‹ Sabine de Ségur, en religion sur Jeanne-FrançoiseChapitre 108 sur 116 · CHAPITRE DIXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIXIEME

tandis que nos larmes mouillaient ton pauvre corps sans vie, ton âme nous regardait et nous consolait du sein de Dieu!

Les religieuses firent retomber son voile noir sur son visage qui disparut pour toujours à nos regards. Aidées par nous, elles portèrent le cercueil jusqu'à la grille qui sépare les deux chœurs, et la dépouille mortelle de notre sœur sortit du cloître à travers l'ouverture étroite et sacrée, par où, tant de fois, le Seigneur était venu se donner à son épouse dans le sacrement de l'Eucharistie. On referma alors la bière, on la mit sur l'humble corbillard des pauvres, et nous la suivîmes à pied jusqu'au cimetière Montparnasse : c'est là qu'est le caveau mortuaire des religieuses de la Visitation. L'impitoyable loi, sous prétexte de salubrité, leur interdit d'avoir une sépulture particulière dans l'intérieur du cloître. Elle enlève ainsi à ces saintes filles la consolation de penser qu'elles reposeront à l'ombre du monastère, près des chants et des prières de leurs compagnes. Ce n'est qu'après vingt-cinq ans, lorsque le temps a fait son œuvre et n'a plus laissé que des ossements desséchés, qu'ellepermet aux religieuses de faire exhumer ces restes désormais inollensifs, et de les déposer dans un sanctuaire construit à cet effet au fond de leur jardin.

Après les dernières prières et les dernières bénédictions de l'Église, le caveau se referma sur le cercueil de celle que nous avions perdue, et les assistants s'éloignèrent avec beaucoup de larmes, mais aussi avec beaucoup de consolations. Car tous croyaient et savaient que ce corps corruptible ressusciterait un jour dans l'incorruptibilité, et aue le Seigneur l'associerait à la gloire dont l'âme sainte, qui l'avait animé, jouissait déjà dans l'éternelle béatitude do. paradis.

Et maintenant , que me reste-t-il à faire , sinon à invoquer comme une sainte celle dont je viens de retracer bien imparfaitement l'angelique figure? Oui, nous pouvons, j'oserais pre?que dire nous devons l'invoquer, et s'il est permis de croire à des assurances multipliées qui ne semblent pas venir des illusions de la foi ni de l'amitié, mais de Dieu même, sa félicité éternelle est pour nous plus qu'une pieuse espérance. Écoute donc ma prière, ô ma chère sœur, ô ma sainte filleule, écoute-la, et obtiens de Dieu qu'il l'exauce ! Veille sur nous tous qui t'avons aimée pendant ton passage sur la terre! Garde ta double famille, celle du cloître et celle du monde 1 Que la première donne toujours à Dieu de fidèles épouses et la seconde de fidèles

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