‹ Sa vie et ses œuvres;Chapitre 7 sur 46 · DE LA NATURE · texte numérisé non relu

DE LA NATURE

La nature et ses divers aspects, comme les arts et leur sens multiple, sont autant de voix qui pénètrent en nous et qui parlent à notre intelligence. Tout, dans le monde visible, dans le monde que l'on touche et qu'on entend, vient exprimer notre cœur ou lui répondre; c'est une autre langue, mais c'est la même histoire, car la nature aussi est ce que la chute de l'homme l'a faite. Ses scènes, ses effets ont une mystérieuse analogie avec les dispositions qui sont en nous, avec celles que nous devons combattre ou que nous voulons fairttriompher. Il résulte de ces rapports que cette

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nature inanimée, insensible, nest pas sans action sur nous, que nos impressions morales peuvent en dépendre, qu'elle aussi nous fait du mal ou ifu bien : selon la page qui nous arrête dans ce grand livre de la nature, nous nous trouvons modifiés. Tour à tour, elle nous fortifie ou nous séduit, nous trouble ou nous apaise, fait circuler dans nos veines Tair pur de la montagne et sa vie rapide et légère, ou les brises de la vallée parfumée dont la mollesse est [)erfide. Nous subissons intérieurement les phénomènes qu'elle fait passer sous nos yeux. Ainsi, ses grands désordres nous ébranlent; une fatalité terrible semble nous pousser dans le gouffre béant ; les roches aiguës et entassées comme une tempête fixée, nous retracent d'autres redoutables et permanents ravages ; le vertige nous saisit au sommet des hauteurs escarpées, de même qu'un horizon étroit et fermé fatigue notre œil qui demande l'espace, comme notre àme l'avenir. La sublime majesté de r( )céan et des Alpes nous transporte, nous ravit, nous fait entrevoir par-delà les nuages, encore d'autres cieux ; mais bientôt se fait s«Mitir le

besoin de nous reposer de l'admiration même. Par Teffet de celte réaction, quand le besoin de la force et de la paix nous presse, nous fuyons et le torrent qui brise et entraîne, et le ruisseau qui fait trop rêver, le fleuve même qui coule au loin. Instinctivement, et comme pour protéger la libre possession de nous-mêmes, nos pas s'arrêtent de préférence au bord des eaux tranquilles, nappes merveilleuses dont T aspect à la fois grave et serein élève nos contemplations. Dans cette disposition d'équilibre et de paix, rien ne nous parle, ne nous répond mieux que ces lacs ombragés, perdus dans les détours de la montagne et dont la glace unie est un autre ciel d'azur. Ouil fait sentir et penser, le lac solitaire, écarté, sans bruit, sans nom! Eaux pures et limpides renfermées dans une coupe de verdure, un seul regard embrasse leur unité charmante; contenues et vivantes dans des limites quelles ne peuvent franchir, elles semblent comme la sagesse même, réconciliées avec la nécessité. Si nous demandons au lac le secret de sa vie intérieure et profonde, il nous répondra par la riche végétation dont il

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s'entouic. Partout, sursis rives et dans .son sein, la vie et 1rs bionl'aits. nulle part le danger. Sa surface se ride, sans soulever le sable dor de son lit: il ne recèle aucun débris, parce qu'il n"a vu aucun naufrage.

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