettre malgré vous entre [epe?iser de l'esprit et le Doulolr du cœur.
Dans ce toi' intérieur, domaine oii vous pénétrez seul, vous n'avez à vaincre que vous-même, vous êtes roi, par cela seul que vous êtes libre; rien ne saurait vous empêcher de courber, d'assouplir vos sentiments, ou de les élever à la hauteur des principes qui vous guident.
Au dehors, votre conduite est toujours susceptible de recevoir mille interprétations qui peuvent faire votre excuse ; mais au fond de vous-même, vous avez l'entière responsabilité des mouvements auxquels vous obéissez ; là, le moindre désaccord entre vos paroles et vos sentiments, est mensonge, la moindre faiblesse prévarication, le moindre refus fait à Dieu, une négation de sa Providence !
l'^t si une volonté anciennement formée, un engagement pris, vous liaient déjà, si, par le mouvement d'un saint attrait, vous vous étiez servi de ces paroles si tendres, si douces à prononcer, de conformité entière, de volonté abdi- (piée, d'abandon irrévocable à la volonté divine, que sais-je? si jamais vous aviez dit à Dieu que sa volonté était la vôtre, qu'offerte pour toujours, le châtiment suprême serait de la rei)rendre. si
ces mots : sans limite, sans réserve, sans retour, avaient été prononcés, ah! croyez-moi, c'est avec Dieu surtout que donner et retenir ne vaut.
Avec de l'habileté, peut-être n'est-il pas impossible de ne laisser apercevoir aux hommes que la part qu'on leur fait ; mais le Dieu jaloux voit surtout dans ce qui lui est offert ce qui lui est soustrait.
Et lors même qu'à tous ses degrés votre soumission serait jugée suffisante, n'êtes-vous pas incliné, entraîné à faire plus qu'on ne vous demande, à franchir la distance qui sépare le précepte du conseil, ce qui est obligé de ce qui est facultatif? Le précepte n'est en effet que la stricte justice telle que son accomplissement en donnait le sentiment dans l'ancienne loi; le conseil, avec ses espaces libres, c'est la loi nouvelle et ses paternelles adoptions.
Toute science a ses expériences définitives qui lui donnent force de loi.
Dans la science du christianisme, c'est peutêtre le bonheur du chrétien qui résume de la manière la plus incontestable la fidélité de Dieu à ses promesses. Qu'on y réfléchisse, il est en faveur de la vérité un argument universel, à la disposition de chacun et de tous les moments, un argument qui appartient exclusivement aux serviteurs de cette vérité adorable qui en manifeste toute la bonté, toute la puissance profondément logique, portant défi à toute contrefaçon, hommage irréfragable rendu par le serviteur à son maître, c'est le bonheur intérieur, mais visible, dont jouit le chrétien sincère.
Hors du catholicisme, ce qu'il y a d'absolu dans le bonheur ne saurait exister, parce que là seulement les contrepoids sont assez forts pour balancer le fardeau de l'immense misère humaine ; là seulement existe un levier assez puissant pour soulever la pauvre nature déchue, et lui faire atteindre l'incommensurable hauteur de
laquelle se découvrent les vraies proportions de ce monde.
Un esprit libre, une humeur égale et douce, un visage content expriment au dehors l'ordre et la paix du dedans. Cette disposition ferme et soutenue, qui n'est pas seulement le travail de quelques moments, mais la réalité de tous, ne pouvant venir de la nature, toujours pleine de vicissitudes, doit être attribuée à la grâce, ou du moins à un principe supérieur que les plus prévenus sont bien forcés de reconnaître.
Le bonheur est chose si peu commune et si estimée, qu'il n'apparaît guère sans se faire remarquer, sans qu'on demande d'où il vient et où il va. Les esprits les plus incultes, comme les plus raffinés, les plus sérieux de leur nature, comme aussi les moins encUns à se préoccuper des vérités abstraites, sont bien obligés de remonter jusqu'aux sources d'un si rare prodige.
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Dans les autres moyens mis au service de la vérité, voyez tout ce qu'ils ont contracté d'infirme, d'intermittent, de contestable par l'effet de la décrépitude sociale. La parole î on en a tant abusé ! souvent n'ajoute-t-elle pas à la difficulté de s'entendre? Les actes ! il arrive qu'ils soulèvent une égale méfiance, tant ils peuvent être calculés pour couvrir un intérêt personnel. Les croyances ! elles peuvent être simulées dans l'intérêt de l'ordre et de la paix publique; l'imagination peut se laisser prendre par les beautés de la religion, en compagnie de beaucoup d'autres; de larges et hardies trouées peuvent être pratiquées dans toutes les régions du sublime, sans porter néanmoins dans les intelligences la conviction d'un centre, d'un foyer unique, ardent et bienfaisant à la fois.
Dans les affirmations spéculatives, tout peut êîre controversé et rendu contestable; mais lorsque aux yeux de ce monde avide ou comblé de prospérités, et qui n'en est pas moins triste, in- ({uiet, ennuyé, accoutumé à ne voir dans toute règle qu'un joug insupportable, dans la vie du devoir (piune fastidieuse monotonie, lorsque vous.
IJE LA RÉSIGNATION. 397
qui représentez tout ce qu'il repousse et dédaigne, vous n'en déployez pas moins le bonheui" qu'il cherche et qui le fuit , figurez-vous l'impression qu'il peut en recevoir ! Quelle vue que celle de la paix fleurie, de la lumineuse sérénité du chrétien sous le poids des revers, des privations de Tàge, de la maladie, de tous les sombres éléments enfin dont se compose la vie humaine î
Une joie dont on porte la racine en soi-même, qui ne se montre ni ne se cache, mais se laisse voir, dont la permanence a déjà quelque chose de l'immutabilité céleste, fait réfléchir les hommes tout en les déroutant ; ils se sentent pris au dépourvu pour expliquer humainement un si étrange phénomène, et commencent à comprendre qu'il faut que quelque chose de mystérieux, de divin même s'en mêle : l'agent intérieur de si merveilleux eff'ets est bien près de leur paraître Dieu, comme Jésus au centeniei- (hi crucifiement.
Oui, il est dans le monde un apostolat silencieux, un symbole vivant et écrit, une prédication incessante et persuasive, c'est le rayonnement naturel d'un contentement profond et véritable. Chrétiens et enfants de TEglise, la joie que nous goûtons à son service est de tous les hommages le moins suspect, le plus juste et le plus reconnaissant. Jamais les immortelles espérances auxquelles notre dévouement sacrifie ne seront aussi bien proclamée^ par nos paroles que par le contraste de nos peines connues avec la radieuse tranquillité de ce repos qui va du cœur au visage.
A quelques épreuves que nous soyons soumis, quelque dépouillés de consolations, d'appuis et de mérites que nous puissions être, ne nous resterait-il pas encore le sort de « ces étoiles, dont parle le Prophète, qui prennent plaisir à luire pour celui qui les a créées (1)?» Ah ! ne nous lassons pas de dire avec Bourdaloue : « Je ne sais, » ô mon Dieu, si vous êtes content de moi, et je » reconnais même que vous avez bien sujet de ne
(1) Bmi-ucIi.
» l'être pas; mais pour moi. mon Dieu, je dois » confesser à votre gloire que je suis content de » vous et que je le suis parfaitement. Il vous im- » porte peu que je le sois ou non ; mais, après » tout , c'est le témoignage le plus glorieux que » je puisse vous rendre, car dire que je suis con- » tent de vous, c'est dire que vous êtes mon Dieu, » puisqu'il n'y a qu'un Dieu qui puisse me con- » tenter. »