DE LA MUSIQUE
L'harmonie et la mélodie qui se partagent les effets des sons, ont peut-être leur premier type dans la nature double de l'univers et de la destinée humaine considérée dans la société et dans l'individu. L'harmonie, comme le monde extérieur, comme les masses qui s'y meuvent, présente ses parties liées, enchaînées, ordonnées pour concourir à un seul et même but ; régulière et mesurée dans sa marche conmie les courbes célestes, dans son essor même le plus hardi. n\\\ écart ne lui est permis; une volonté toute puissante semble l'avoir enchaînée à la magni(îc(nice et à la grandeur, et renfermer ses libertés dans la
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latitude donnée aux lois quelle exprime. La mélodie est toute morale et libre par conséquent. Expression du cœur, elle suit et rend fidèlement ses mouvements. Elle rappelle les joies alors qu'elle est brillante, peint par des sons doux et prolongés ses délicieux et rares repos, soupire ses inquiétudes et fléchit sous ses douleurs comme lami qui les partage. Veut-elle retracer les tristesses et les vagues désirs qui tour à tour agitent l'homme ou le bercent? Elle semble rêver ses chants comme lui ses chinières. La mélodie n'est à la fois qu'une seule pensée; mais mobile et ra- [)ide, successivement elle les rend toutes et nous raconte toute une destinée. L'harmonie, par ses grands effets, semble faite pour parler aux hommes assemblés, et la mélodie pour transportei* tous les souvenirs dans la solitude. La parole \h'u\ bien s'appliquer à un morceau dépure harmonie, mais elle n'y est jamais quaccessoiic. Loisque la mélodie s'associe la parole humaine, elles rivalisent de charme et de puissance; la parole redevient l'expression du cœur, mais la mélodie reste son accent.
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N'est-ce point au luilieu des rigueurs de l'hiver que la voûte céleste se fait davantage sentir à nous comme la région de l'immuable et de l'éternel? Figure du monde des âmes, nulle trace du temps dans ce royaume de l'espace. Là est la beauté sans rides et sans taches, l'immortelle jeunesse. Comme l'àme. le ciel a des dates et n'a point d'âge ; comme l'âme, il n'a point de nuit; il change de flambeaux ainsi qu'elle de clartés. La succession des saisons l'ail les vicissitudes de la terre, ses ardeurs, ses frimas, ses tristes et longs dépouillements. Par une immunité sublime, quoique créature, le ciel ne connaît ni altération, ni déca-
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(leiice. Pendant le join'. de son foyer hiùlant s"échappent des flots de lumière; pendant la nuit. ses ténèbres s'éclairent d'innombrables soleils; dans l'immobilité puissante^ de ses astres, ou dans leur marche triomphale sous lœil ouvert du Très- Haut, semble se produire l'image de l impassibilité des saints et de leur zèle rapide et irrésistible. Ainsi, tandis (pie courbée sous le joug" du solstice d'hiver, la nature désolée, muette, couvrant d'un linceul sa luidité, semble accuser le péché et ses suites funestes, le ciel leste bleu, le soleil garde l'or de ses rayons, la lune sa clarté argentée, les étoiles le feu de leurs diamants di-versement colorés, enfin, resplendissante et magnifiquement parée, la voûte céleste semble, comme le cœur de l'homme de bien, célébrer une fête perpétuelle, la fête de la rénovation promise. Mère bienfaisante, la terre laisse pourtant tarir ses mamelles; la source de la lumière ne tarit jamais, le monde ne peut vivre sans elle. Chaque jour peut se lever, chaque nuit dissiper ses ombres, mais c'est pour nous inviter aux douceurs d'une prochaine espérance. Rien d'ir-
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icNocahle au-dessus et au-dedans de nous, (juun luiaf^e s'entr'ouvre . qu'une l)runie se dissipe, qu'une vapeur s'efface, et le contem[)lateur qui se confie, qui espère, qui attend, est' consolé ! C'est pour lui que veille la puissance, sous la forme de l'impérissable beauté!
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